Vendredi 18 Septembre 2015: Palmyra – Herkimer

Réveillé assez tôt, je prends un petit-déjeuner léger, signe le petit livre d’or de mes warmsho, et suis rapidement sur la route. Merci pour tout, les canalligators!

À peine 7h30, et me revoilà sur la piste du Erie Canal. La journée promet d’être radieuse, le soleil perce la végétation bordant le chemin. Encore aujourd’hui, quand je suis tanné du gravier et/ou de la monotone piste, je prends la route. Je me permets aussi quelques raccourcis à travers la campagne new-yorkaise. Le genre de petite route peinarde, pas de trafic, si ce n’est le redneck occasionnel.

OGM

OGM

Au bout de 60 km, je crève de faim, et m’arrête dans un petit restau, où le « wrap » végé et la tarte choco-pacanes me rassasient. Hop, c’est reparti, encore le long du canal.

Le bel asphalte tout neuf!

Le bel asphalte tout neuf!

 

Before I die I want to...travel the world!

Before I die I want to…travel the world!

 

Syracuse à l'horizon

Syracuse à l’horizon

Un peu plus tard, je traverse Syracuse sans m’attarder: mon étape fait quand même plus 220 km, même en vélo de course, sans forcer ça fait quand même quelques heures de selle.

Il fait super chaud. Le canal et la pisye adjacente passent au-dessus d’une petite rivière accueillante…ni une ni deux, je vais faire trempette. C’est pas profond, mais qu’est-ce que ça fait du bien!

Petite trempette rafraîchissante

Petite trempette rafraîchissante

 

Pistounette

Pistounette

Mes hôtes m’avaient indiqué qu’une brasserie offraient de visites à Utica. C’est proche de mon objectif du jour, un peu loin donc, et j’y arrive trop tard, passé 16h. Zut! Qu’à cela ne tienne, je me rabats sur la dégustation. Sympa, les gens du magasin de souvenirs de la brasserie me permettent de laisser mon vélo dans l’arrière-boutique. Et oui, voyager léger, c’est voyager sans antivol.

Je goûte deux bières, une pale ale à la citrouille, et une plus forte. Je n’arrive pas à les retrouver sur leur site: http://www.saranac.com/

Bref, je le savais déjà, mais les américains savent aussi faire de la bonne bière, il n’y a pas que Budweiser et Coors dans ce pays.

La bière à la citrouille

La bière à la citrouille

J’ai repéré que les deux obèses du coin (enfin, les plus obèses, devrais-je dire) grignottent des trucs. Ah, il y a des bretzels au bar! À l’abordage! Ces petits trucs salés sont du plus juste effet pour rééquilibrer mes sels minéraux, et aussi éponger un peu l’alcool. Quasiment à jeun depuis mon déjeuner de ce matin, le peu de bière que j’ai bu a eu un effet non-négligeable. Attention en reprenant la route.

Course avec le train

Course avec le train

Il me reste quelques kilomètres à parcourir pour rejoindre Herkimer, ville-étape du jour. Malheureusement pas de Warmshowers ce soir, je suis dans un motel des plus pourris, entre l’interstate et le chemin de fer. Vu le bruit, je pensais que la fenêtre était ouverte, mais non, c’est juste pourri/mal isolé. Les murs sont des parpaings peints, c’est dire.

Deux pointes de pizza dont le gras a été épongé avec moins de dix serviettes en papier, et au lit. Bonne nuit!

Le parcours sur Strava: http://www.strava.com/activities/395025652

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Samedi 22 Août 2015: Erie

La semaine précédente, je l’ai passée dans un motel un peu miteux de Port Colborne, à l’intersection du canal de Welland et du Lac Erie. Avant ma dernière nuit dans cette petite ville, j’ai décidé d’aller rouler vers l’ouest, en longeant ledit lac.

Ça faisait un petit moment que j’avais pas sorti mon vélo de course pour une balade relativement longue. Avant de partir, plus tôt dans la semaine, j’ai préventivement changé mon pneu arrière, qui commençait quand même à sembler peu fiable…

Cherchez la différence

Cherchez la différence

Et maintenant, on roule…allez Amadeus, plein ouest!

La route littorale est calme et agréable. Peu de trafic, le lac à gauche, pas de vent, c’est peinard. Je roule pas trop mal, 35 de croisière, dans ces conditions ça se fait bien. Peu de stops pour casser le rythme, c’est parti comme ça jusque Port Dover, la ville où je changerai de cap.

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Les éoliennes du coin, Siemens et GE, ne tournent même pas: le temps est au beau fixe. Il fait de plus en plus chaud, mais ça reste pour l’instant supportable.

Parti vers 8h, j’arrive vers 11h à Port Dover, 99.9 km au compteur…j’ai bien roulé. J’ai un peu faim, et comme par hasard je croise une boulangerie qu’a l’air pas mal. Allez, je voudrais être rentré avant 17h malgré la boucle de 240 km, mais ça a l’air cool, je prends le temps de m’arrêter et de déguster.

La terrasse est pleine, mais deux cyclistes m’invitent à leur table. Sympa les gars. Je fais la file pour commander à manger, au milieu de tout le monde qui se connaît. C’est fou ça, même si la ville est assez petite…

Je mange en compagnie de Scott et son pote, qui en fait sont de la police. Bon, mieux vaut des policiers qui font du vélo que des policiers qu’en font pas, mais quand même, je suis pas forcément dans mon élément quand même. Ils sont cool mais semblent vouloir tout savoir, déformation professionnelle.

Je passe un peu pour un fou quand je leur dis que je roule 240 km ce jour là. Ils veulent savoir qui a la plus grosse, alors je leur dis que la mienne fait 32 km/h. La moyenne, oui.

Je reprends la route, cap nord-nord ouest. Cette fois je prends des routes un peu moins agréables, mais ça va quand même. Il fait chaud, par contre. Je bois sans cesse et m’arrose le crâne.

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Une très légère brise s’est levée, mais n’est presque pas perceptible. Ça roule toujours bien. Amadeus est quand même une sacrée machine. Chaque coup de pédale est presque purement de l’énergie cinétique.

À Dunnville, 200 km au compteur environ, je prends une glace: trop faim et chaud. Comme toujours, ça a l’effet d’un bon coup de fouet.

J’arrive à Welland, début de la dernière ligne droite, le long du Canal, jusque Port Colborne. Je tombe sur les championnats de Bateaux-Dragon, qui sont jolis à voir, mais qui tuent ma moyenne et réduisent les chances d’arriver avant 17h, heure fatidique de fermeture de la boulangerie de Port Colborne. J’ai plus de pain alors pas le temps de niaiser, faut bourrer sinon le petit déjeûner de demain sera vraiment pas drôle.

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J’aime vraiment les canaux, et quand c’est à grand gabarit comme le Welland Canal, c’est encore plus beau. Je passe les ponts levants et les écluses, croisent des abrutis qui roulent en motocross à fond sur la piste, en espérant qu’ils finissent au plus profond du canal.

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J’arrive à temps à Port Colborne, je suis le dernier client de la boulangerie. Ouf! Et maintenant, il faut manger et boire…

Le parcours sur Strava: https://www.strava.com/activities/375168350

20-24 Juillet 2015: un tour de Manche

Une semaine de vacances sans plan concret, un vélo, une envie de rouler…il n’en faut pas plus. Pas de tente, pas de sac de couchage, pas de sacoches sauf pour les outils. Pas de gants, pas de lunettes. Un petit change pour être peinard le soir, un petit sac à dos, et roule.

Parti lundi en fin de matinée, mouillé par un crachin dont seule la Picardie a le secret. Je traverse la Somme jusqu’à chez mes cousins.

Mardi, objectif Ouistreham, d’où part un traversier pour Portsmouth, en Angleterre. Crachin encore, mais moins, belles éclaircies, en particulier sur le Pont de Normandie, alors bloqué par les éleveurs en colère. Merci les gars, traverser le pont dans ces conditions était vraiment cool. Quelques bagnoles filtrées par-ci par-là, pas de vent, bref, super. Honfleur, Deauville, etc, bourrés de monde, je ne traîne pas. Route côtière assez férquentée, mais quand même relativement sympathique. Arrivé un peu en avance à Caen, j’allonge un peu le plaisir pour finir avec plus de 250 km dans les jambes en attendant le bateau. Et une poubelle m’a offert plein de pain et pâtisseries pour survivre pendant deux jours.

Nuit sur le bateau, je dors mal malgré la fatigue, allongé aux pieds des sièges. Je rencontre un autre cycliste, anglais, lui était dans les Alpes pour rouler « l’étape du Tour », une rando amateur sur le tracé d’une des étapes de la grande boucle. Il me prévient que les routes anglaises sont assez hostiles aux cyclistes.

Petit matin du mercredi, débarquement à Portsmouth. Bon, faut pas oublier de rouler à gauche! Quel dédale, les voies cyclables sont super-merdiques en général. Par exemple, ce carrefour où, pour aller en face, il faut franchir trois grosses branches hyper-passantes, en appuyant chaque fois sur un bouton pour faire passer le feu au vert.

Anachronix, mon vélo européen pour cette balade, est quand même une bonne monture. La position n’est pas forcément terrible, et les chaussures que j’ai là sont de basse qualité et font mal aux pieds…mais qu’importe, ça roule. C’est pas parce que j’ai encore la moitié de la main gauche engourdie deux jours après que c’est un mauvais vélo!

J’alterne entre la route cyclable et la route côtière normale. Il y a du monde partout, en général. Et les automobilistes anglais sont de vrais chauffards, en général. Je me calme les nerfs en les insultant en français et en leur gueulant dessus, ça mange pas de pain. Entre les cons qui font presque pas d’écart et ceux qui grillent la priorité à gauche, je vous laisse choisir.

Il y a quand me quelques passages agréables. Par exemple, la montée pour sortir de Hastings, relativement ardue. Anachronix a un pédalier 52-39 et 12-28 en arrière, pour moi qui suis habitué à un trois plateaux avec cassette 11-34, faut faire un petit effort.

Le vent s’est levé, et il est avec moi. Tant mieux!

La chaîne couine, elle a soif. Je m’arrête dans un garage auto et demande un peu d’huile. Le garagiste s’occupe de faire prendre un bain d’huile à mon pauvre vélo, qui passe d’un extrême à l’autre. Tout goutte par terre, la jante arrière est toute beurrée. Mais au moins, c’est lubrifié. Merci l’ami.

J’arrive à Douvres vers 18h. Je tombe sur un groupe de cyclistes qui roule de Londres à Paris pour une charité quelconque. Je pourrais probablement m’incruster au groupe et ne pas payer, mais honnête que je suis, je vais payer mon ticket.

J’embarque après un peu d’attente, et encontre un gars trop cool. David Goldberg, américain du Colorado, s’en va courir la Transcontinental Race. Le voyage passe supervite, on cause de vélo bien sûr.

Au débarquement à Calais, on roule quelques bornes, puis on se sépare. Je pensais aller à l’hôtel, mais tout s’avère plein. Je laisse tomber et m’éloigne de la ville, pensant me poser quelque part dans un abri quelconque, grange ou autre, pour passer la nuit. Plein de pauvres migrants errent aux alentours, en particulier près du bout du tunnel sous la Manche. Il y a plein de CRS. Quelle misère…bref, je me casse. Je tente d’aller voir quelques gîtes, mais à cette heure (23h-minuit), tout est bel et bien fermé. Finalement, je roule donc toute la nuit jusque Lille.
La nuit est relativement claire et calme. Je n’ai pas de phare sur mon vélo, à peine deux loupiotes « Reelight », qui ne servent pas à grand chose mais qui me sauvent quand même la mise. Je prends les routes qui ont un marquage au sol, c’est plus confortable oculairement.

Mon GPS est quasi déchargé. À Saint-Omer, je m’arrête dans un hôtel ouvert mais plein, et j’en profite pour amasser un peu d’énergie chimique dans la batterie.

Vers 4h, halte bouffe-charge-étirements dans une boulangerie ouverte (alléluia). Allez, dernière ligne droite jusqu’au canapé du frérot.

Le soleil se lève sur Lille. La ville est encore toute endormie, à peine, quelques chauffards qui se croient seuls sur la route. Phil n’est pas réveillé, je vais boire un thé au Napoléon, puis siester au soleil dans un parc. Ensuite, journée-zombie.

Le lendemain, je voulais rentrer en train, mais finalement y’en n’avait pas avant 16h06…zut alors, va falloir encore faire du vélo!

Désolé, les photos sont perdues, j’en retrouverai peut être une partie plus tard…

En attendant il vous reste les parcours sur Strava:
http://app.strava.com/activities/353058015
http://app.strava.com/activities/353058028
http://app.strava.com/activities/353058052
http://app.strava.com/activities/353058009
http://app.strava.com/activities/353057997

Samedi 27 Juin 2015: Chez Gaston

L’endroit où je loge en ce moment n’est pas très-très loin d’un autre, où je travaillais il y a environ deux ans (comme le temps passe, oui oui). À l’époque, souvenez-vous, j’étais un client régulier de l’épicerie Chez Gaston, à Trottier Mills. Je me suis dit qu’y retourner serait une belle balade. Alors, hop, en selle.

Je pars vers 8h, après un réveil à 7h aux airs de grasse matinée. Il fait à peine frais, le soleil est déjà de la partie. Faut dire qu’on est dans les journées les plus longues de l’année. Je sors de la vallée de la Chaudière en montant le long faux-plat vers Saint-Elzéar (Elzéar, nom à retenir comme suggestion de prénom à qui aura des mômes). Je monte et descends, à la frontière entre les Appalaches et la vallée du Saint-Laurent. Les vues sur les plaines sont appréciables, c’est une jolie route.

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À la limite entre les Appalaches et la vallée du Saint-Laurent…

 J’arrive tant bien que mal à Saint-Jean-de-Brébeuf, qui héberge une partie du parc éolien des Moulins. Elles sont belles, les E-82!

Cherchez la E-82!

Cherchez la E-82!

 La route est vraiment sur le bord des collines, et domine la vallée, au sens québécois, c’est à dire sans falaises, c’est pas les Alpes non plus.

Vue sur la vallée. Quelque part là-dedans, le fleuve.

Vue sur la vallée. Quelque part là-dedans, le fleuve.

 Il y a quand même du relief: sur les 80 premiers kilomètres, il y avait environ 1600 m de dénivelé. « Popire ». Donc, de belles descentes aussi. Quand on a l’impression que la route disparait, c’est que ça descend quand même pas mal.

Attention, ça va descendre à 82 km/h

Attention, ça va descendre à 82 km/h

 J’arrive en vue de Saint-Ferdinand et du parc de l’Érable, celui sur lequel je travaillais à l’époque. Le paysage est complètement sinistré. « Rien ne sera plus comme avant », comme disent les panneaux. Jugez donc.

Le Centre-du-Québec. À l'horizon, le parc éolien de l'Érable.

Le Centre-du-Québec. À l’horizon, le parc éolien de l’Érable.

À l'approche de Vianney.

À l’approche de Vianney.

Les E-82 dans le soleil.

Les E-82 dans le soleil.

 Après une descente vertigineuse en serrant les freins pour ne pas finir étalé sur la route en gravier à l’adhérence approximative, j’arrive à Trottier. « Chez Gaston » est toujours là, alleluia. C’est pas l’heure pour prendre une photo, c’est un parfait contrejour. N’empêche. Je rentre, et l’épicière me reconnait vite. Elle au moins aussi contente que moi, ça fait chaud au cœur. Mon rêve secret qu’elle ait de la fameuse brioche aux raisins comme à l’époque se réalise. On cause un peu. Elle est un peu sidérée que je sois venu de Beauce à vélo et que j’y reparte. Pourtant, elle m’a vu arriver tous les matins quand il faisait -30, cet hiver de 2013. Ils fêtent leurs quarante années de boutique cette année, chapeau! On se serre la main (désolé pour la sueur…), et je repars. Merci, et à bientôt d’se revoir.

Chez Gaston, mon épicerie favorite!

Chez Gaston, mon épicerie favorite!

 Souvenirs, souvenirs, la route 263 vers Princeville est toujours aussi plaisante. J’adore ce coin, en fait. Les érablières, la petite rivière, les virages, je connais le trajet par cœur. D’après Strava, j’y suis quand même passé 93 fois dans ce sens-là…

Souvenirs-souvenirs, la route 263 qui m'emmenait à Princeville chaque soir.

Souvenirs-souvenirs, la route 263 qui m’emmenait à Princeville chaque soir.

263, route que j'aime.

263, route que j’aime.

En descendant vers la plaine sur la 263.

En descendant vers la plaine sur la 263.

 Arrivé à Princeville, deuxième changement de direction de cette balade (105 km au compteur), je tourne une nouvelle fois à droite. Me voilà sur la piste du parc linéaire des Bois-Francs, ancienne voie ferrée, toute droite et pas asphaltée. J’en ai pour 70 km là-dessus…misère de misère. Avec un peu de vent dans le nez, en plus. Enfin, au moins y’a pas de trafic.

Pisscyclable toute droite en gravier lumineux.

Pisscyclable toute droite en gravier lumineux.

 Je me fais doubler par un abruti en cyclomoteur deux temps qui pue. Avis à lui: qu’il crève! On n’a pas idée de venir intoxiquer les honnêtes gens. Pour la peine, le temps que son odeur se dissipe, je m’arrête sur le petit pont au-dessus de la rivière Bécancour.

Rivière Bécancour?

Rivière Bécancour?

Le petit pont de bois, le petit pont de bois

Le petit pont de bois, le petit pont de bois

 En fait, une portion de cette piste est asphaltée, et une autre longe une route asphaltée. Je m’épargne donc un peu de poussière et d’effort superflu. Des fois, on a même droit aux deux en même temps, j’ai l’embarras du choix de l’asphalte, on se croirait en Allemagne, ou presque.

Presque comme en Allemagne!

Presque comme en Allemagne!

 Finalement, je tourne encore à droite, au bout d’environ 180 km, pour remonter la rivière Chaudière. J’ai faim et soif, et je tombe sur une fraisière, miam. J’engloutis un petit panier, qui me fera tenir jusqu’à la maison. Au total, une petite dizaine d’heures dehors, 9h de selle, bref, voyez les détails sur Strava si vous voulez: http://www.strava.com/activities/334335580

Vendredi 5 Juin 2015: Montréal-Québec

Vendredi 5 Juin, ou Samedi 6 Juin, au choix. En fait, en temps, ce serait plutôt samedi, mais je suis parti vendredi…et oui, encore une nuit passée sur le vélo! Il y a une bonne raison. Pour une raison que seul-e-s les initié-e-s connaissent, je voulais me rendre à la « méga bibliovente », cette liquidation des bouquins retirés des bibliothèques de Québec. Et puis depuis un moment, je voulais rouler Montréal-Québec, cette classique que bien des cyclistes québécois connaissent.

Seul hic: la bibliovente, c’était vendredi-samedi, et je bossais vendredi. Vue la distance séparant les deux villes, pas le choix: faut partir le vendredi soir pour arriver dans la matinée du samedi. Autre raison « cerise sur le gâteau », me retrouvant seul pour cause de départ vers l’Europe des êtres chers, enfourcher le vélo et rouler permettait aussi de se changer les idées.

Je décolle un peu avant 22h. La nuit est belle, la pluie a cessé: il a fait un temps pourri, aujourd’hui. Direction le nord-est, le long du Saint-Laurent, sur la route 138, aussi connue sous le nom de « Chemin du Roy ». Bon, je vais pas commencer à parler de guillotine, ça va casser l’ambiance.

Il y a étonnamment peu de trafic pour quitter l’île, je prends la grosse route Notre-Dame limitée à 60, jusque Pointe-aux-Trembles, l’extrémité est de Montréal. À vrai dire, c’est probablement la façon que j’aime le moins pour sortir de l’île. Les raffineries, le port, les bagnoles, bof, quoi. Et le pire, c’est Repentigny, ville-serpent qui s’étend sur des kilomètres. J’ai hâte d’en sortir.

Mais Éole, lui, semble vouloir me faire passer le plus de temps possible ici. D’habitude, le vent souffle d’ouest ou du sud-ouest, le plus souvent. Et la nuit, c’est calme. Eh bien aujourd’hui, c’est tout le contraire, c’est un vent du nord, voir nord-est, qui souffle à 20 km/h de moyenne, malgré la nuit.

C’est pas ce que j’avais prévu quand j’avais pensé à cette sortie, mais les 4 jours passés à réfléchir à « y aller ou pas finalement » n’ont été comme toujours que perte de temps: en fait, je n’y suis que rarement « pas allé ».

Bref. Je lutte pour sortir de cette foutue banlieue qui n’en finit pas. Le trafic, comme toujours, devient de plus en plus léger au fur et à mesure que les heures passent et que je m’éloigne du centre urbain. Ce n’est pas pour me déplaire.

J’ai quelques coups de barre, voir quelques légers assoupissements, mais rien de trop méchant. La fraîcheur m’engourdit un peu. Parce que comme un con, je n’ai pris ni gants, ni bonnet, ni manches, ni chaussettes chaudes. J’appuie sur les pédales pour secouer un peu la machine, et me réchauffe tant bien que mal. Les quelques conducteurs me crient dessus ou klaxonnent pour une raison inconnue. Merci les copains, me faire sursauter ça me donne un bon coup d’adrénaline qui me maintient plus alerte pour quelques minutes.

Kilomètre 108 ou pas loin, je suis à Louiseville. Il est 3h environ, ça fait du 20 km/h de moyenne hors tout, c’est pas de la fusée, c’est du gros monocylindre diesel. Je suis fatigué, j’ai froid, je songe même à m’arrêter pour me réchauffer. Il fait quand même 5-6 degrés, c’est pas chaud-chaud, comme dit l’autre.

Tim Hortons. Autant je déteste ce truc, autant là, j’étais content de me dégourdir les mains et boire un truc chaud. Tant pis pour ma conscience.

Je ressors de là, c’est l' »effet croissant », j’ai relativement la pêche. Je chantonne et roule vers Trois-Rivières, le ciel commence à s’éclaircir et l’aube pointe le bout de son nez. Le ciel est on ne peut plus dégagé, les vues sur le fleuve sont belles, ça promet pour le lever de soleil.

Bientôt le lever

Bientôt le lever

La Lune et le fleuve avant l'aube

La Lune et le fleuve avant l’aube

Trois-Rivières, voilà, c’est pile sur le pont que se lève le soleil. Il est cinq heures, Trois-Rivières…s’éveille, Trois-Rivières, s’éveille…

Le lever trifluvien

Le lever trifluvien

Tornado au petit matin

Tornado au petit matin

La lumière du jour met du baume aux cuisses, il fait pas chaud mais le coeur y est à peu près. Seul Éole fait toujours son rabat-joie, et sur le coup, j’avoue être relativement content de ne pas m’être rasé avant de partir.

J’entame la plus belle partie de la route. Le fleuve trône sous le beau ciel bleu à ma droite, le ruban d’asphalte est à cette heure peu fréquenté, je trippe.

Le fleuve

Le fleuve

Rivière au nom qui m'échappe, du côté de Donnacona

Rivière au nom qui m’échappe, du côté de Donnacona

Les bornes s’enchaînent, lentement et avec hésitation: je ne suis quand même pas très frais, faut bien l’avouer. J’engloutis biscuits, croustilles et autres poubelles emmenées pour le voyage.

La campagne du chemin du Roy

La campagne du chemin du Roy

Le soleil et l'eau

Le soleil et l’eau

Une petite descente

Une petite descente

J’arrive en vue de Québec vers 11h. Les dernières dizaines de kilomètres sont un peu plus vallonnées, ce n’est pas pour me déplaire, ça fait du bien de devoir faire un effort. Et puis le cadre est quand même vachement agréable.

Vers la fin du chemin du Roy, en approchant de Québec

Vers la fin du chemin du Roy, en approchant de Québec

Je franchis la fameuse côte de Cap Rouge, bouquet final de cette classique Montréal-Québec. Et quelques kilomètres plus loin…CLAC, mon câble de dérailleur avant pète lorsque je change de plateau. Ça alors, un câble presque neuf, à peine 4 ans de service!

Je réalise assez vite que j’ai beaucoup de chance: je suis à moins de 10 km de la fin de mon parcours. Si ce câble avait lâché en pleine nuit, j’aurais quand même été un peu emmerdé. Je m’en veux un peu, surtout qu’avant de partir je me suis posé la question: « câbles de rechange ou pas? », et la réponse était « boarf, ça pète jamais, ça… ». Tu parles!

Je termine la balade sur le plateau de 26 dents. Le temps est vite long.

Je rejoins Nico, et on trouve assez vite un vélociste. Il est un peu plus de midi, tout est bien qui finit bien, presque 270 bornes en 14h tout compris. Merci quand même à Éole pour sa contribution au beau temps!

Le parcours sur Strava: https://www.strava.com/activities/320821661

Samedi 23 Mai 2015: le vent de la frontière

Fait beau, il y a du vent, c’est parti pour quelques kilomètres en solo sur la rive sud. Je voulais aller voir le coin sud-ouest du Québec, qui m’était encore inconnu.

Je sors de la ville par la voie maritime, cette bande asphaltée sur la digue séparant le Saint-Laurent de sa voie navigable. J’ai déjà un peu de vent dans le nez. 20-25 km/h dans la face, ça calme. Cap au sud-ouest, direction Franklin, petit bled proche des lignes.

Je traverse la Montérégie. Saint-Rémi et ses belles E-82, les pâtures, les champs, les bosses dans les bois. C’est une belle région. Il y a même quelques ponts couverts, dont un que je franchis.

Après Franklin, je me tape plusieurs dizaines de kilomètres cap plein ouest, avec le vent dans le nez bien comme il faut. Je pédale un peu nonchalamment, mais parviens à me maintenir au-dessus de 20 km/h en général, malgré Éole.

Dundee, petit poste frontière, est au bout de cette longue ligne droite. C’est d’ici que part la route 132, la même que j’empruntais souvent en Gaspésie, et qui va jusqu’à l’autre bout de la province.

Je résiste à l’envie de prendre les petits chemins pour aller voir ladite frontière. D’une part je veux rentrer assez tôt à Montréal, d’autre part je ne suis pas sûr de vouloir titiller le « border patrol »…

Après Dundee, enfin, j’ai le vent dans le dos, je vais pouvoir rattraper un peu le temps. Zoom, Amadeus vole, propulsé à 45 km/h. Je regrette presque d’avoir un pédalier compact.

Je passe par le canal de Beauharnois, majesté du génie civil québécois. À la jonction entre le canal et le fleuve, le vent est fort, fait déferler les vagues sur le petit point de vue, et déséquilibre ma bécane bien trop légère pour cette météo.

Je longe le canal sur la super piste, merci Hydro-Québec, et suis maintenant presque de retour en ville. Beauharnois, Chateauguay, Kahnawake, je connais la route par cœur. Un bateau passe l’écluse de Sainte-Catherine, le pont est levé. Je jase avec le gardien en attendant.

La boucle est bouclée, je prends la voie maritime dans l’autre sens. Au final, à peu près 250 km en un peu plus de 9h, pas si mal. En tous cas j’ai trippé!

Le parcours sur Strava: https://www.strava.com/activities/310407796

Samedi 02 Mai 2015: 118 + 87

Aujourd’hui se tenait un brevet de 200 km. Vue la journée magnifique et les autres raisons, j’y suis allé. Au départ, il y avait vraiment du monde. De ma courte expérience de randonneur, je n’avais jamais vu autant de cyclistes au départ d’un brevet. Ça fait plaisir!

Je rencontre Claude, autre maudit français, que je connaissais jusqu’à présent seulement par Strava et mails interposés. Sympa le mec, on jase juste après le départ, dans les rues de la sale banlieue montréalaise. Jusqu’à ce que…à une intersection, Fred « la fusée » Perman part. Zoom, c’est parti, Claude et moi le suivons. Bon, quelques kilomètres plus loin on se plante de chemin, ça commence bien.

Faux départ donc…vite rattrapé. On rejoint le reste du groupe, qu’on distance rapidement, pour relayer à 37 km/h sur les routes montérégiennes. Je sens que je tiendrai pas toute la randonnée à ce rythme, mais persévère et essaye de travailler pour mes amis aussi. Mais il apparaît assez vite que je n’ai pas la forme qu’ils ont!

On continue à ce rythme jusqu’au premier contrôle. Rapide tampon, pipi-eau, et c’est reparti. On croise nos poursuivants, qui eux aussi semblent avoir bien avionné.

Je sens mes relais de plus en plus poussifs, et suis donc de moins en moins souvent devant. On atteint rapidement les premières petites bosses sur la route de la Covey Hill. Je sens déjà mes cuisses chauffer…

Dès que la montée se fait sentir (aux premières centaines de mètres à 8 %, quoi), je décroche. Je sens des crampes monter…pourtant j’ai bu genre 2 litres d’eau en ces 90 premiers kilomètres! Mon corps n’est probablement tout juste pas habitué à cette allure, cet effort.

Mes compères me distancent dans la montée, et je monte à mon rythme. Mon petit braquet me semble si long! J’ai chaud, et regrette un peu de ne pas avoir enlevé une couche.

Sympa, ils m’attendent en haut. Je cravache tant bien que mal pour les rejoindre, mais oublie ça, je peux pas relayer. Je me contente de faire un effort de temps en temps, et reste derrière sinon. Désolé les gars.

On descend vers Franklin. L’asphalte est pourrie. Zooom, et nous voilà au second contrôle. Encore une fois, on ne traîne pas. Et nous voilà sur la route du retour, avec une brise dans le dos pour quelques kilomètres.

J’observe le pédalage de mes collègues. Fred a un coup de pédale dur, un peu impulsif, j’ai l’impression qu’il cherche à enfoncer quelque chose dans le sol à chaque révolution du pédalier. En revanche, Claude est bien plus lisse, impressionnant de régularité, il donne l’impression que c’est super-facile de rouler à 45 km/h.

Je jette quelques forces dans de courts relais clairement pas du même calibre que ceux de ces deux machines à rouler. Et au bout d’un d’entre eux, c’est le drame: mes jambes crampent. J’ai bu pourtant, et mangé deux bananes! Je comprends pas. Je tente de rester dans les roues, mais ça continue, il faut que je relâche mon effort. Je crie à Fred et Claude d’y aller et que j’ai des crampes, je ne veux pas être un boulet.

Ainsi se sont passés les 118 premiers kilomètres.

Dans les secondes qui suivent le relâchement, je me dis que merde, c’est dommage, que je pourrais quand même faire un effort, quoi. J’attaque un peu, mais suis assez vite ramené à la raison par mes jambes.

Je ralentis. Je me mets à mon rythme, et bois, et bois. Je profite du paysage, en plus c’est maintenant la partie du parcours que je préfère. Et je me dis que ce sera pas plus mal, faire quand même une bonne partie de la randonnée par mes propres moyens, et sans être le truc qui traîne dans les sillages des fusées…

Mes pieds ont aussi des crampes, maintenant! J’adore. Je bois encore.

Au bout de quelques dizaines de minutes, mes crampes se calment enfin. Allez Lou, ya! Je roule peinard, le vent est maintenant de côté/face. Et c’est à moi de le fendre!

J’arrive au dernier contrôle, où je ravitaille en eau. Je dois en être à environ 3.4 litres. J’enlève mes chaussures et relaxe un peu en bouffant des biscuits dans les vapeurs d’essence. (Ouai, c’est une station essence.)

Je repars, restent 40 km…rien du tout, quoi. La route est belle (comme quoi tout arrive!), il fait beau, je trippe.

Bon, j’ai trop bu. Arrêt-pipi.

Saint-Philippe, dernier village résistant à l’étalement urbain montréalais…encore quelques bornes et je me ferai ch…dans la banlieue. D’ailleurs, m’y voilà déjà. Je roule sur les boulevards-autoroutes, vent dans le dos, hop.

Mon GPS plante. Hum, heureusement, il plante modérément et je peux afficher le chemin. Ça tombe bien, parce que je ne le connais pas par coeur…

Quelques feux, quelques stops, quelques chauffards, et me voilà arrivé au dernier dépanneur-contrôle. Fred et Claude relaxent au soleil. Ils ont terminé en 6h23, moyenne roulée de 34.4 km/h. Des machines! Pour ma part, il est 14h02, j’ai donc mis 7h02 à boucler le parcours, en grande partie grâce à mes deux acolytes d’une autre planète. Chapeau les gars, et merci!

Claude et moi repartons vers Montréal en causant. On se reverra bientôt pour la flèche…mais à un autre rythme!

Le parcours sur Strava: https://www.strava.com/activities/296840630