Si le biscuit le dit…

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Samedi 10 Décembre 2016: Aurich – Kiel

Pas écrit ici depuis un moment, mais là j’ai plus ou moins quelque chose à raconter, alors…

Un samedi entre deux semaines en déplacement professionnel au fond de l’Allemagne…est une occasion de rouler un peu. Le temps annoncé n’est pas terrible, mais le vent de sud-ouest assez prometteur. Hop, allons voir la mer Baltique!

Kiel offre un bon compromis distance/direction/train du retour, alors allons-y.

Je quitte Aurich un peu après 7h. Il fait très doux pour la saison (7 degrés), le vent est déjà levé mais ne dissipe pas la grisaille ambiante, qu’on ne distingue d’ailleurs pas encore: le soleil n’est pas levé.

Je file le long du canal, aidé par Éole. C’est tout droit, ça roule bien sur les pavés autobloquants, sauf quand la piste est défoncée par les racines (« radweg schäden »). Il faut aussi faire attention, tout est super-humide dans ce pays, ça peut glisser. Et il y a aussi des chicanes qui surgissent de la noirceur, la plupart du temps signalées convenablement, heureusement.

Zoom, les kilomètres défilent. Le jour se lève timidement, il fait aussi clair que dans une balle de coton. Je connais un peu cette partie de la route, je l’ai déjà prise pour aller à Bremen. Tiens, je me souviens de cette intersection, c’est là que je m’étais trompé de route l’autre jour, me dis-je en continuant tout droit alors qu’il faut cette fois encore que je tourne. Heureusement, l’endroit où j’avais crevé une fois n’a pas connu la même répétition de l’histoire.

Je continue en direction de Nordenham, où je dois prendre un traversier vers Bremerhaven, à travers la Weser. Il n’est pas très fréquent: si je n’ai pas celui de 10h20, il faudra attendre 11h. Voyant qu’il est possible d’attraper le bateau de 10h20, je pousse un peu, toujours dans le vent.

C’est le moment de râler un peu. L’infrastructure cyclable allemande est à double tranchant: d’un côté, elle est très sécuritaire pour tous les gens qui parcourent de très courtes distances sur des vélos lourds même à vide, et à 15 km/h. Mais pour ceux qui roulent à 25 ou plus de moyenne et/ou qui sont chargés, c’est parfois l’enfer, toutes ces chicanes aux intersections, les bordures à éviter, les poteaux parfois…j’en passe et des pires, comme les ponts en bois dans un pays où il pleut tout le temps, ou les pistes à contresens la nuit, où ne voit rien, constamment ébloui par les phares des bagnoles en sens inverse à 1m50 de soi.

Tout ça pour dire qu’à un moment, roulant bon train, je me suis fait un peu surprendre par une bosse juste avant un pont de bois glissant comme une savonnette. Hop, zwip, oh-oh, beng, schrrrr, je décolle, la roue avant se dérobe, c’est irrattrapable, je tombe et glisse sur le maudit pont. Rien de cassé, ecchymoses habituelles au coude et à la hanche, rayure sur le casque qui a touché la bordure. Guidoline abîmée et selle à réajuster sur la bécane,  que j’ai vue glisser sur quelques mètres.

Le pire dans tout ça c’est que je perds de précieuses minutes dans la course contre le bateau. Vite vite, en selle. J’arrive à Nordenham assez rapidement, mais le débarcadère est en fait un peu plus loin, à quelques kilomètres. Je grille quelques feux, chose très répréhensible en Allemagne, et finis par arriver sur la dernière ligne droite.

Le bateau est encore là! Ouf…

Eh, mais, la barrière se ferme! « Noooooooon », crie-je en français dans le texte, juste avant qu’elle ne se rouvre pour me laisser passer, entre les piétons retardataires. Ouf, me voilà sur le bac, c’en est fallu de peu. Je souffle un peu après cet épisode sportif. Le commis arrive pour collecter mon droit de passage: décidément, on peut jamais être tranquille.

J’ouvre la sacoche pour chercher mon portefeuille, enfoui entre le pain et chocolat, les fringues, les affaires de toilette, les téléphones et la chambre à air de secours.
Ou peut-être est-il juste tout au fond de la sacoche, dans le jus de pluie typique d’une Ortlieb qui n’est plus étanche?

Ou alors, laissé dans une poche quelconque.

Ou alors…

Bon, il faut se rendre à l’évidence:il n’est nulle part. Oublié sûrement, perdu peut-être, mais il n’est clairement pas là. Merde alors.

J’explique au commis, parti faire un tour pendant la scène de farfouillage, que j’ai oublié ou perdu mon portefeuille,  et que j’ai pas de sous. (J’aurais bien dit « pas un centime,  mais c’eût été mentir, j’ai trouvé un centime dans une poche.) Je lui dis que je connais mon numéro de carte de crédit par cœur,  comme si ça pouvait aider à récolter 1.75 euro de monnaie.

Il part voir le capitaine et revient avec deux mecs super balaises. Ils empoignent mon vélo, le soulèvent au-dessus de l’eau en vociférant en allemand. Je leur saute dessus et leur pète la gueule, tout en tenant ma bécane d’une main.

Non, en fait le commis revient et me dit « it’s okay » en allemand, ce à quoi je réponds que merci, mais ça me rend pas mon portefeuille.

Tout ça a pris tout le temps de la traversée, même pas eu le temps d’apprécier la brume.

Bon, alors, pas de portefeuille…probablement oublié à Aurich. Pas de portefeuille, pas de sous, pas de carte de crédit. Pas de restau ou amuse-gueule en chemin donc, pas de quoi payer le second traversier du jour non plus…pas de quoi faire face à un quelconque imprévu. Heureusement j’ai quand même mon billet de train de retour et mon passeport: pas d’emmerde pour rentrer. J’ai aussi du pain et du chocolat pour tenir jusque demain si besoin, et puis c’est pas comme si les poubelles étaient vides.

Je suis quand même préoccupé. En passant devant les banques sur mon chemin, je guette: peut-être pourrais-je retirer des sous si je donne mon numéro de carte au guichet? Mais j’oublie assez vite l’idée, bonne chance pour trouver une banque ouverte un samedi après-midi en pleine cambrousse.

Je roule l’esprit pas tranquille, et en même temps, cette expérience me donne un minuscule avant-goût de la situation précaire que connaît une majorité de gens. Ça secoue un peu de sortir de son petit confort, de son train-train qui a des sous en poche.

Je roule le long des digues bordant la mer du nord. Le vent est toujours avec moi. Le lourd crachin qui m’humidifiait depuis quelques heures s’est calmé. Le ciel est toujours aussi gris, par contre.

J’approche du second traversier, qui me fera passer l’Elbe. J’hésite sur la stratégie à employer: faire la manche et payer le billet, faire comme si de rien était et espérer un miracle, se cacher aux toilettes pendant la traversée, demander une cachette à routier…

Finalement, je me dis que j’ai peut-être juste mal cherché le portefeuille. Alors j’embarque comme si je croyais que j’avais des sous. Arrive le gars. Scène de farfouillage intense dans ma sacoche. Il tape du pied (vraiment). Je finis par ne pas trouver le foutu portefeuille. Je lui explique. Il répond juste « 3.50. NOW. » en criant presque. Il dégage, voyant bien que je peux pas lui chier des pièces de monnaie (ni des billets, d’ailleurs).

Le bateau est déjà parti, au moins je sais que ça c’est bon.

Deux madames ayant assisté à la scène viennent alors me voir: « brauchen Sie Geld? ». Je réponds que oui, danke schön, j’ai besoin de fric. Elles continuent à me parler en allemand, ce à quoi je finis par répondre que je parle nur ein bißchen Deutsch. Finalement, elles sont aussi francophones. Ça alors! Wunderbar. Mes sauveuses francophones, quoi. Elles me donnent 5 euros pour assouvir l’avidité du contrôleur, et veulent même que je garde la monnaie pour survivre à Kiel.

Je cause ensuite avec Mercedes pendant toute la traversée. Elle bosse pour une association de verts allemands, elle emmène des jeunes en forêt pour les sensibiliser. On discute d’énergie, de trucs écolos. Elle s’en va avec sa famille pour une semaine à Flensburg.

On se salue à la fin de la traversée. Vraiment sympa comme rencontre. Ça fait toujours plaisir de constater que tous les gens ne sont pas forcément des connards.

C’est reparti! Dernière étape de la journée, 80 km jusque Kiel. Le paysage est un tout petit peu moins plat ici. C’est pas encore les Alpes mais ça fait du bien d’avoir quelques pourcents d’inclinaison de temps en temps. Je longe entre autres des vergers et plantations de Weinachtbaümen, des sapins de Noël. Y a-t-il une utilisation de la terre plus futile que ça?

Il y a ici un peu de forêt aussi. D’ailleurs, alors que je manquais d’eau, je tombe sur une espèce de clinique enclavée au milieu des arbres. Trop bizarre. Toujours est-il qu’ils avaient de l’eau.

La nuit tombe, j’allume les phares (ou les loupiottes, en fait: je n’ai pas pu monter de vrai phare avant de partir, un peu pris au dépourvu par les freins cantilevier empêchant le montage sur fourche auquel je suis habitué). Mais elles éclairent quand même suffisamment, rassurez-vous. Encore un peu moins de 2h de route et je serai rendu.

Arrivé à l’hôtel, pas de problème, ils peuvent prendre le paiement sur ma carte de crédit juste en ayant le numéro. Douche, puis je vais faire un tour en ville, voir si y’aurait pas autre chose que du pain et du Ritter Sport à bouffer ce soir.

Les collègues m’avaient demandé « mais qu’est ce que tu vas foutre à Kiel? Flensburg, Rostock, ça vaut le coup, mais Kiel?! ». Contrairement à Mercedes, ils n’ont pas compris que le but, c’est le chemin. Mais bon…ils n’avaient pas totalement tort. Kiel, c’est un port d’où partent des bateaux pour la Scandinavie. Et pas grand-chose d’autre a priori.

Le truc c’est que les traversiers partent du centre ville. Donc, pas ou peu de joli petit port, de quai accueillant, etc. Mais bonjour les grosses rues à double voies, les chemins de fer et autres. Pas terrible-terrible. La zone piétonne du centre semble quand même pas mal, mais c’est le marché de Noël et le samedi soir en même temps, je dégage de là assez vite.

Je tombe sur quelques poubelles assez bien fournies, mais cachées. Projecteurs, caméras et détecteurs de mouvement au programme. Conneries. Je me fais interpeller par un commis qui me dit de remettre dans le bac ce que j’ai pris: une miche de « pain » et des mandarines. Compte là-dessus mon pote, j’ai rien à bouffer ce soir, je vais pas me priver de mandarines. Je lui dis que c’était dans ma sacoche avant que j’arrive. Il n’est pas dupe mais ne pousse pas le bouchon. Il me dit qu’ils ont la vidéosurveillance et que s’il me revoit il appelle la police.

T’inquiète mon gars, si je reviens à Kiel ce sera pour monter dans un bateau et c’est tout. Peut-être que je glanerai quelques trucs dans ta poubelle au passage quand même, qui sait? T’appelleras la polizei tant que tu veux, brigade spéciale poubelles s’il te plaît. Ils ont certainement que ça à foutre. Ça les changera de donner des avertissements aux cyclistes qui passent au rouge le dimanche matin. (Bon ok j’ai merdé sur ce coup là, j’aurais pu les voir…)

Finalement je fis bonne chère: fromage à tartiner, poivrons, radis, carottes, bananes, que demande le peuple? Avec les poubelles compost, c’est superfacile de glaner, le tri est déjà fait.

En plus, y’a les six jours d’Amsterdam à la télé, ça roule vite, caméras embarquées sur les vélos, ça donne envie de faire des tours de piste.

250 km le vent dans le dos (voir Strava pour les détails), c’est pas si fatiguant, mais je vais bien dormir quand même. Dans les trains du retour, j’écris maintenant cette formidable histoire. Septième train pour mon fidèle Travelers Check, et plus de 1000 km depuis qu’on se connaît. Je me demande pourquoi j’ai hésité à investir  dans cette bécane!

 

Samedi 4 Juillet 2015: Lac-Frontière

Une lente journée un peu décevante. J’avais vu sur la carte un bled appelé « Lac-Frontière », je me suis dit que ça vaudrait le coup d’aller y faire un tour. Mais en fait c’était pas terrible. Pas de belle route, pas vraiment de soleil…bof. Justement, perdu un muffin qui m’a échappé des mains, en descendant une route pourrie. Gâchis! Pas mal de gravier sur le parcours. Piste cyclable monotone. Connard en dix-roues qui remorquait une pelleteuse, qui avait pas le temps de me doubler avant un stop, qui a quand même commencé, puis m’a dégagé de la route (abruti, va donc mourir).

Mais…j’ai vu (et effleuré du doigt) un bébé marmotte. Ou ragondin ou que-sais-je. Et pas mal d’autres animaux sur la belle piste cyclable, au moins 2 chevreuils, 5 lièvres, petits écureuils, etc. Et je suis quand même un peu fatigué, 254 km mine de rien. Cf Strava: https://www.strava.com/activities/339198074

Boutique bio-nature à Lac Etchemin, barre « Green superfood » de Amazing Grace, pas mal efficace. Plein de fruits et légumes à Vallée-Jonction. Crevaison au pneu arrière (si si, le Marathon plus n’a pas tenu le choc fasse à une vieille agrafe bien costaud) en sortant des poubelles. Fait l’aspi à une tonne à pue-rin sur quelques bornes.

Et maintenant, dodo.

 

Vers le nord-est au petit matin

Vers le nord-est au petit matin

Monotone piste

Monotone piste

Bris de monotonie par la peinture.

Bris de monotonie par la peinture.

Bestiole

Bébé-stiole

Bestiole 2

Bébé-stiole 2

Bestiole 3

Bébé-stiole 3

Tabarnac de gravier à marde

Tabarnac de gravier à marde

Dans le bassin versant de la rivière Etchemin.

Dans le bassin versant de la rivière Etchemin.

Cherchez le détail important sur l'horizon!

Cherchez le détail important sur l’horizon!

Campagne

Campagne

Recampagne

Recampagne

Descente vers la Chaudière à Vallée-Jonction

Descente vers la Chaudière à Vallée-Jonction

Vendredi 5 Juin 2015: Montréal-Québec

Vendredi 5 Juin, ou Samedi 6 Juin, au choix. En fait, en temps, ce serait plutôt samedi, mais je suis parti vendredi…et oui, encore une nuit passée sur le vélo! Il y a une bonne raison. Pour une raison que seul-e-s les initié-e-s connaissent, je voulais me rendre à la « méga bibliovente », cette liquidation des bouquins retirés des bibliothèques de Québec. Et puis depuis un moment, je voulais rouler Montréal-Québec, cette classique que bien des cyclistes québécois connaissent.

Seul hic: la bibliovente, c’était vendredi-samedi, et je bossais vendredi. Vue la distance séparant les deux villes, pas le choix: faut partir le vendredi soir pour arriver dans la matinée du samedi. Autre raison « cerise sur le gâteau », me retrouvant seul pour cause de départ vers l’Europe des êtres chers, enfourcher le vélo et rouler permettait aussi de se changer les idées.

Je décolle un peu avant 22h. La nuit est belle, la pluie a cessé: il a fait un temps pourri, aujourd’hui. Direction le nord-est, le long du Saint-Laurent, sur la route 138, aussi connue sous le nom de « Chemin du Roy ». Bon, je vais pas commencer à parler de guillotine, ça va casser l’ambiance.

Il y a étonnamment peu de trafic pour quitter l’île, je prends la grosse route Notre-Dame limitée à 60, jusque Pointe-aux-Trembles, l’extrémité est de Montréal. À vrai dire, c’est probablement la façon que j’aime le moins pour sortir de l’île. Les raffineries, le port, les bagnoles, bof, quoi. Et le pire, c’est Repentigny, ville-serpent qui s’étend sur des kilomètres. J’ai hâte d’en sortir.

Mais Éole, lui, semble vouloir me faire passer le plus de temps possible ici. D’habitude, le vent souffle d’ouest ou du sud-ouest, le plus souvent. Et la nuit, c’est calme. Eh bien aujourd’hui, c’est tout le contraire, c’est un vent du nord, voir nord-est, qui souffle à 20 km/h de moyenne, malgré la nuit.

C’est pas ce que j’avais prévu quand j’avais pensé à cette sortie, mais les 4 jours passés à réfléchir à « y aller ou pas finalement » n’ont été comme toujours que perte de temps: en fait, je n’y suis que rarement « pas allé ».

Bref. Je lutte pour sortir de cette foutue banlieue qui n’en finit pas. Le trafic, comme toujours, devient de plus en plus léger au fur et à mesure que les heures passent et que je m’éloigne du centre urbain. Ce n’est pas pour me déplaire.

J’ai quelques coups de barre, voir quelques légers assoupissements, mais rien de trop méchant. La fraîcheur m’engourdit un peu. Parce que comme un con, je n’ai pris ni gants, ni bonnet, ni manches, ni chaussettes chaudes. J’appuie sur les pédales pour secouer un peu la machine, et me réchauffe tant bien que mal. Les quelques conducteurs me crient dessus ou klaxonnent pour une raison inconnue. Merci les copains, me faire sursauter ça me donne un bon coup d’adrénaline qui me maintient plus alerte pour quelques minutes.

Kilomètre 108 ou pas loin, je suis à Louiseville. Il est 3h environ, ça fait du 20 km/h de moyenne hors tout, c’est pas de la fusée, c’est du gros monocylindre diesel. Je suis fatigué, j’ai froid, je songe même à m’arrêter pour me réchauffer. Il fait quand même 5-6 degrés, c’est pas chaud-chaud, comme dit l’autre.

Tim Hortons. Autant je déteste ce truc, autant là, j’étais content de me dégourdir les mains et boire un truc chaud. Tant pis pour ma conscience.

Je ressors de là, c’est l' »effet croissant », j’ai relativement la pêche. Je chantonne et roule vers Trois-Rivières, le ciel commence à s’éclaircir et l’aube pointe le bout de son nez. Le ciel est on ne peut plus dégagé, les vues sur le fleuve sont belles, ça promet pour le lever de soleil.

Bientôt le lever

Bientôt le lever

La Lune et le fleuve avant l'aube

La Lune et le fleuve avant l’aube

Trois-Rivières, voilà, c’est pile sur le pont que se lève le soleil. Il est cinq heures, Trois-Rivières…s’éveille, Trois-Rivières, s’éveille…

Le lever trifluvien

Le lever trifluvien

Tornado au petit matin

Tornado au petit matin

La lumière du jour met du baume aux cuisses, il fait pas chaud mais le coeur y est à peu près. Seul Éole fait toujours son rabat-joie, et sur le coup, j’avoue être relativement content de ne pas m’être rasé avant de partir.

J’entame la plus belle partie de la route. Le fleuve trône sous le beau ciel bleu à ma droite, le ruban d’asphalte est à cette heure peu fréquenté, je trippe.

Le fleuve

Le fleuve

Rivière au nom qui m'échappe, du côté de Donnacona

Rivière au nom qui m’échappe, du côté de Donnacona

Les bornes s’enchaînent, lentement et avec hésitation: je ne suis quand même pas très frais, faut bien l’avouer. J’engloutis biscuits, croustilles et autres poubelles emmenées pour le voyage.

La campagne du chemin du Roy

La campagne du chemin du Roy

Le soleil et l'eau

Le soleil et l’eau

Une petite descente

Une petite descente

J’arrive en vue de Québec vers 11h. Les dernières dizaines de kilomètres sont un peu plus vallonnées, ce n’est pas pour me déplaire, ça fait du bien de devoir faire un effort. Et puis le cadre est quand même vachement agréable.

Vers la fin du chemin du Roy, en approchant de Québec

Vers la fin du chemin du Roy, en approchant de Québec

Je franchis la fameuse côte de Cap Rouge, bouquet final de cette classique Montréal-Québec. Et quelques kilomètres plus loin…CLAC, mon câble de dérailleur avant pète lorsque je change de plateau. Ça alors, un câble presque neuf, à peine 4 ans de service!

Je réalise assez vite que j’ai beaucoup de chance: je suis à moins de 10 km de la fin de mon parcours. Si ce câble avait lâché en pleine nuit, j’aurais quand même été un peu emmerdé. Je m’en veux un peu, surtout qu’avant de partir je me suis posé la question: « câbles de rechange ou pas? », et la réponse était « boarf, ça pète jamais, ça… ». Tu parles!

Je termine la balade sur le plateau de 26 dents. Le temps est vite long.

Je rejoins Nico, et on trouve assez vite un vélociste. Il est un peu plus de midi, tout est bien qui finit bien, presque 270 bornes en 14h tout compris. Merci quand même à Éole pour sa contribution au beau temps!

Le parcours sur Strava: https://www.strava.com/activities/320821661

Samedi 23 Mai 2015: le vent de la frontière

Fait beau, il y a du vent, c’est parti pour quelques kilomètres en solo sur la rive sud. Je voulais aller voir le coin sud-ouest du Québec, qui m’était encore inconnu.

Je sors de la ville par la voie maritime, cette bande asphaltée sur la digue séparant le Saint-Laurent de sa voie navigable. J’ai déjà un peu de vent dans le nez. 20-25 km/h dans la face, ça calme. Cap au sud-ouest, direction Franklin, petit bled proche des lignes.

Je traverse la Montérégie. Saint-Rémi et ses belles E-82, les pâtures, les champs, les bosses dans les bois. C’est une belle région. Il y a même quelques ponts couverts, dont un que je franchis.

Après Franklin, je me tape plusieurs dizaines de kilomètres cap plein ouest, avec le vent dans le nez bien comme il faut. Je pédale un peu nonchalamment, mais parviens à me maintenir au-dessus de 20 km/h en général, malgré Éole.

Dundee, petit poste frontière, est au bout de cette longue ligne droite. C’est d’ici que part la route 132, la même que j’empruntais souvent en Gaspésie, et qui va jusqu’à l’autre bout de la province.

Je résiste à l’envie de prendre les petits chemins pour aller voir ladite frontière. D’une part je veux rentrer assez tôt à Montréal, d’autre part je ne suis pas sûr de vouloir titiller le « border patrol »…

Après Dundee, enfin, j’ai le vent dans le dos, je vais pouvoir rattraper un peu le temps. Zoom, Amadeus vole, propulsé à 45 km/h. Je regrette presque d’avoir un pédalier compact.

Je passe par le canal de Beauharnois, majesté du génie civil québécois. À la jonction entre le canal et le fleuve, le vent est fort, fait déferler les vagues sur le petit point de vue, et déséquilibre ma bécane bien trop légère pour cette météo.

Je longe le canal sur la super piste, merci Hydro-Québec, et suis maintenant presque de retour en ville. Beauharnois, Chateauguay, Kahnawake, je connais la route par cœur. Un bateau passe l’écluse de Sainte-Catherine, le pont est levé. Je jase avec le gardien en attendant.

La boucle est bouclée, je prends la voie maritime dans l’autre sens. Au final, à peu près 250 km en un peu plus de 9h, pas si mal. En tous cas j’ai trippé!

Le parcours sur Strava: https://www.strava.com/activities/310407796

Vendredi-Samedi 15-16 Mai 2015: la flèche des Yétis

Flèche et moustache
Flèche et moustache

Une flèche! Rouler au moins 360 km en 24h, le but étant surtout de rouler 24h. Je vous laisse lire les détails si ça vous intéresse.

J’ai rendez-vous à 18h avec mes deux compères, Claude et Emmanuel, avec qui j’ai déjà roulé: Claude, le dernier 200, et Emmanuel, une bonne partie de mon 400 d’il y a deux ans. Olivier, collègue randonneur, n’a pu se joindre à nous, nous avait appelés les Yétis, parce qu’on a tous roulé 200 km en hiver. Et je trouvais ça cool comme nom. Petite photo de départ, et en selle!

Avant de partir!
Avant de partir!

C’est l’heure de pointe du vendredi soir, et on doit traverser l’île de Montréal au complet. On remonte les files de bagnoles. On prend le boulevard Saint-Laurent un peu, puis les petites rues, pour atteindre enfin la rue Lajeunesse, et son faux-plat descendant jusqu’au pont qui nous emmène à Laval. S’en suit le dédale de piste cyclable pour traverser l’île Jésus. On fait attention aux autres usagers, mais quand même, on fait un peu « Bagnole des 24h du Mans en centre-ville », parmi les patineurs, les mômes et autres promeneurs de chiens. Mais on roule quand même pas trop mal.

En quittant l’île Jésus, on rencontre un ami de Claude. Quelle coïncidence! On roule avec lui jusqu’au début de la piste cyclable du petit train du Nord, qui nous emmènera jusqu’à Mont-Tremblant. La piste est pour l’instant asphaltée, et très roulante. Le soleil se couche, on roule tel un petit train. Claude est la locomotive, bien sûr!

On arrive à Saint-Jérôme pour notre premier pointage, après une soixantaine de kilomètres. Les Bagels des Laurentides, en qui j’avais placé toutes mes attentes, sont fermés! Quelle tristesse. On se rabat sur une pizzeria. Je me dis qu’on a faim, on commande deux grosses pizza. Pendant qu’on nous les prépare, on jase, et les bécanes se reposent.

Pizza overkill
Pizza overkill
Les bécanes se reposent
Les bécanes se reposent

On se rassasie, et il nous reste une pizza entière: deux grosses, c’était largement trop…on fera donc quelques heureux en les personnes de jeunes qui glandent dans les rues de Saint-Jérôme en ce vendredi soir, en leur donnant le reste. Pizza gratuite, que demander de mieux?

Le ventre (trop) plein, on s’équipe pour la nuit, et c’est reparti.

Avant de repartir
Avant de repartir. Remarquez les cartons de pizzas…

Nous voilà sur la piste en poussière de roche! Ça roule relativement bien, mais c’est dur pour les poignets, ça secoue quand même pas mal. Claude et moi roulons devant la plupart du temps, sur ce long faux-plat montant. 1-2%, c’est relax, mais faut quand même appuyer sur les pédales.

On poursuit jusque Sainte-Agathe-des-Monts, où on pointe au Tim Hortons vers minuit. Un grand thé et un muffin, et c’est parti pour la nuit.

Pointage à Sainte-Agathe-des-Monts
Pointage à Sainte-Agathe-des-Monts

On reprend la route, il fait doux. La nuit n’est pas très claire, vue la couverture nuageuse. Pas d’étoiles, dommage. J’ai quelques petits coups de barre, mais rien d’insurmontable. C’est la troisième fois que je roule 24h d’affilée, et c’est clairement la fois où ça a été le moins dur de lutter contre le sommeil. Peut-être que l’heure de sieste que j’ai prise avant de partir était bénéfique.

Nuit
Nuit

Nous voilà rendus à Mont-Tremblant. Le Couche-Tard ne se couche pas si tard. On prend une photo en guise de pointage, et on est partis pour environ 120 km sans arrêt officiel. Multiples arrêts-pipi officieux en perspective, par contre!

Couche-Tard de Mont-Tremblant fermé
Couche-Tard de Mont-Tremblant fermé

On savait qu’on allait prendre une route de gravier à un moment donné, on savait même qu’on devait rouler plus de 20 km de gravier, en plus des pistes en poussière de roche. À vous les petits coups de cul où la roue arrière dérape pour nous mener en haut des bosses!

La nuit est très calme, il n’y a personne sur la route. On trippe, tantôt dans nos bulles de lumière respectives, tantôt en jasant. Il fait bon, pas de pluie. On ne va pas très vite, mais on n’est pas si en retard que ça. Claude et moi pensions avoir beaucoup plus d’avance que ça, en fait, mais vus les arrêts qu’on se fait (1h de pizza par ci, 30 minutes de thé par là…), on a un peu trainé. C’est pas plus mal!

On arrive sur la route 317, qui est plutôt sympathique. Vers 04h, le ciel commence à s’éclaircir. Les oiseaux se réveillent. Pioupiou, pioupiou, bon matin à vous aussi!

Encore un jour se lève...
Encore un jour se lève…

La route 315, qu’on devait suivre, part sur la droite. Un panneau indique 25 km de gravier, alors qu’on s’en est déjà tapé environ 20. On décide qu’on a assez donné et qu’on veut rouler, et on change un peu notre parcours.

Alors que je m’arrête avec Emmanuel qui enlève son imper-pas-cher-et-pas-respirant-La-Cordée, Claude part devant. On est tous les trois un peu fatigués en ce petit matin, des tentations de sieste nous traversent l’esprit. En fait, manquant d’énergie, il voulait atteindre le prochain bled pour nous trouver un endroit où déjeûner.

On croise des rapaces qui trônent sur des poteaux de pâture, véritables terreurs des petits rongeurs. Trop beaux, ces oiseaux.

On retrouve Claude quelques minutes plus tard, kilomètre 254, chez Maxim, petit restau-déjeûner à Thurso. Une grosse omelette aux patates pour moi, s’il vous plaît!

Après le déjeûner
Après le déjeûner

On repart vers Masson, pour attraper notre traversier et franchir la rivière des Outaouais. Pas de pont de glace en cette saison! On se grouille en croisant plein de voitures sur la route vers l’embarcadère…un peu pour rien, au final: il y a cinq bateaux qui font la navette entre les deux rives! Juste après qu’on ait embarqué, on décolle pour cinq minutes de textos-photos pendant la traversée.

Tornado et Emmanuel sur le traversier
Tornado et Emmanuel sur le traversier
Traversier!
Traversier!
Traversier!
Traversier!

On doit rejoindre une autre piste cyclable, la Prescott and Russell trail. En sortant du bateau, ça monte un peu, bien sûr! Rien d’insurmontable, mais quelques mètres de dénivelé tout de même. Comme toujours ou presque, Claude ouvre la marche.

Dans la roue de Claude
Dans la roue de Claude

La piste s’avérera en fait assez pourrie par endroits. Des gens se sont baladés à cheval dessus, quelle horreur, il y a des creux et des bosses de sabots partout, assez désagréable. Heureusement, ça n’a duré que quelques kilomètres, la suite était un peu plus roulante, bien qu’en gravier aussi.

Claude préfère, comme Emmanuel et moi, l’asphalte. Mais contrairement à nous, peu importe la surface et la pente, il s’envole en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Rapport poids/puissance incomparable!

Photo de bout de bras
Photo de bout de bras
Claude en survol du gravier
Claude en survol du gravier
Marre du gravier...
Marre du gravier…

On quitte la piste pour aller pointer à Plantagenêt. Je paye 10$ pour deux bananes et deux sandwiches pas bons, mais faut bien encourager les petits commerces. Et le gars était sympa, disant que notre cause était juste.

Restent environ 133 km. On décide d’éviter la piste de merde, et on prend une grosse route de merde à la place, puis quelques chemins de gravier, puis enfin une bonne route, sans trop de trafic. Claude est en feu (dans mon référentiel), Emmanuel et moi avons encore de l’énergie, on relaie pendant quelques kilomètres entre 33 et 36 km/h. Zoom.

Il se met à pleuvoir un peu en arrivant près de Rigaud. On trouve encore une fois notre point de contrôle fermé et on se rabat sur un dépanneur un peu merdique.

Il pleut un peu, et la boulangerie n'est pas là
Il pleut un peu, et la boulangerie n’est pas là

J’ai pas de pêche, même après avoir mangé une banane. Je suis à la traîne, et la route n’aide pas. Le parcours, pour raccourcir un peu, ne passait pas le long de la rivière, mais sur la grosse route un peu trop fréquentée, et surtout trop pourrie. Que des nids de poule, des raccords, des fissures, sur une dizaine de bornes. Pire route du monde, je préfère encore les pavés. Bref, ça finit par finir, et nous voilà à Vaudreuil-Dorion, chez Première Moisson. Il est 16h, 412 km au compteur.

Je m’enfile un petit thé et un gros roulé au chocolat. Ah, que ça requinque! On rejoint l’île de Montréal via l’île Perrot, et nous voilà sur le chemin du Bord du Lac à relayer à 32 km/h. Roule ma poule.

Lachine, et la piste le long du canal, sont peu fréquentées par ce temps gris et cette fin d’après-midi. Tant mieux, on roule bien. 24h après notre départ, nous voilà de retour. La boucle est bouclée, 454 km de bon trip. Merci les amis, c’était super de rouler avec vous!

Arrivé, je relis la carte.
Arrivé, je relis la carte.
Un peu zombies

Un peu zombies

Maintenant, faut récupérer un peu, manger et dormir et s’étirer. Le parcours sur Strava, pour ceux que ça intéresse: https://www.strava.com/activities/306292496. Et pour finir, merci à Emmanuel pour les photos!

Samedi 28 Février 2015: Zengarry

J’ai récemment découvert, ou redécouvert, les fromages de noix de cajou de Zengarry. C’est une petite madame qui fait ça, à Alexandria, en Ontario, à environ une centaine de kilomètres de Montréal. C’est pas donné, mais qu’est-ce que c’est bon!

Bref, c’était une bonne excuse pour une balade d’une journée entière. Ce samedi s’annonçait superbe, grand soleil, températures clémentes, vent modéré. Alors, en selle!

Sur la route dès le levant, j’emprunte mon parcours habituel pour me rendre jusqu’à Oka. Et oui, bien sûr, je n’allais pas rater une occasion de franchir une fois de plus le pont de glace.

Rien à signaler jusque là, si ce n’est le vent de face et le manque d’énergie. J’ai pas mangé de pâtes la veille…

Le pont de glace est toujours aussi beau, et bizarrement le vent y est aujourd’hui très calme. Je profite de la banquise, il fait environ -13, c’est très agréable. Voyez-donc ici (ou en bas de cet article).

Je poursuis ensuite vers Rigaud, en m’arrêtant de temps en temps pour quelques biscuits. Mes réserves d’eau s’amenuisent. Et c’est quand je serai au milieu de la campagne ontarienne, avec vraiment pas grand monde aux alentours, que je suis à sec. Je mange un peu de neige fraîche pour m’hydrater.

Caramba, mon pneu arrière est sacrément mou. Ne serait-ce pas une crevaison lente? Continuons, on verra bien.

Le vent me draine toute mon peu d’énergie. Je me traine à 15 km/h. Alexandria est encore à 30 km. Mon pneu arrière tout mou achève de me fatiguer. Je n’ai pas envie de réparer en plein vent au milieu de nulle part, même si la température est maintenant presque tropicale, au-dessus de -10 degrés.

Plusieurs fois je songe à laisser tomber. Éole, t’aurais aimé ça, hein? Eh bin non, j’y arriverai, lentement, mais probablement.

Et voilà, finalement, Alexandria! Ça fait du bien d’atteindre le point de demi-tour. Je me trouve le précieux fromage de cajou, et me rassasie dans le petit restau sympa du coin, le Quirky Carrot.

Je répare ma crevaison en digérant, sur le trottoir abrité, au soleil. Et c’est reparti, vent dans le dos, soleil, neige à perte de vue, sauf sous mes roues. Le pied. Les 15 km/h se transforment en 35, je vole. Et j’ai chaud! Il fait -7, j’enlève mon pantalon et mes couvres-chaussures et profite de la douceur.

Je suis l’itinéraire que j’avais programmé dans mon Garmin. Manque de bol, il m’emmène dans un cul-de-sac en ces temps de chemins non-déneigés. Note à soi-même: ne pas essayer de sortir des « grosses » routes en hiver.

Voyant un chemin un peu plus loin sur ma carte, je décide de pousser mon vélo dans des traces de gens passés en raquettes et/ou quad. Manque de bol le chemin s’avère être une piste de motoneige. Putain, 2 km à pousser le vélo sur une piste à moitié damée, quelle merde. Enfin, j’étais content de voir des bagnoles et de l’asphalte, après ça…!

Retour vers le Québec sans encombre, la campagne est belle, il y a un peu de trafic, mais tout va bien.

À Vaudreuil, je me trompe de chemin, et fais un détour stupide. Comme si j’avais de l’énergie à gacher là-dedans.

Je traverse l’Île Perrot, puis suis de retour sur l’Île de Montréal. Encore 35 km à parcourir et je suis au chaud et nourri…qu’est-ce qu’il est long, le chemin du Bord du Lac!

Je finis quand même par y arriver, il est presque 20h30. Je suis hagard en passant le canal Lachine, encore quelques centaines de mètres. Mes mouvements sont lents, je suis rincé.

En fait je suis presque mal. J’ai plus d’énergie, j’aurais dû me faire quelques biscuits avant d’arriver. Ma douce s’occupe bien de moi, merci.

Bref, une fin un peu approximative, quelques déboires, mais une super journée quand même.

Le parcours sur Strava.