Jeudi 29 Juin 2017: Tampico (Petit bled, TAM – Garrapatas, TAM)

Pas une bonne nuit malgré le toit. J’ai eu beaucoup de mal à m’endormir: le vent est tombé ou a tourné, et ne ventilait plus la pièce.
Bref. Champ des coqs. Debout! Gros orage, bien content d’être à l’abri.

Route jusqu’aux abords de Tampico très peinarde. Personne! Ensuite merdier industrialo-autoroutier. Camions à gogo.

Mon porte-gourde pète pour de bon. Missions en ville: porte-gourde, beurre de peanuts, pâtes et riz, internet.

Wal-mart. Ils ont des porte-gourde. J’en achète un. Honte à moi.

Tour en ville. Prenez l’exact opposé du désert des derniers jours et vous avez Tampico. Tout le monde klaxonne tout le temps. En général c’est pas mal le bordel. Heureusement    de très méchants dos d’âne tempèrent les ardeurs des conducteurs pressés. 

Je navigue à la boussole. Les missions remplies, je mérite bien quelques tacos. 

Miom. Je suis pas (encore?) habitué aux épices mais c’est très bon.

Et merde, j’ai effacé le parcours du jours dans mon Garmin, par inadvertance. Tant pis…

Gros pont pour sortir de la ville vers le sud. 80 km/h, double-voie, interdit aux vélos. Moi: « boarf ». Après le Rainbow Bridge, plus rien ne m’effraie. Y’a peu de trafic. Roule.

Encore quelques kilomètres et je cherche un endroit où camper. Je repère un hotel un peu balnéaire sur la carte mais la madame est pas accueillante. Le prout-prout est le même au Mexique qu’ailleurs. 

Le village voisin a un spot, mais pas super. Je continue malgré le « couvre-feu » et prends une petite route vers la lagune. Au bout, une petite église abandonnée qui ferait l’affaire. Je demande aux voisins si je peux camper là…

…et ils me disent que je peux même camper ici, sur la partie côtière de leur ranch. Muchas gracias Alexis y Alejandro!

Y’a même une douche et des toilettes. Alejandro me cueille et ouvre des noix de coco. Première fois pour moi. Ouah!

On jase tant bien que mal. Démonstration de réchaud.

Il y a plein de crabes, trop fort. Alexis m’en attrape un. Sacrées petites bêtes, je sens que la nuit ne va pas être tranquille.

Bonne bataille contre les crabes!

Strava sans la partie effacée: https://www.strava.com/activities/1061202169/shareable_images/map_based?hl=en-US&v=1498844865

Mercredi 28 Juin 2017: mi casa su casa (Soto la Marina, TAM – Petit bled sans nom sur la carte, TAM)

Belle journée mexicaine. Traversée du désert, mais un peu plus dense qu’hier, dans la matinée. 

Je salue mes hotes et pars. Muchas gracias!

La prochaine ville, Aldama, est à 112 km. Pedalamos.

Je recroise Roman sur la route. La bécane semble tourner comme il se doit!

Merde, mon autre porte-gourde a pété aussi. Camelote. Bon, ça tient encore à moitié, on va faire attention.

Contrairement à hier, Éole est de la partie. Sud-est comme toujours. Les premières heures sont relativement relax mais rapidement il faut se battre.

Je fais la même erreur « nourriture » qu’hier…bah, j’ai plein de vieux trucs à finir de toutes façons. 

J’arrive sur la partie de la route un peu plus vieille. Fini le bel accotement. Oeil-dans-le-rétro attitude.

Capital de sympathie cyclotouristique maximal. Au moins 20 coups de klaxon d’encouragements sur la journée. 

Aldama! Pas de porte-gourde au petit atelier local. 1 kg de tortillas et du fromage frais achetés en ville, par contre.

15h40. Je quitte le bourg, pas envie de glander jusqu’au « couvre-feu ». 

Ah, j’oubliais: finie la platitude, j’ai maintenant droit à quelques petites côtes pour briser la monotonie. Montées-descentes pour rejoindre la route qui longe (de loin) la côte. 

Effort à contrevent. Je finis par atteindre le petit bled dont j’ai zappé le nom et qui n’est pas nommé sur ma carte. Misère pour chercher où camper. Et alors que je me dis que je vais juste aller dans la campagne sans m’emmerder, je demande à deux gars s’ils savent où je pourrais camper. Un des deux me dit que y’a pas de problème, j’ai qu’à le suivre.

Rafael, mon bienfaiteur du jour, m’emmène à une maison qu’il vient d’acheter mais n’occupe pas (encore?)

Muchas gracias Rafael. Me voilà avec un toit pour la nuit. Il y aun bon contraste avec la Virginie, et ça fait du bien.

Rafael fait germer des noix de coco pour transplanter des arbres. Trop classe. 

Voilà, après l’avoir entendue de vive voix, « tu casa » résonne différemment. Va falloir faire gaffe, je vais finir par croire en l’espèce humaine. Ou pas.

Bonne nuit avec les noix de coco.

Strava: https://www.strava.com/activities/1059853573/shareable_images/map_based?hl=en-US&v=1498759534

Mardi 27 Juin 2017: désert et hospitalité mexicaine (San Fernando, TAM – Soto la Marina, TAM)

Heure de la relève chez les bomberos, heure du départ chez les cyclotouristes. Pas trop de motivation. Ce pays me donne un peu le vertige. Y’a rien, c’est un désert, cette région. Regardez la carte et vous verrez. Elle est pas incomplète, y’a juste rien.

Il fait humide, mais une fois sur le vélo, c’est supportable. ​


Peu de trafic. Mais…les fous occasionnels. Ici l’accotement peut servir de voie de circulation, comme en Grèce. Mais il y a beaucoup de visibilité et peu de monde sur la route, donc c’est pas si grave.

Je pousse en espérant tomber sur un kiosque à bouffe quelque part. J’ai foncé à travers le dernier, j’aurais peut-être pas dû. Au passage, ça devrait pas être trop dur de trouver du miel.

Finalement je grignote et m’arrête pour un gros grignotage de réserves. Plus de jus, faire les 18 km qui me restent dans cet état aurait pris une éternité. L’orage guette, d’ailleurs.

Soto la Marina! Objectifs: internet, des sardines pour remplacer celles qui ont pété ce matin en les redressant, trouver où camper, et retendre ma roue arrière, maintenant supermolle.

Internet: hotel machin. Sardines: des clous trouvés au magasin de matériaux du coin. Et là, je rencontre…Lucy, qui parle anglais et m’a grandement aidé pour me faire comprendre. Je lui demande si elle connaît un endroit où je pourrais camper…

…et me voilà dans le jardin de leurs hôtes (amis ou famille, pas bien compris…boulet). Super accueillants. Muchas gracias! 

J’égraine du maïs avec Freddy, 22 ans, fils de Lucy né aux États-Unis. Ils ont vécu en Géorgie, au Wisconsin et au Texas. Avec Roman, le père originaire de la région, ils sont musiciens. Ils se sont mis à jouer ensemble dans un groupe de musique latino-église après avoir joué moins écclésiastiquement.


Les poules caquettent, les poussins picorent. Les chiots jouent et têtent. Pour un coup je suis content de voir des chiens.


Roman et Virgilio changent le carbu de la moto. Et vroum, ça tourne. 

10 kg de maïs plus tard, nourri de popcorn et sirop de citron, j’ai droit à une douche. L’eau froide est tiède-chaude et pas besoin d’eau chaude.

Tortillas, frijoles y poulet juste pour moi: ici le monde mange après 9h. J’ai naïvement répondu 8h30-9h quand on m’a demandé mon heure de coucher, ce qui m’a valu un service particulier. 

En gros: muchas gracias!


Lundi 26 Juin 2017: ¡Bienvenidos a Mexico! (San Benito, TX – San Fernando, TAM)

Me voilà au Mexique!

Je pars de chez Richard un peu après 7h. Direction le bureau de poste. Ça prend un peu de temps, juste pour me stresser un peu…et je ressors avec ma jante de rechange. Alleluia!

Je ramasse mes affaires chez Richard. 25 km de bonus pour aujourd’hui. En route pour la frontière! 

Arrêt-ravitaillement avant le pont sur le Rio Grande: je veux ne pas m’arrêter à proximité de la frontière côté mexicain.

J’arrive au poste frontière. Le douanier me fait ouvrir chaque sacoche, pour la forme. Je rencontre Roy, belizien installé en Georgia, devant le bureau. Il dit qu’il veut aussi voyager à vélo, l’année prochaine sûrement. Il a été coureur. Salut Roy!

Je remplis les papiers. On me donne 180 jours de présence sur le territoire, je paye 29.75 $. Je sais pas si c’est proportionnel à la durée…

Tampon sur le passeport: c’est parti.

Le contraste avec le Texas est assez saisissant. En quelques villages je vois plus de gens à pieds et à vélo que dans tout le Texas réuni. C’est pas riche ici, ça se voit. C’est un peu troublant mais ça fait du bien de sortir du non-sens états-unien.

Par contre les pickups avec des soldats armés à l’arrière, bof….

La route est longue et droite et traverse le désert. Les champs ont des panneaux immenenses indiquant quelle sorte d’OGM y est plantée. 

Un vieux pickup pourri arrêté sur le bord de la route. Le monsieur me fait signe. Je luis fais signe. Puis il fait signe « pousser ». Je m’arrête. On pousse. La poubelle démarre au deuxième essai. Il m’offre de m’emmener: no no gracias.

Valle Hermoso, premier bourg: un mec demande pour me prendre en photo, pendant qu’un autre, sur un triporteur, me tend une bouteille d’eau fraîche. Gracias, amigo.

J’ai une petite brise favorable, j’en profite. Roule.

Je prends une grosse pluie. Pas d’imperméables: je crèverais de chaud. Chaussures trempées. Il me faut des sandales SPD.

Petite pause dans une entrée de champ ombragée quand même. Plein de moucherons qui cherchent l’eau. Heureusement qu’ils ne piquent pas!

Orage semblant assez méchant, avec pas mal de foudre: je m’arrête sous une bondieuserie. Le Garmin planre et oublie les premiers ~27+80 km.

Un tracteur me double! Ça tombe bien, le vent n’est plus favorable.  Je lui fais l’aspi sur une bonne distance. Il fait un peu chaud dans son sillage mais on file à 34 km/h.

Un peu avant San Fernando un pickup me dépasse et se gare. Deux papis me font signe de m’arrêter, ce que je fais. Ils me disent en gros que c’est dangereux, que San Fernando est le pire endroit sur terre (vraiment), qu’il faut pas que je roule après 17h, et qu’en plus c’est pas la saison des cyclotouristes. Merci du conseil mais il est 16h45 et le bled est à 15 km. Ils me conseillent un hôtel qui s’avèrera fermé pour travaux, et où ça me tentait pas d’aller de toutes façons. Merci quand même les amigos.

Bon, ça me rassure pas trop, ça. Que même les locaux disent que tout est dangereux.

Petit tour dans la ville qu’a pas l’air si terrible. Finalement je campe chez les Bomberos, qui sont assez intrigués par l’ensemble. La communication n’est pas des plus faciles mais on s’ en sort. Apéro, ils me gavent de Coca, urk. Bon, mieux vaut ça que de la tequila, j’imagine.

Juste à côté du climatiseur et des camions, la nuit risque de ne pas être reposante, mais a priori personne ne viendra m’emmerder, déjà. 

Buenas noches!

Strava (fin seulement): https://www.strava.com/activities/1057203411/shareable_images/map_based?hl=en-US&v=1498596824

Dimanche 25 Juin 2017: repos texan (San Benito, TX)

Pas fait de vélo aujourd’hui, première fois en 35 jours!

Petit tour en pickup avec Richard: long de la frontière, champ de bataille historique, fast-food.



Mais surtout…quête de miel local.

J’appelle un verger tropical repéré sur le net mais fermé le dimanche: on sait jamais. La madame décroche et veut bien qu’on passe, hourra!
Trop bel endroit. Plein de plantes tropicales. Je repars avec de la gelée de fruits de la passion, trop bonne. Et aussi du miel de la vallée du Rio Grande: le miel du verger n’est pas encore récolté. 

Petit tour par le bureau de poste, à tout hasard. Personne évidemment…mais la grille est ouverte, bizarre. Je vais voir et tombe sur plusieurs grosses caisses remplies de colis prêts à être triés. Je regarde à tout hasard: ma jante est dedans, mais pas en évidence. Je déclare forfait, rendez-vous demain à l’ouverture du bureau.

Merci Richard pour la balade et le reste!

Reste de la journée: lessive, inventaire et rangement de bazar.

Bonne dernière nuit au Texas.

Samedi 24 Juin 2017: Harlingen (Raymondville, TX – San Benito, TX)

Journée peinarde.

Deux batailles contre des fourmis rentrées dans la tente par leur propre porte cette nuit. Saloperies.

Il fait très humide. Je sue comme un porc dans la tente et au lever. Je remballe et vais déjeuner à un endroit un peu plus venté. Je roule ensuite direction Harlingen.

Je me rends au bureau de poste où ma jante doit arriver…mais elle n’est pas encore là. Lundi a priori.

Petit tour en ville. 

Bibliothèque,  courses diverses, vélociste où je suis accueilli en héros, c’est rigolo.


Déception du jour: le « farmers’ market » a fini plus tôt que prévu…mais devait pas y avoir grand chose de toutes façons. Tant pis.

Route de campagne à la texane: gros accotement de chaque côté jusqu’à chez mon hôte, Richard.

Merci Richard! Douche et on va au restau.

Demain glandouille. Lundi je ramasse la jante, et en fonction de l’heure je file au Mexique ou j’avise.

Vendredi 23 Juin 2017: le jour le plus dur (Chapman Ranch, TX – Raymondville, TX)

165 km avec vent défavorable 95% du temps, 37 degrés l’après-midi, 60 miles (96 km) sans point de service…dure journée. 

Strava: https://www.strava.com/activities/1052064963/shareable_images/map_based?hl=en-US&v=1498325027

Objectif du jour: finir la journée dans un rayon de 50 km du bureau de poste de Harlingen, où ma jante de rechange pour roue avant fatiguée doit arriver demain. 

Je commence par renverser mon thé dans la tente. Pas tout, heureusement. Je pensais m’être levé tôt mais en fait je suis sur la route seulement à 7h30.

Un raccourci est très tentant sur la carte. Manque de bol il traverse un ranch, King’s Ranch. Précision: le ranch a une superficie probablement plus grande que certains départements français, à vérifier. Y’a une barrière. J’appelle pour avoir l’autorisation, mais ça décroche pas. Et ils me l’auraient pas donnée de toutes façons. Je tente pas le diable texan et fais le détour. 3 km plus loin une pancarte dit: « the best way to meet the lord is payer. The fastest is trespassing. » Putain de tarés.


Je vois un chantier de pipeline. Super. Je croiserai aussi le ballet de camions transportant les tubes à marde: la route de cet aprem longe en fait le chantier.


Il est à peine 8h mais Éole est bel et bien levé. Et le soleil tape déjà. Il va faire chaud, ça se sent.

Kingsville. Arrêt à l’accueil pour touristes. Le monsieur m’offre un sandwich. Petite jasette. Kingsville a l’air tentante, mais j’ai une tartine de merde de 100 km de long qui m’attend. Je traîne pas. 11h à peine, je sors de l’accueil touristique et j’ai déjà l’impression de rouler sur une poêle à frire.

Bouffe et plein de flotte à Riviera, dernière station avant 96 km sans grand-chose. J’engloutis chips, carottes, petits pains, ananas, grosse glace, et une fois n’est pas coutume, un litre de Gatorade. Je fous plein de glace dans mon outre. Au total je pars avec environ 6 litres d’eau.

C’est parti pour 96 km d’accotement d’autoroute (double voie limitée à 120) en ligne droite dans une chaleur à crever et avec vent 3/4 de face.

J’alterne passages hauts et bas. Je me maintiens au-dessus de 15 km/h. Je bois, rebois, me pulvérise de l’eau et recommence.

Euphorie à l’aire de repos officielle où je prends une douche tout habillé sous un tuyau pas vraiment d’arrosage. Un peu de fraîcheur en repartant, youpi!

Pas mal de trafic. Des tas de gens qui transportent un tas de merdier vers le Mexique. Des bagnoles (une qui en tire une qui en tire une autre), des pièces, des outils, matériel, matériaux, électroménagers, ce que vous voulez. 

Du monde me klaxonne. A priori pour m’encourager. Merci mais vous feriez mieux de me ravitailler ou m’arroser comme au tour de France, ça serait plus efficace!

Ça n’en finit plus. Je fatigue. Pire route du monde et de ma carrière de cycliste. Journée la plus dure du voyage, de loin. Je regrette la pluie de Pennsylvanie. 

Raymondville, le retour à la civilisation, apparaît sur ma carte. On va y arriver. 



On y est. Je descends 750 mL de Perrier.
Je me pointe au poste de police pour demander si y’a quelque part où je peux camper, dans ce bled. Jamais fait ça mais ça a l’air pas mal comme truc. On m’offre de camper entre les postes de police et de pompiers. Pas super calme mais ça ira. Merci Raymondville.


Demain Harlingen, Richard de Warmshow m’accueille pour une ou deux nuits, le temps de préparer poches cachées et autres subterfuges pour mettre toutes les chances de mon côté passée la frontière. 
Bonne nuit municipale.