Samedi 23 Mai 2015: le vent de la frontière

Fait beau, il y a du vent, c’est parti pour quelques kilomètres en solo sur la rive sud. Je voulais aller voir le coin sud-ouest du Québec, qui m’était encore inconnu.

Je sors de la ville par la voie maritime, cette bande asphaltée sur la digue séparant le Saint-Laurent de sa voie navigable. J’ai déjà un peu de vent dans le nez. 20-25 km/h dans la face, ça calme. Cap au sud-ouest, direction Franklin, petit bled proche des lignes.

Je traverse la Montérégie. Saint-Rémi et ses belles E-82, les pâtures, les champs, les bosses dans les bois. C’est une belle région. Il y a même quelques ponts couverts, dont un que je franchis.

Après Franklin, je me tape plusieurs dizaines de kilomètres cap plein ouest, avec le vent dans le nez bien comme il faut. Je pédale un peu nonchalamment, mais parviens à me maintenir au-dessus de 20 km/h en général, malgré Éole.

Dundee, petit poste frontière, est au bout de cette longue ligne droite. C’est d’ici que part la route 132, la même que j’empruntais souvent en Gaspésie, et qui va jusqu’à l’autre bout de la province.

Je résiste à l’envie de prendre les petits chemins pour aller voir ladite frontière. D’une part je veux rentrer assez tôt à Montréal, d’autre part je ne suis pas sûr de vouloir titiller le « border patrol »…

Après Dundee, enfin, j’ai le vent dans le dos, je vais pouvoir rattraper un peu le temps. Zoom, Amadeus vole, propulsé à 45 km/h. Je regrette presque d’avoir un pédalier compact.

Je passe par le canal de Beauharnois, majesté du génie civil québécois. À la jonction entre le canal et le fleuve, le vent est fort, fait déferler les vagues sur le petit point de vue, et déséquilibre ma bécane bien trop légère pour cette météo.

Je longe le canal sur la super piste, merci Hydro-Québec, et suis maintenant presque de retour en ville. Beauharnois, Chateauguay, Kahnawake, je connais la route par cœur. Un bateau passe l’écluse de Sainte-Catherine, le pont est levé. Je jase avec le gardien en attendant.

La boucle est bouclée, je prends la voie maritime dans l’autre sens. Au final, à peu près 250 km en un peu plus de 9h, pas si mal. En tous cas j’ai trippé!

Le parcours sur Strava: https://www.strava.com/activities/310407796

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Un peu plus de flèche

Emmanuel a écrit un super article, checkez là: https://germainepedale.wordpress.com/2015/05/18/fleche-velocio-2015/

Et Claude a pris de bonnes photos!

Vendredi-Samedi 15-16 Mai 2015: la flèche des Yétis

Flèche et moustache
Flèche et moustache

Une flèche! Rouler au moins 360 km en 24h, le but étant surtout de rouler 24h. Je vous laisse lire les détails si ça vous intéresse.

J’ai rendez-vous à 18h avec mes deux compères, Claude et Emmanuel, avec qui j’ai déjà roulé: Claude, le dernier 200, et Emmanuel, une bonne partie de mon 400 d’il y a deux ans. Olivier, collègue randonneur, n’a pu se joindre à nous, nous avait appelés les Yétis, parce qu’on a tous roulé 200 km en hiver. Et je trouvais ça cool comme nom. Petite photo de départ, et en selle!

Avant de partir!
Avant de partir!

C’est l’heure de pointe du vendredi soir, et on doit traverser l’île de Montréal au complet. On remonte les files de bagnoles. On prend le boulevard Saint-Laurent un peu, puis les petites rues, pour atteindre enfin la rue Lajeunesse, et son faux-plat descendant jusqu’au pont qui nous emmène à Laval. S’en suit le dédale de piste cyclable pour traverser l’île Jésus. On fait attention aux autres usagers, mais quand même, on fait un peu « Bagnole des 24h du Mans en centre-ville », parmi les patineurs, les mômes et autres promeneurs de chiens. Mais on roule quand même pas trop mal.

En quittant l’île Jésus, on rencontre un ami de Claude. Quelle coïncidence! On roule avec lui jusqu’au début de la piste cyclable du petit train du Nord, qui nous emmènera jusqu’à Mont-Tremblant. La piste est pour l’instant asphaltée, et très roulante. Le soleil se couche, on roule tel un petit train. Claude est la locomotive, bien sûr!

On arrive à Saint-Jérôme pour notre premier pointage, après une soixantaine de kilomètres. Les Bagels des Laurentides, en qui j’avais placé toutes mes attentes, sont fermés! Quelle tristesse. On se rabat sur une pizzeria. Je me dis qu’on a faim, on commande deux grosses pizza. Pendant qu’on nous les prépare, on jase, et les bécanes se reposent.

Pizza overkill
Pizza overkill
Les bécanes se reposent
Les bécanes se reposent

On se rassasie, et il nous reste une pizza entière: deux grosses, c’était largement trop…on fera donc quelques heureux en les personnes de jeunes qui glandent dans les rues de Saint-Jérôme en ce vendredi soir, en leur donnant le reste. Pizza gratuite, que demander de mieux?

Le ventre (trop) plein, on s’équipe pour la nuit, et c’est reparti.

Avant de repartir
Avant de repartir. Remarquez les cartons de pizzas…

Nous voilà sur la piste en poussière de roche! Ça roule relativement bien, mais c’est dur pour les poignets, ça secoue quand même pas mal. Claude et moi roulons devant la plupart du temps, sur ce long faux-plat montant. 1-2%, c’est relax, mais faut quand même appuyer sur les pédales.

On poursuit jusque Sainte-Agathe-des-Monts, où on pointe au Tim Hortons vers minuit. Un grand thé et un muffin, et c’est parti pour la nuit.

Pointage à Sainte-Agathe-des-Monts
Pointage à Sainte-Agathe-des-Monts

On reprend la route, il fait doux. La nuit n’est pas très claire, vue la couverture nuageuse. Pas d’étoiles, dommage. J’ai quelques petits coups de barre, mais rien d’insurmontable. C’est la troisième fois que je roule 24h d’affilée, et c’est clairement la fois où ça a été le moins dur de lutter contre le sommeil. Peut-être que l’heure de sieste que j’ai prise avant de partir était bénéfique.

Nuit
Nuit

Nous voilà rendus à Mont-Tremblant. Le Couche-Tard ne se couche pas si tard. On prend une photo en guise de pointage, et on est partis pour environ 120 km sans arrêt officiel. Multiples arrêts-pipi officieux en perspective, par contre!

Couche-Tard de Mont-Tremblant fermé
Couche-Tard de Mont-Tremblant fermé

On savait qu’on allait prendre une route de gravier à un moment donné, on savait même qu’on devait rouler plus de 20 km de gravier, en plus des pistes en poussière de roche. À vous les petits coups de cul où la roue arrière dérape pour nous mener en haut des bosses!

La nuit est très calme, il n’y a personne sur la route. On trippe, tantôt dans nos bulles de lumière respectives, tantôt en jasant. Il fait bon, pas de pluie. On ne va pas très vite, mais on n’est pas si en retard que ça. Claude et moi pensions avoir beaucoup plus d’avance que ça, en fait, mais vus les arrêts qu’on se fait (1h de pizza par ci, 30 minutes de thé par là…), on a un peu trainé. C’est pas plus mal!

On arrive sur la route 317, qui est plutôt sympathique. Vers 04h, le ciel commence à s’éclaircir. Les oiseaux se réveillent. Pioupiou, pioupiou, bon matin à vous aussi!

Encore un jour se lève...
Encore un jour se lève…

La route 315, qu’on devait suivre, part sur la droite. Un panneau indique 25 km de gravier, alors qu’on s’en est déjà tapé environ 20. On décide qu’on a assez donné et qu’on veut rouler, et on change un peu notre parcours.

Alors que je m’arrête avec Emmanuel qui enlève son imper-pas-cher-et-pas-respirant-La-Cordée, Claude part devant. On est tous les trois un peu fatigués en ce petit matin, des tentations de sieste nous traversent l’esprit. En fait, manquant d’énergie, il voulait atteindre le prochain bled pour nous trouver un endroit où déjeûner.

On croise des rapaces qui trônent sur des poteaux de pâture, véritables terreurs des petits rongeurs. Trop beaux, ces oiseaux.

On retrouve Claude quelques minutes plus tard, kilomètre 254, chez Maxim, petit restau-déjeûner à Thurso. Une grosse omelette aux patates pour moi, s’il vous plaît!

Après le déjeûner
Après le déjeûner

On repart vers Masson, pour attraper notre traversier et franchir la rivière des Outaouais. Pas de pont de glace en cette saison! On se grouille en croisant plein de voitures sur la route vers l’embarcadère…un peu pour rien, au final: il y a cinq bateaux qui font la navette entre les deux rives! Juste après qu’on ait embarqué, on décolle pour cinq minutes de textos-photos pendant la traversée.

Tornado et Emmanuel sur le traversier
Tornado et Emmanuel sur le traversier
Traversier!
Traversier!
Traversier!
Traversier!

On doit rejoindre une autre piste cyclable, la Prescott and Russell trail. En sortant du bateau, ça monte un peu, bien sûr! Rien d’insurmontable, mais quelques mètres de dénivelé tout de même. Comme toujours ou presque, Claude ouvre la marche.

Dans la roue de Claude
Dans la roue de Claude

La piste s’avérera en fait assez pourrie par endroits. Des gens se sont baladés à cheval dessus, quelle horreur, il y a des creux et des bosses de sabots partout, assez désagréable. Heureusement, ça n’a duré que quelques kilomètres, la suite était un peu plus roulante, bien qu’en gravier aussi.

Claude préfère, comme Emmanuel et moi, l’asphalte. Mais contrairement à nous, peu importe la surface et la pente, il s’envole en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Rapport poids/puissance incomparable!

Photo de bout de bras
Photo de bout de bras
Claude en survol du gravier
Claude en survol du gravier
Marre du gravier...
Marre du gravier…

On quitte la piste pour aller pointer à Plantagenêt. Je paye 10$ pour deux bananes et deux sandwiches pas bons, mais faut bien encourager les petits commerces. Et le gars était sympa, disant que notre cause était juste.

Restent environ 133 km. On décide d’éviter la piste de merde, et on prend une grosse route de merde à la place, puis quelques chemins de gravier, puis enfin une bonne route, sans trop de trafic. Claude est en feu (dans mon référentiel), Emmanuel et moi avons encore de l’énergie, on relaie pendant quelques kilomètres entre 33 et 36 km/h. Zoom.

Il se met à pleuvoir un peu en arrivant près de Rigaud. On trouve encore une fois notre point de contrôle fermé et on se rabat sur un dépanneur un peu merdique.

Il pleut un peu, et la boulangerie n'est pas là
Il pleut un peu, et la boulangerie n’est pas là

J’ai pas de pêche, même après avoir mangé une banane. Je suis à la traîne, et la route n’aide pas. Le parcours, pour raccourcir un peu, ne passait pas le long de la rivière, mais sur la grosse route un peu trop fréquentée, et surtout trop pourrie. Que des nids de poule, des raccords, des fissures, sur une dizaine de bornes. Pire route du monde, je préfère encore les pavés. Bref, ça finit par finir, et nous voilà à Vaudreuil-Dorion, chez Première Moisson. Il est 16h, 412 km au compteur.

Je m’enfile un petit thé et un gros roulé au chocolat. Ah, que ça requinque! On rejoint l’île de Montréal via l’île Perrot, et nous voilà sur le chemin du Bord du Lac à relayer à 32 km/h. Roule ma poule.

Lachine, et la piste le long du canal, sont peu fréquentées par ce temps gris et cette fin d’après-midi. Tant mieux, on roule bien. 24h après notre départ, nous voilà de retour. La boucle est bouclée, 454 km de bon trip. Merci les amis, c’était super de rouler avec vous!

Arrivé, je relis la carte.
Arrivé, je relis la carte.
Un peu zombies

Un peu zombies

Maintenant, faut récupérer un peu, manger et dormir et s’étirer. Le parcours sur Strava, pour ceux que ça intéresse: https://www.strava.com/activities/306292496. Et pour finir, merci à Emmanuel pour les photos!

Samedi 02 Mai 2015: 118 + 87

Aujourd’hui se tenait un brevet de 200 km. Vue la journée magnifique et les autres raisons, j’y suis allé. Au départ, il y avait vraiment du monde. De ma courte expérience de randonneur, je n’avais jamais vu autant de cyclistes au départ d’un brevet. Ça fait plaisir!

Je rencontre Claude, autre maudit français, que je connaissais jusqu’à présent seulement par Strava et mails interposés. Sympa le mec, on jase juste après le départ, dans les rues de la sale banlieue montréalaise. Jusqu’à ce que…à une intersection, Fred « la fusée » Perman part. Zoom, c’est parti, Claude et moi le suivons. Bon, quelques kilomètres plus loin on se plante de chemin, ça commence bien.

Faux départ donc…vite rattrapé. On rejoint le reste du groupe, qu’on distance rapidement, pour relayer à 37 km/h sur les routes montérégiennes. Je sens que je tiendrai pas toute la randonnée à ce rythme, mais persévère et essaye de travailler pour mes amis aussi. Mais il apparaît assez vite que je n’ai pas la forme qu’ils ont!

On continue à ce rythme jusqu’au premier contrôle. Rapide tampon, pipi-eau, et c’est reparti. On croise nos poursuivants, qui eux aussi semblent avoir bien avionné.

Je sens mes relais de plus en plus poussifs, et suis donc de moins en moins souvent devant. On atteint rapidement les premières petites bosses sur la route de la Covey Hill. Je sens déjà mes cuisses chauffer…

Dès que la montée se fait sentir (aux premières centaines de mètres à 8 %, quoi), je décroche. Je sens des crampes monter…pourtant j’ai bu genre 2 litres d’eau en ces 90 premiers kilomètres! Mon corps n’est probablement tout juste pas habitué à cette allure, cet effort.

Mes compères me distancent dans la montée, et je monte à mon rythme. Mon petit braquet me semble si long! J’ai chaud, et regrette un peu de ne pas avoir enlevé une couche.

Sympa, ils m’attendent en haut. Je cravache tant bien que mal pour les rejoindre, mais oublie ça, je peux pas relayer. Je me contente de faire un effort de temps en temps, et reste derrière sinon. Désolé les gars.

On descend vers Franklin. L’asphalte est pourrie. Zooom, et nous voilà au second contrôle. Encore une fois, on ne traîne pas. Et nous voilà sur la route du retour, avec une brise dans le dos pour quelques kilomètres.

J’observe le pédalage de mes collègues. Fred a un coup de pédale dur, un peu impulsif, j’ai l’impression qu’il cherche à enfoncer quelque chose dans le sol à chaque révolution du pédalier. En revanche, Claude est bien plus lisse, impressionnant de régularité, il donne l’impression que c’est super-facile de rouler à 45 km/h.

Je jette quelques forces dans de courts relais clairement pas du même calibre que ceux de ces deux machines à rouler. Et au bout d’un d’entre eux, c’est le drame: mes jambes crampent. J’ai bu pourtant, et mangé deux bananes! Je comprends pas. Je tente de rester dans les roues, mais ça continue, il faut que je relâche mon effort. Je crie à Fred et Claude d’y aller et que j’ai des crampes, je ne veux pas être un boulet.

Ainsi se sont passés les 118 premiers kilomètres.

Dans les secondes qui suivent le relâchement, je me dis que merde, c’est dommage, que je pourrais quand même faire un effort, quoi. J’attaque un peu, mais suis assez vite ramené à la raison par mes jambes.

Je ralentis. Je me mets à mon rythme, et bois, et bois. Je profite du paysage, en plus c’est maintenant la partie du parcours que je préfère. Et je me dis que ce sera pas plus mal, faire quand même une bonne partie de la randonnée par mes propres moyens, et sans être le truc qui traîne dans les sillages des fusées…

Mes pieds ont aussi des crampes, maintenant! J’adore. Je bois encore.

Au bout de quelques dizaines de minutes, mes crampes se calment enfin. Allez Lou, ya! Je roule peinard, le vent est maintenant de côté/face. Et c’est à moi de le fendre!

J’arrive au dernier contrôle, où je ravitaille en eau. Je dois en être à environ 3.4 litres. J’enlève mes chaussures et relaxe un peu en bouffant des biscuits dans les vapeurs d’essence. (Ouai, c’est une station essence.)

Je repars, restent 40 km…rien du tout, quoi. La route est belle (comme quoi tout arrive!), il fait beau, je trippe.

Bon, j’ai trop bu. Arrêt-pipi.

Saint-Philippe, dernier village résistant à l’étalement urbain montréalais…encore quelques bornes et je me ferai ch…dans la banlieue. D’ailleurs, m’y voilà déjà. Je roule sur les boulevards-autoroutes, vent dans le dos, hop.

Mon GPS plante. Hum, heureusement, il plante modérément et je peux afficher le chemin. Ça tombe bien, parce que je ne le connais pas par coeur…

Quelques feux, quelques stops, quelques chauffards, et me voilà arrivé au dernier dépanneur-contrôle. Fred et Claude relaxent au soleil. Ils ont terminé en 6h23, moyenne roulée de 34.4 km/h. Des machines! Pour ma part, il est 14h02, j’ai donc mis 7h02 à boucler le parcours, en grande partie grâce à mes deux acolytes d’une autre planète. Chapeau les gars, et merci!

Claude et moi repartons vers Montréal en causant. On se reverra bientôt pour la flèche…mais à un autre rythme!

Le parcours sur Strava: https://www.strava.com/activities/296840630