Samedi 21 Janvier 2017: Brevet 200 km « sous zéro »

Aucune photo pour illustrer cet article, désolé.

Tout commence en fait la veille, où je me confirme que je voudrais bien essayer de rouler ce brevet en fixe. Par défi, pour changer un peu, parce que les vitesses internes m’emmerdent ces jours ci, et pour alléger le vélo.

Alors je monte la roue fixe sur mon beau Cross-Check d’hiver. Niveau chaîne, j’en trouve une qui traîne dans un tiroir, ça a l’air d’aller, le test « tour du pâté de maisons » est concluant.

Le jour J, je rejoins mon ami Claude au petit matin, on prend la bagnole pour se rendre au point de départ: il n’y a aucun lien cyclable entre Montréal et la rive sud en hiver, quelle misère.

Je galère à remonter ma roue avant/rebrancher la dynamo pendant que les autres prennent la photo de départ du brevet. Ouf, ça remarche juste au moment où on part.

350 m plus loin, CRAC la chaîne pète. Et meeeeerde. Je sais pas trop, je la sentais pas, cette chaîne. Je fais signe aux autres de partir, que je les rejoindrai.

J’ai un tout petit peu de marge pour raccourcir la chaîne, ce que je fais. C’est un peu limite, l’écrou de l’axe de la roue arrière est à cheval sur le bout des pattes…mais ça roule quand même. Il m’a fallu cinq minutes pour réparer, va falloir cravacher pour rejoindre les autres. Et surtout, faut pas que ça re-casse: je ne peux plus raccourcir la chaîne.

Je file à travers Brossard et autres localités qui font rêver le rural en moi. Naviguant tout seul, j’angoisse un peu de me tromper de chemin…mais finalement, je rejoins le petit peloton sur le chemin Édouard VII. Ah, je suis content de les voir, je vais pouvoir me reposer un peu dans les roues des compères.

…Non mais attendez, je suis le seul avec des garde-boue, ou quoi? Il bruine, la route est trempée de saumure, et presque tout le monde projette plein de flotte dégueulasse sur plusieurs mètres derrière. Le rêve.

Au moins je peux jaser un peu, et comme ça roule moins vite que lors de ma poursuite, je relaxe. On suit le traditionnel parcours, la plupart du monde connaît le chemin par cœur ou presque: exit la partie « navigation » du brevet.

Le groupe finit par se scinder, je me retrouve avec les rapides, zoom vers le premier point de contrôle. On commence déjà à être pas mal trempés, la bruine est tenace. On s’arrête pas longtemps, il fait environ zéro.

Direction Covey Hill. Une petite montée pour le vélo à vitesse, un petit défi pour moi en fixe. Les prémices en montagnes russes passent assez bien, pousser fort en début de bosse et on arrive en haut. J’arrive à rester avec les trois machines, Claude, Mike et Ryan…jusqu’à la première vraie montée, où une crampe me dit d’aller un peu m’étirer. Je repars vite, mais ils ont déjà quelques mètres d’avance. Et un peu plus loin, la pente étant plus rude, il faut forcer un peu sur la chaîne prise au pif dans le tiroir, que je ne peux plus raccourcir…

Re-CRAC. Et merde. Plus de chaîne, me voilà à pieds.

Bon, bah je marche. Direction le prochain village, à une dizaine de kilomètres. Arrivé en haut de la Covey Hill, c’est plat, donc je fais un peu de trottinette, pied droit sur la pédale gauche, pied gauche qui pousse.

Je prends froid: trempé, face à la petite brise du haut de la colline, sans pouvoir s’activer…mes mains gèlent, surtout celle qui tient l’épave de chaîne, véritable pont thermique. Je finis par la laisser dans un bac de recyclage devant chez quelqu’un (la chaîne, pas ma main).

Vient la descente, sans frein arrière…faut faire attention. Petite frayeur dans un virage. Gros frissonnements avec le refroidissement éolien, je claque des dents.

Je marche et trottine jusqu’à la boulangerie Chartrand, jadis point de contrôle du brevet. Je préfère m’arrêter là que dans un dépanneur, c’est bien plus cool. Ils acceptent de me chauffer une soupe et de la pizza, qui me font le plus grand bien. Bon, mon téléphone ne marche plus, les options « appeler un ami » ou « appeler un ennemi taxi », qui m’avaient effleuré l’esprit, ne sont plus d’actualité.

Je rejoins ensuite une petite station service sur la route la plus passante du village. Je demande à un gars arrêté là avec son pick-up s’il va vers Ormstown, où passe la route 138, sur laquelle j’espère pouvoir faire du stop pour rentrer. Il me demande quel problème j’ai, je lui dis qu’il me faudrait une chaîne.

Il connaît un réparateur de vélos à Ormstown et accepte de m’emmener! Merci l’ami. Ancien militaire, fumeur, dans un pick-up: on vit pas dans le même monde mais ça ne freine pas l’entraide.

Il m’emmène chez Bob Wilson, 75 ans d’expérience dans la réparation de vélos. C’est bien ma veine, Bob est là! Petit papi d’au moins 85 ans (à vue de nez), fumeur lui aussi, avec un atelier de réparation dans un petit abri dans son jardin. Je lui explique mon problème. il a la pièce, alleluia! Il m’assiste dans la réparation, insistant sur le fait qu’il faut bien aligner le rivet de la chaîne avec le maillon pour le rentrer. Je galère avec mon petit dérive-chaîne. Premier essai: je déforme un maillon. Deuxième essai, avec la super pince dérive-chaîne de Bob qui facilite la tâche…je sors trop le rivet, il n’accroche plus l’autre partie de la chaîne. Rhaaaaaa. Entretemps on jase un peu, c’est une belle rencontre, ce petit papi-vélo anglophone que je n’imaginais même pas.

Je finis par y arriver, la chaîne est montée! Ouf! Petit test…il y a un bruit de craquement dégueulasse, comme s’il y avait du sable sur un maillon…il semble qu’une dent ne rentre pas bien, je ne sais pas pourquoi. Je constate que la ligne de chaîne n’est pas parfaite, ce que j’aurais dû remarquer la veille avant de partir. Bref, je mets de l’huile, et roule, assez merdouillé comme ça.

Je repars en oubliant mon casque. Demi-tour.

Je re-repars sous les craquements de chaîne peu rassurants, direction Chateauguay. Quelques kilomètres plus loin, je me dis que j’aurais pu retourner sur le parcours officiel du brevet et le terminer, mais il est passé 13h30, pas envie de faire plus de détours pour rentrer. Et ma rotule gauche, qui s’était pourtant faite relativement discrète jusqu’à maintenant, me fait mal, alors j’abrège.

Je longe la rivière Chateauguay, assez peinard, les routes sont calmes. Toujours cette foutue bruine. Ah, mon téléphone remarche, je donne signe de vie.

La magnifique banlieue montréalaise n’est plus très loin. Le paysage est bouché, même si je suis passé tout près je n’ai pas pu admirer les E-82 de Saint-Rémi. Tant pis.

Me voilà rendu à Sainte-Catherine, où se trouve l’écluse de la voie maritime. À moi les 10 km de digue asphaltée qui m’emmèneront sur l’île de Montréal, si tout va bien.

Arrivé au pont Champlain, évidemment dans cette grande nation de vélo qu’est le Québec, l’estacade (autre lien cyclable vers la rive sud) est fermée. Putain, quelle connerie.

Je passe la barrière et peux traverser jusqu’à l’autre barrière, 2 km plus loin, où je fais le même exercice. Vient ensuite une traditionnelle traversée de la ville jusqu’à la maison.

Mes mains, baignant dans l’eau à 0 degrés depuis un moment, sont bien gelées. Je crois que mon pouce droit est au bord de l’engelure, mais finalement non, vu que je tape maintenant ces lignes, même pas 24h plus tard.

Bref, j’ai pas validé le brevet, mais je m’en fous pas mal. 180 km en fixe et un peu d’aventures m’auront fait passer une bonne journée!

Sur Strava: https://www.strava.com/activities/839808565 et https://www.strava.com/activities/839808638

Samedi 10 Décembre 2016: Aurich – Kiel

Pas écrit ici depuis un moment, mais là j’ai plus ou moins quelque chose à raconter, alors…

Un samedi entre deux semaines en déplacement professionnel au fond de l’Allemagne…est une occasion de rouler un peu. Le temps annoncé n’est pas terrible, mais le vent de sud-ouest assez prometteur. Hop, allons voir la mer Baltique!

Kiel offre un bon compromis distance/direction/train du retour, alors allons-y.

Je quitte Aurich un peu après 7h. Il fait très doux pour la saison (7 degrés), le vent est déjà levé mais ne dissipe pas la grisaille ambiante, qu’on ne distingue d’ailleurs pas encore: le soleil n’est pas levé.

Je file le long du canal, aidé par Éole. C’est tout droit, ça roule bien sur les pavés autobloquants, sauf quand la piste est défoncée par les racines (« radweg schäden »). Il faut aussi faire attention, tout est super-humide dans ce pays, ça peut glisser. Et il y a aussi des chicanes qui surgissent de la noirceur, la plupart du temps signalées convenablement, heureusement.

Zoom, les kilomètres défilent. Le jour se lève timidement, il fait aussi clair que dans une balle de coton. Je connais un peu cette partie de la route, je l’ai déjà prise pour aller à Bremen. Tiens, je me souviens de cette intersection, c’est là que je m’étais trompé de route l’autre jour, me dis-je en continuant tout droit alors qu’il faut cette fois encore que je tourne. Heureusement, l’endroit où j’avais crevé une fois n’a pas connu la même répétition de l’histoire.

Je continue en direction de Nordenham, où je dois prendre un traversier vers Bremerhaven, à travers la Weser. Il n’est pas très fréquent: si je n’ai pas celui de 10h20, il faudra attendre 11h. Voyant qu’il est possible d’attraper le bateau de 10h20, je pousse un peu, toujours dans le vent.

C’est le moment de râler un peu. L’infrastructure cyclable allemande est à double tranchant: d’un côté, elle est très sécuritaire pour tous les gens qui parcourent de très courtes distances sur des vélos lourds même à vide, et à 15 km/h. Mais pour ceux qui roulent à 25 ou plus de moyenne et/ou qui sont chargés, c’est parfois l’enfer, toutes ces chicanes aux intersections, les bordures à éviter, les poteaux parfois…j’en passe et des pires, comme les ponts en bois dans un pays où il pleut tout le temps, ou les pistes à contresens la nuit, où ne voit rien, constamment ébloui par les phares des bagnoles en sens inverse à 1m50 de soi.

Tout ça pour dire qu’à un moment, roulant bon train, je me suis fait un peu surprendre par une bosse juste avant un pont de bois glissant comme une savonnette. Hop, zwip, oh-oh, beng, schrrrr, je décolle, la roue avant se dérobe, c’est irrattrapable, je tombe et glisse sur le maudit pont. Rien de cassé, ecchymoses habituelles au coude et à la hanche, rayure sur le casque qui a touché la bordure. Guidoline abîmée et selle à réajuster sur la bécane,  que j’ai vue glisser sur quelques mètres.

Le pire dans tout ça c’est que je perds de précieuses minutes dans la course contre le bateau. Vite vite, en selle. J’arrive à Nordenham assez rapidement, mais le débarcadère est en fait un peu plus loin, à quelques kilomètres. Je grille quelques feux, chose très répréhensible en Allemagne, et finis par arriver sur la dernière ligne droite.

Le bateau est encore là! Ouf…

Eh, mais, la barrière se ferme! « Noooooooon », crie-je en français dans le texte, juste avant qu’elle ne se rouvre pour me laisser passer, entre les piétons retardataires. Ouf, me voilà sur le bac, c’en est fallu de peu. Je souffle un peu après cet épisode sportif. Le commis arrive pour collecter mon droit de passage: décidément, on peut jamais être tranquille.

J’ouvre la sacoche pour chercher mon portefeuille, enfoui entre le pain et chocolat, les fringues, les affaires de toilette, les téléphones et la chambre à air de secours.
Ou peut-être est-il juste tout au fond de la sacoche, dans le jus de pluie typique d’une Ortlieb qui n’est plus étanche?

Ou alors, laissé dans une poche quelconque.

Ou alors…

Bon, il faut se rendre à l’évidence:il n’est nulle part. Oublié sûrement, perdu peut-être, mais il n’est clairement pas là. Merde alors.

J’explique au commis, parti faire un tour pendant la scène de farfouillage, que j’ai oublié ou perdu mon portefeuille,  et que j’ai pas de sous. (J’aurais bien dit « pas un centime,  mais c’eût été mentir, j’ai trouvé un centime dans une poche.) Je lui dis que je connais mon numéro de carte de crédit par cœur,  comme si ça pouvait aider à récolter 1.75 euro de monnaie.

Il part voir le capitaine et revient avec deux mecs super balaises. Ils empoignent mon vélo, le soulèvent au-dessus de l’eau en vociférant en allemand. Je leur saute dessus et leur pète la gueule, tout en tenant ma bécane d’une main.

Non, en fait le commis revient et me dit « it’s okay » en allemand, ce à quoi je réponds que merci, mais ça me rend pas mon portefeuille.

Tout ça a pris tout le temps de la traversée, même pas eu le temps d’apprécier la brume.

Bon, alors, pas de portefeuille…probablement oublié à Aurich. Pas de portefeuille, pas de sous, pas de carte de crédit. Pas de restau ou amuse-gueule en chemin donc, pas de quoi payer le second traversier du jour non plus…pas de quoi faire face à un quelconque imprévu. Heureusement j’ai quand même mon billet de train de retour et mon passeport: pas d’emmerde pour rentrer. J’ai aussi du pain et du chocolat pour tenir jusque demain si besoin, et puis c’est pas comme si les poubelles étaient vides.

Je suis quand même préoccupé. En passant devant les banques sur mon chemin, je guette: peut-être pourrais-je retirer des sous si je donne mon numéro de carte au guichet? Mais j’oublie assez vite l’idée, bonne chance pour trouver une banque ouverte un samedi après-midi en pleine cambrousse.

Je roule l’esprit pas tranquille, et en même temps, cette expérience me donne un minuscule avant-goût de la situation précaire que connaît une majorité de gens. Ça secoue un peu de sortir de son petit confort, de son train-train qui a des sous en poche.

Je roule le long des digues bordant la mer du nord. Le vent est toujours avec moi. Le lourd crachin qui m’humidifiait depuis quelques heures s’est calmé. Le ciel est toujours aussi gris, par contre.

J’approche du second traversier, qui me fera passer l’Elbe. J’hésite sur la stratégie à employer: faire la manche et payer le billet, faire comme si de rien était et espérer un miracle, se cacher aux toilettes pendant la traversée, demander une cachette à routier…

Finalement, je me dis que j’ai peut-être juste mal cherché le portefeuille. Alors j’embarque comme si je croyais que j’avais des sous. Arrive le gars. Scène de farfouillage intense dans ma sacoche. Il tape du pied (vraiment). Je finis par ne pas trouver le foutu portefeuille. Je lui explique. Il répond juste « 3.50. NOW. » en criant presque. Il dégage, voyant bien que je peux pas lui chier des pièces de monnaie (ni des billets, d’ailleurs).

Le bateau est déjà parti, au moins je sais que ça c’est bon.

Deux madames ayant assisté à la scène viennent alors me voir: « brauchen Sie Geld? ». Je réponds que oui, danke schön, j’ai besoin de fric. Elles continuent à me parler en allemand, ce à quoi je finis par répondre que je parle nur ein bißchen Deutsch. Finalement, elles sont aussi francophones. Ça alors! Wunderbar. Mes sauveuses francophones, quoi. Elles me donnent 5 euros pour assouvir l’avidité du contrôleur, et veulent même que je garde la monnaie pour survivre à Kiel.

Je cause ensuite avec Mercedes pendant toute la traversée. Elle bosse pour une association de verts allemands, elle emmène des jeunes en forêt pour les sensibiliser. On discute d’énergie, de trucs écolos. Elle s’en va avec sa famille pour une semaine à Flensburg.

On se salue à la fin de la traversée. Vraiment sympa comme rencontre. Ça fait toujours plaisir de constater que tous les gens ne sont pas forcément des connards.

C’est reparti! Dernière étape de la journée, 80 km jusque Kiel. Le paysage est un tout petit peu moins plat ici. C’est pas encore les Alpes mais ça fait du bien d’avoir quelques pourcents d’inclinaison de temps en temps. Je longe entre autres des vergers et plantations de Weinachtbaümen, des sapins de Noël. Y a-t-il une utilisation de la terre plus futile que ça?

Il y a ici un peu de forêt aussi. D’ailleurs, alors que je manquais d’eau, je tombe sur une espèce de clinique enclavée au milieu des arbres. Trop bizarre. Toujours est-il qu’ils avaient de l’eau.

La nuit tombe, j’allume les phares (ou les loupiottes, en fait: je n’ai pas pu monter de vrai phare avant de partir, un peu pris au dépourvu par les freins cantilevier empêchant le montage sur fourche auquel je suis habitué). Mais elles éclairent quand même suffisamment, rassurez-vous. Encore un peu moins de 2h de route et je serai rendu.

Arrivé à l’hôtel, pas de problème, ils peuvent prendre le paiement sur ma carte de crédit juste en ayant le numéro. Douche, puis je vais faire un tour en ville, voir si y’aurait pas autre chose que du pain et du Ritter Sport à bouffer ce soir.

Les collègues m’avaient demandé « mais qu’est ce que tu vas foutre à Kiel? Flensburg, Rostock, ça vaut le coup, mais Kiel?! ». Contrairement à Mercedes, ils n’ont pas compris que le but, c’est le chemin. Mais bon…ils n’avaient pas totalement tort. Kiel, c’est un port d’où partent des bateaux pour la Scandinavie. Et pas grand-chose d’autre a priori.

Le truc c’est que les traversiers partent du centre ville. Donc, pas ou peu de joli petit port, de quai accueillant, etc. Mais bonjour les grosses rues à double voies, les chemins de fer et autres. Pas terrible-terrible. La zone piétonne du centre semble quand même pas mal, mais c’est le marché de Noël et le samedi soir en même temps, je dégage de là assez vite.

Je tombe sur quelques poubelles assez bien fournies, mais cachées. Projecteurs, caméras et détecteurs de mouvement au programme. Conneries. Je me fais interpeller par un commis qui me dit de remettre dans le bac ce que j’ai pris: une miche de « pain » et des mandarines. Compte là-dessus mon pote, j’ai rien à bouffer ce soir, je vais pas me priver de mandarines. Je lui dis que c’était dans ma sacoche avant que j’arrive. Il n’est pas dupe mais ne pousse pas le bouchon. Il me dit qu’ils ont la vidéosurveillance et que s’il me revoit il appelle la police.

T’inquiète mon gars, si je reviens à Kiel ce sera pour monter dans un bateau et c’est tout. Peut-être que je glanerai quelques trucs dans ta poubelle au passage quand même, qui sait? T’appelleras la polizei tant que tu veux, brigade spéciale poubelles s’il te plaît. Ils ont certainement que ça à foutre. Ça les changera de donner des avertissements aux cyclistes qui passent au rouge le dimanche matin. (Bon ok j’ai merdé sur ce coup là, j’aurais pu les voir…)

Finalement je fis bonne chère: fromage à tartiner, poivrons, radis, carottes, bananes, que demande le peuple? Avec les poubelles compost, c’est superfacile de glaner, le tri est déjà fait.

En plus, y’a les six jours d’Amsterdam à la télé, ça roule vite, caméras embarquées sur les vélos, ça donne envie de faire des tours de piste.

250 km le vent dans le dos (voir Strava pour les détails), c’est pas si fatiguant, mais je vais bien dormir quand même. Dans les trains du retour, j’écris maintenant cette formidable histoire. Septième train pour mon fidèle Travelers Check, et plus de 1000 km depuis qu’on se connaît. Je me demande pourquoi j’ai hésité à investir  dans cette bécane!

 

Vendredi 1er Juillet 2016 – Miracle canadien

Ça fait un moment que je n’ai rien écrit ici, mais aujourd’hui j’ai un petit truc à raconter.

1er Juillet, jour de la fête du Canada. Je me dis naïvement qu’aux États-Unis ils fêtent pas ça, le Canada, donc que ma bouquinerie préférée à Niagara Falls, NY devrait être ouverte. La fleur au guidon, je roule les 20 km jusqu’au Rainbow Bridge, ce pont qui relie le Canada et les USA en face des chutes du Niagara. Je vous épargne le trafic monstre du côté canadien à Niagara Falls, quel enfer…

Contrôle-express, je passe la frontière et roule jusqu’à la bouquinerie. Manque de pot, le magasin n’est pas ouvert. Bon, perte de temps, j’adore…retour vers le pont.

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Sur le Rainbow Bridge, en regardant vers l’ava

Quelle idée de franchir la frontière lors d’un long week-end commun au Canada et aux USA! Trafic-monstre pour repasser le pont. On prend son mal en patience. Quelques minutes d’attente, je passe la frontière et me voilà de nouveau en route vers la maison.

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Un rapace sur le chemin

Une petite heure de bataille contre le vent plus tard, me voilà rentré. Tiens, un message vocal laissé par un numéro inconnu, mais qui cela peut-il bien être?

« Allo, ici le poste frontière, un voyageur nous a ramené votre portefeuille. On l’a ici, appelez nous ». Merde alors…en effet, je n’ai plus mon portefeuille! Il a dû tomber quand ma sacoche était ouverte entre le péage et le poste de douane, ou pendant l’attente, que sais-je.

« ‘Ostie de Jésus-Christ de tabarnac de câlice de marde », pense-je en français de France dans le texte (comprenez « putain de merde »). J’appelle les douaniers. « Ouai, on a votre portefeuille, avec le fric et tout. On l’a mis dans un sac scellé, venez le chercher. » C’est quand même une sacrée chance: en plus d’un peu de fric (170$), il y a évidemment dans ce portefeuille tout un bordel de trucs chiants à faire refaire si c’est perdu: permis de conduire, carte d’assurance maladie, carte d’identité, etc, etc. J’ai un bon karma, j’imagine. J’aurais pu tomber sur un enfoiré qui garde mon portefeuille et tout le fric avec.

Bon…il est 18h30, je voulais me coucher tôt, mais me voilà bon pour une nouvelle balade de 40 km pour aller chercher mes papiers.

Ni une ni deux, cette fois je prends mon vélo de course et file vers le poste frontière. Je me retape le gros trafic de merde de Niagara Falls. Tout le monde s’est donné rendez-vous dans ce lieu détestable en ce jour du Canada. Je passe au poste frontière. Je demande à une douanière du guichet. Elle est au courant! « The gentleman who lost his wallet is here », dit-elle dans sa radio. Je me retrouve face à cinq madames-de-douane souriantes et on me remet le précieux sac. Alleluia. Merci les amies.

J’entonne un « Ô Canada » debout sur le comptoir, le casque de vélo sur le coeur, tout en brandissant le sac contenant mon portefeuille. Un bus de touriste chinois reprend en choeur. Les douanières en liesse tapent sur leurs claviers en rythme, et je quitte le poste de douane sous un tonnerre d’applaudissements et de cris de liesse.

Non, bon, je quitte le poste sans demander mon reste, mais en remerciant chaleureusement les consciencieuses fonctionnaires.

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Le sac scellé

Voilà, encore quelques bornes sur l’horrible Lundy’s Lane qui pue le graillon et les gaz d’échappements des assassins à quatre roue, une nouvelle petite heure de bataille contre le vent (ça souffle à 30 km/h, environ) à méditer sur ce miracle du jour du Canada, et la boucle est bouclée. La balade de 50 km en a finalement fait 90, et n’aura servi à rien, si ce n’est à avoir cette petite anecdote de fête du Canada à raconter quand je serai vieux.

Donc, merci le Canada et ses gentilles douanières, merci la reine d’Angleterre, et surtout merci à la personne qui a remis mon larfeuille aux autorités. En espérant que vous auriez fait la même chose…!

Samedi 19 Septembre 2015: Herkimer – Albany

Amadeus dans la chambre pourrie

Amadeus dans la chambre pourrie

Malgré la pourritude de ma chambre de motel, j’ai bien dormi. Grâce à la connexion Internet misérable, j’ai pu trouver un endroit approprié pour déjeuner: la boulangerie Heidelberg. Sur leur site, on dirait qu’ils font du vrai pain, mais faut pas se leurrer, en fait c’est bien sûr de la mie dans un sac en plastique. Certes, de la mie de toutes sortes, au levain ou pas…mais quand même, du pain mou, quoi.

Bref, bon déjeuner quand même, muffins et scone et « elephant ear », sorte de demi-palmier au sucre et à la cannelle. Un peu sucré, mais bon.

Aujourd’hui, je délaisse un peu les méandres et la vallée du canal Erie et de la rivière Mohawk pour les collines les bordant. Ça monte, quand même! J’y vais encore mollo, mais difficile d’être vraiment lent sur la bête de course qu’est Amadeus. Le haut des collines donne de vraiment bonnes vues sur la vallée, je trippe.

En haut d'une colline

En haut d’une colline

 

En montant une colline

En montant une colline

 

En montant une colline

En montant une colline

 

Un vieil atelier

Un vieil atelier

 

Schenectady

Schenectady

Aujourd’hui est une petite journée,  130 km au plus court pour rejoindre Albany. Comme je ne dois retrouver Julien qu’à 17h30, je me permets un détour par l’échelle d’écluses du canal Erie. Assez impressionnant. J’adore les canaux, ça donne presque envie d’en faire. Ça et des trains. Mais de toutes les matières, c’est l’éolienne que j’prèfère…

En haut des écluses

En haut des écluses

 

Le canal Erie en haut des écluses

Le canal Erie en haut des écluses

 

Une écluse

Une écluse

 

Contrebas de l'écluse

Contrebas d’une écluse

 

Waterford

Waterford

Je rentre dans Albany par le nord. Bon vent de face depuis quelques heures. Je vais dans un magasin de vélo que j’avais repéré, pour récupérer un carton. Et oui, demain je rentre en bus, et évidemment, on ne peut pas prendre de vélo tel quel avec soi. Il faut donc l’emballer, ce qui sera facile avec un gros carton à vélo.

Problème: transporter la grosse boîte. Y’a un vent de fou, je sais d’avance que transporter la grosse boîte en la tenant à bout de bras est suicidaire, mais évidemment j’essaye quand même. Après m’être pété la gueule, je réfléchis un peu. Je finis par rouler la boîte sur elle-même, ce qui n’est pas facile, vu que c’est du carton fort. Je coince le gros truc entre mon sac à dos et mon dos, et roule. Le carton dépasse de 50 cm de chaque côté, je ressemble un peu à Buzz l’éclair, mais au moins je suis stable.

Quelques bornes et me voilà chez Julien. Sur le chemin on me demande: « What is that for? Aerodynamism? » « No, I’m trying to fly, but so far, it hasn’t worked… » (« Ça sert à quoi, ça? C’est pour l’aérodynamisme? » « Non, j’essaye de voler, mais pour l’instant ça marche pas… »)

Je suis en avance, alors je repars faire un petit tour dans Albany. À un moment, je vais de feu en feu en même temps qu’une Mercedes. Après quelques centaines de mètres la conductrice me dit « You sir are a serious biker! » (« Vous, monsieur, êtes un cycliste sérieux! »). Je lui demande pourquoi, elle me dit « You’ve been keeping up with me for a while » (« Ça fait un moment que t’arrives à me suivre »). Je lui réponds qu’il y a que des feux rouges…ah, les américains et le vélo, ça fait un peu pitié.

Avion en kit

Avion en kit

 

Mercedes

Mercedes

 

Ça monte, Albany

Ça monte, Albany

 

Architecture soviétique version américaine

Architecture soviétique version américaine

Je vais déguster le cidre du coin, dans une petite cidrerie que j’avais repérée sur le chemin. Miam! Je repars un peu bourré, me fais crier dessus par un abruti, puis rentre à fond chez Julien, en faisant l’aspi à des voitures.

Petite sieste sur la pelouse, et la petite famille arrive. Ah, ça fait plaisir de se voir! On jase, on mange, on regarde le rugby, bonne nuit.

La journée sur Strava: https://www.strava.com/activities/395830706 et https://www.strava.com/activities/395830712

Vendredi 18 Septembre 2015: Palmyra – Herkimer

Réveillé assez tôt, je prends un petit-déjeuner léger, signe le petit livre d’or de mes warmsho, et suis rapidement sur la route. Merci pour tout, les canalligators!

À peine 7h30, et me revoilà sur la piste du Erie Canal. La journée promet d’être radieuse, le soleil perce la végétation bordant le chemin. Encore aujourd’hui, quand je suis tanné du gravier et/ou de la monotone piste, je prends la route. Je me permets aussi quelques raccourcis à travers la campagne new-yorkaise. Le genre de petite route peinarde, pas de trafic, si ce n’est le redneck occasionnel.

OGM

OGM

Au bout de 60 km, je crève de faim, et m’arrête dans un petit restau, où le « wrap » végé et la tarte choco-pacanes me rassasient. Hop, c’est reparti, encore le long du canal.

Le bel asphalte tout neuf!

Le bel asphalte tout neuf!

 

Before I die I want to...travel the world!

Before I die I want to…travel the world!

 

Syracuse à l'horizon

Syracuse à l’horizon

Un peu plus tard, je traverse Syracuse sans m’attarder: mon étape fait quand même plus 220 km, même en vélo de course, sans forcer ça fait quand même quelques heures de selle.

Il fait super chaud. Le canal et la pisye adjacente passent au-dessus d’une petite rivière accueillante…ni une ni deux, je vais faire trempette. C’est pas profond, mais qu’est-ce que ça fait du bien!

Petite trempette rafraîchissante

Petite trempette rafraîchissante

 

Pistounette

Pistounette

Mes hôtes m’avaient indiqué qu’une brasserie offraient de visites à Utica. C’est proche de mon objectif du jour, un peu loin donc, et j’y arrive trop tard, passé 16h. Zut! Qu’à cela ne tienne, je me rabats sur la dégustation. Sympa, les gens du magasin de souvenirs de la brasserie me permettent de laisser mon vélo dans l’arrière-boutique. Et oui, voyager léger, c’est voyager sans antivol.

Je goûte deux bières, une pale ale à la citrouille, et une plus forte. Je n’arrive pas à les retrouver sur leur site: http://www.saranac.com/

Bref, je le savais déjà, mais les américains savent aussi faire de la bonne bière, il n’y a pas que Budweiser et Coors dans ce pays.

La bière à la citrouille

La bière à la citrouille

J’ai repéré que les deux obèses du coin (enfin, les plus obèses, devrais-je dire) grignottent des trucs. Ah, il y a des bretzels au bar! À l’abordage! Ces petits trucs salés sont du plus juste effet pour rééquilibrer mes sels minéraux, et aussi éponger un peu l’alcool. Quasiment à jeun depuis mon déjeuner de ce matin, le peu de bière que j’ai bu a eu un effet non-négligeable. Attention en reprenant la route.

Course avec le train

Course avec le train

Il me reste quelques kilomètres à parcourir pour rejoindre Herkimer, ville-étape du jour. Malheureusement pas de Warmshowers ce soir, je suis dans un motel des plus pourris, entre l’interstate et le chemin de fer. Vu le bruit, je pensais que la fenêtre était ouverte, mais non, c’est juste pourri/mal isolé. Les murs sont des parpaings peints, c’est dire.

Deux pointes de pizza dont le gras a été épongé avec moins de dix serviettes en papier, et au lit. Bonne nuit!

Le parcours sur Strava: http://www.strava.com/activities/395025652