Mardi 20 Juin 2017: I <3 Texas (Sugar Land, TX – Bay City, TX)

Journée peinarde au Texas.

Photos et on part. Tom, qui a été malade pendant les derniers jours, se sent un peu mieux et m’accompagne pour les premiers kilomètres. 

On sort de l’agglomération gigantique houstonienne assez vite et nous voilà le vent dans le dos sous le grand soleil matinal. On sent qu’il va faire chaud: il fait déjà plus de 25 degrés.

Petites routes de campagne sympa mais très droites et plates. On jase.


On se sépare après trente bornes. Thanks again for everything Ann and Tom. I hope your first Warmshowers experience was as pleasant for you as it was for me! May we meet again, in Montreal or elsewhere!

Je continue. Sur la route encore.

Arrêt pour faire le plein d’eau vers midi. Un mec veut me payer à manger! Je lui demande s’il mange ici lui-même…non, il retourne bosser. Pas pensé à lui demander son nom…zut. Merci l’ami!

J’engloutis mon sandwich et des cookies en miettes que je traîne depuis plusieurs jours et reprends la route rapidement pour profiter des températures encore supportables.

Pas de montagne à l’horizon. Soleil et vent dans le dos!

Bay City. Oh, un magasin bio! Cookie et kombucha. Mioum.


Poubelles: deux petits quatres-quarts et des céréales chimiques. 

Encore quelques bornes et j’arrive à destination: Riverside Park. La madame me dit que c’est 20$ pour une tente, avec eau et électricité sur site. J’ai pas besoin de ça et c’est du vol, je lui dis que je vais réfléchir. Finalement je paye 5$ pour l’espace boyscout, pas de modernité mais la paix.

Baignade dans la rivière. Ah que ça fait du bien! Il fait 35 degrés dehors…


Je jase avec Sierra et Christina, qui sont là avec leurs mômes. Sympa les texanes.

En allant m’installer, des chevreuils pas farouches.


En revenant de la douche…un vrai alligator! Ouaaaaah


Risotto.

Bonne nuit au Texas-pas-si-pire.

Strava: https://www.strava.com/activities/1046642658/shareable_images/map_based?hl=en-US&v=1498008114

Vendredi 16 Juin 2017: Betty (Fullerton, LA – Niblett’s Bluff, LA)


(Dans les oreilles: Parabellum)

Belle journée en Louisiane.

Pas d’attaque d’insecte cette nuit. Dormi avec le toit replié pour survivre à la chaleur.

Routes pas super en général. Beaucoup de lignes droites à travers forêts surexploitées, bayous, marais. Conducteurs patients dans l’ensemble pour les rares fois où le dépassement à pleine vitesse dans la voie de gauche ne peut avoir lieu.

Bibliothèque de DeRidder: trois petites mamies m’assaillent. Jasette classique. Betty m’invite à manger quand elle apprend que je ne suis pas passé par Lafayette et le pays cajun. Elle m’attend pendant que je règle les habituelles affaires bloguesques et autres internets.

On va au restau local, Cecil’s. On jase d’un peu tout. La bouffe est super, franchement bonne surprise. Même les trucs frits, dont je ne rafole pas à la base, sont vraiment bons. J’ai pris un « Crawfish echauffee », en gros du riz et une poêlée d’écrevisses en sauce un peu épicée.

Betty veut pas être prise en photo, mais si la bouffe est sur la photo ça va. Contrejour majeur, mais au moins j’ai un petit cliché de ma bienfaitrice.

Betty a 85 ans et a décidé il y a une semaine de quitter le foyer pour retourner vivre chez elle encore quelques années. Elle accélère un peu fort à chaque stop, difficile de garder le contact à vélo.

Petit froid quand elle comprend que je vais passer par le Mexique. D’un coup son regard a changé, d’un ton joyeux au désespoir et à la tristesse de ne jamais me revoir.

Betty a donné internet à sa petite-fille, mais elle veut bien que je lui envoie l’adresse du blog par la poste. Note: écrire une super lettre à Betty en Colombie ou au retour.

Je serai dans ses prières. Elle me demande si je crois en la prière, on a pas trop parlé religion mais je crois qu’elle a capté mon point de vue. Je réponds poliment que je crois que chacun peut faire un peu pour changer le monde. J’aurais dû lui dire qu’avec des rencontres comme elle, j’ai pas de prière à faire.

Bref, sacrée petite mamie. Salut, Betty, blessings aussi.

Bon c’est pas tout ça, mais faudrait avancer un peu. Roule. Fait chaud. Pulvérisateur à fond. Plein d’eau à chaque bled. Esquimau aux OGM. Une madame me file de l’huile à mouche 25% DEET en voyant mes jambes plein de piqûres. Hier une saloperie non-identifiée m’a piqué plus de 10 fois sur la rotule gauche.

La madame du corner store de Fields est un peu sur le cul quand je lui dis d’où je viens et où je vais. Pour changer.

Ouah, un alligator mort au bord de la route. Pas petit, celui-là! 

Je finis par arriver au camping. Mal aux pieds. Fatigué quand même, chaleur, et j’ai oublié de le mentionner, vent dans le nez toute la journée. Le gars de l’accueil me dit que pour une nuit et une tente, c’est gratos. Ça me va.

Un gamin chasse des jolis canards. Des libellules virevoltent.

Pâtes aux beans, sacré contraste avec ce midi.

Bonne nuit quasitexane.

Strava: https://www.strava.com/activities/1041099369/shareable_images/map_based?hl=en-US&v=1497715312

Jeudi 15 Juin 2017: fourmis et grand bi (Deville, LA – Fullerton, LA)

Supermal dormi. Chaud, humide…et fourmis. Je m’en suis pas rendu compte mais la tente est probablement sur une fourmilière. Et malgré le fait que je leur laisse de la bouffe pour des générations, elles ont décidé de venir s’incruster dans la tente pour y ramasser les miettes qui y traînent. Et pour ça elles ont carrément fait des trous dans le sol. Si, si. Sur environ 60×20 cm il y a genre 16 trous. Ça court partout dans la tente. Tu m’étonnes que j’ai pas bien dormi…

Je remballe, ramasse quelques saloperies que des dégueulasses ont laissé sur place et fous le camp de cet endroit maudit. 

Route de merde vers Alexandria. Mais qu’est ce que je fous dans ce pays à la con? Pour l’instant je déteste la Louisiane.

Pharmacie: crème pour peau irritée.  Mon cuissard Rapha est encore plus trop grand qu’avant.

Pineville et Alexandria, c’est pas super beau. Je traverse…et tombe sur un vélociste sympa. Angoissant sur ma jante avant qui se fait vieille, je leur demande conseil. Ils me recommandent de l’acheter en ligne et la faire livrer sur mon chemin, car le distributeur américain de Mavic ne l’a pas en stock. Je vais probablement faire ça. 

Mais surtout….ce vélociste a un GRAND BI!!!

Des années que je veux essayer. Le vendeur, super sympa, est d’accord.

Pas facile. Première tentative: échec. On tonve de haut! Faut vraiment pousser au début, lancer la machine et monter dessus. Je réussis au deuxième essai. Ouhlalalala que c’est casse-gueule. Mais sensation assez intense. Je manque de ne stériliser en descendant. Bref…merci Red River Bicycles!!

Roule. Fait chaud. Pause-bouffe en haut d’une colline un peu venteuse et ombragée.

Arrêt-eau à un bureau de service de la State Forest locale. BOUMMMM une bombe explose. C’est quoi ce bordel?! Adam, tehnicien forestier sympa, cycliste aussi, me raconte que juste à côté y’a plein de vieilles munitions de la seconde guerre mondiale, qu’on fait péter petit à petit. Je repars avec de l’eau fraîche. Merci!

Je passe devant un truc hallucinant: des dizaines de nids, et leurs occupants, regroupés dans quelques arbres du bord de la route. Des oiseaux blancs qui ressemblent un peu à des cygnes. Impressionnant, ça piaille. Arnaud, tu peux nous expliquer ça? 

Roule. Coupes à blanc dégueu. Glace et eau fraîche à une station service. Je rencontre Bob, qui me conseille de faire attention au Mexique. Il me dit qu’on parle encore cajun pas loin d’ici…mais c’est pas ma route, dommage.

Rincette et plein d’eau à l’extérieur d’une petite église. Je marche pieds nus dans une fourmilière. Rhaaaaaaaa

Me voilà à mon petit camping. Répare la tente, douche, crève de chaud, riz, sue, thé. Dodo.

Bonne nuit!

Strava: https://www.strava.com/activities/1039499205/shareable_images/map_based?hl=en-US&v=1497629153

Mercredi 14 Juin 2017: on dirait le Sud (Port Gibson, MS – Deville, LA)

« C’est un endroit qui ressemble à la Louisiane… », et pour cause: ça l’est.

Petit-déjeuner sudiste au BnB. Je découvre que le mot « yankee » existe encore. Il y a des billets confédérés exposés sur la cheminée. Ambiance.

Les gens sont très gentils par contre. On jase. Accolades avant de partir. Une tradition pour Bill, une exception pour moi, mais ça fait toujours plaisir. J’ose espérer qu’on recevrait le même traitement si on n’était pas blancs.

On décolle. Ah merde, on a pas fait de photos! Demi-tour. Photos…et on est partis pour les 40 derniers miles (64 km) de la Natchez Trace. Ça passe assez vite. Arrivés au bout, pas de borne 0, on se rattrape avec le premier pont.

Natchez. Mon Garmin plante et oublie les 68 premiers kilomètres de la journée. 

Le Mississippi! Ouah, ça c’est du fleuve. Magnifique sous ce grand soleil.

Dernier restau avec Bill. Super dessert pêche-biscuit-glace.

On va jusqu’au pont sur le Mississippi. Photos de séparation: je franchis le pont, Bill tourne vers l’est. Je galère avec le retardateur, mais c’est rigolo.

Salut Bill. Merci, courage à toi mon pote. On se reverra, « ins Leben sieht man uns immer zweimal », comme disent les Allemands il me semble: dans la vie on se voit toujours deux fois.

Hop. Je déboule sur le pont. Une des deux voies est barrée: une longue file de bagnoles se forme derrière moi malgré mes efforts. Heureusement le conducteur juste derrière est patient. Je lui fais signe une fois le pont franchi. Me voilà en Louisiane! 

Fait chaud. Grand soleil. 

Wal-Mart! Allons vérifier si compost il y a. En veux-tu? En voilà. Je fais le plein. Et en prime je dévore une demi-pastèque encore fraîche, le bonheur. Comme au Danemark en 2011. Le pied!

Grosse route de merde. Pas d’alternative. Au moins y’a un bon accotement, bien que parfois rugueux et encombré.

Le pulvérisateur carbure à plein régime. Une de mes gourdes a été reléguée dans une sacoche pour lui laisser la place sur le porte-bouteille. Il fait un peu moins humide, l’effet rafraichisant dure quelques minutes à chaque fois.

Plein d’eau et glace au chocolat à Jonesville. Comme toujours, une madame capote: être venu du Canada en vélo, ça se peut pas. Aller en Colombie non plus.

Ouhlala, gros nuages à l’horizon. Je m’abrite sur le côté d’une station service juste avant le gros de la tempête. 

Encore quelques bornes et je rejoins l’endroit repéré sur la carte, sorte de parc naturel à côté d’un lac artificiel. Sauf que c’est un peu pourri, aucune infrastructure si ce n’est un endroit ferme pour mettre la tente. Je filtre l’eau du lac et rejoins les endroits dédiés aux campeurs. C’est un peu crado mais ça ira.

Y’a plein de bestioles en tous genres et qui font beaucoup de bruit. Fait chaud, je remplis la tente de sueur malgré le toit relevé pour aérer.

Bonne nuit collante et bruyante! 

Strava: https://www.strava.com/activities/1037936433/shareable_images/map_based?hl=en-US&v=1497540274

Mardi 13 Juin 2017: bayous et pluie furtive (Ridgeland, MS – Port Gibson, MS)

Belle journée avec Bill, avant-dernière sur la Natchez Trace Parkway.

John me ramène au point de rendez-vous avec Bill: le magasin de vélos Indian Cycles. Je lui demande si on peut faire un arrêt à la boulangerie qu’on a ratée hier, Gil’s Bread. On s’ y pointe…et on tombe sur Bill et son hôte. Ils voulaient me faire la surprise du pain! Sympa.

Du vrai pain! De la croûte! Du levain! Des gens plein de farine! 


La petite boulangerie travaille surtout pour les restaurants mais vend un peu localement aussi. Alleluia.
Photos et on prend la route.


On croise quelques cyclistes: un couple de locaux sur des tricycles couchés Velotechnik, un grand papi sur un magnifique Steve Rex, un couple d’allemands bien sympathique (Rohloff). Ils viennent de Hannover et vont visiter leur fils qui vit à Hannover, MI depuis la Floride. Classe! Contents de vous voir, tous.


Roule roule. Il fait gris, un peu de répit des UV.


Pause sur le chemin. On filtre l’eau qui n’a pas l’air terrible.

Petite drache furtive et rafraichissante un peu après avoir repris la route. La fraîcheur ne dure pas, l’air redevient vite chaud et humide.

Pulvé pour supporter le tout.


On atteint Port Gibson vers 14h30-15h. Glandouille en ville et dilemme. Seul je continuerais jusque 17h au moins, Bill est plutôt du genre à se trouver une piaule et relaxer. Je fais un tour le temps qu’il voie s’il trouve quelque chose.

Le bled est un peu pourri, on sent qu’il y a pas des masses de fric ici. Pas d’aérodrome à traverser en tous cas. Mais la mairie est assez jolie.

Avec son réseau Bill nous trouve un B’n’B de luxe. Bière, douche, pizza, ce que vous voulez.


On est pas loin d’une centrale nucléaire. Jamais vu un truc similaire en France…


Ah, au fait, les gens du BnB on vovoté Trump et ne le regrettent pas.

​Bonne nuit quand même. 

Strava: https://www.strava.com/activities/1035317443/shareable_images/map_based?hl=en-US&v=1497390155

Lundi 12 Juin 2017: Bill (Kosciusko, MS – Ridgeland, MS)

Belle rencontre aujourd’hui: Bill Conner, qui a perdu sa fille dans une sombre histoire au Mexique, roule de Madison, WI jusqu’en Floride.

Je pars un peu avant 8h de mon palace de l’accueil touristique. Il y a un peu plus de 100 km jusque Jackson et je compte bien bourrer un peu pour avoir le temps de glander en ville un peu plus tard.

Chaud. Humide. Brise de face.

25 km parcourus rendu vers 9h, pas-pire vue la charge, la bicyclette, la petite brise, et les jambes.

Un peu plus tard je tombe sur Bill. Un peu plus lent, on cause. Et on continue de causer tout le reste du chemin. Tout y passe, voyage, politique, vie et mort, deuil, et tout. Il me raconte plusieurs des histoires et des rencontres au long de son voyage.

Il roule en l’honneur de sa fille, morte en Janvier…vingt ans, c’est jeune pour y passer. Il roule pour le don d’organes: le coeur de sa fille permis de sauver la vie d’un autre.

Pause au bord du lac. Trempette alors qu’un gars titille le poisson-chat. En sortant de l’eau il me dit: « j’allais te dire de pas trop t’aventurer, y’a un alligator pas loin ».

UN ALLIGATOR! Ouaaaaaah!!!

On se prend une petite drache qui refroidit un peu mais pas tant.

Finalement on arrive en ville vers 13h. Gil’s Bread, la boulangerie que je voulais visiter, est pas ouverte. Pas non plus de pneu comme je le veux. On se dirige vers un bikeshop. On y glande un peu. John, un des vendeurs, m’offre de passer la nuit chez eux. Thanks John!

Bill et moi on va bouffer chez Newk’s, restaurant pas trop loin et qui est finalement une assez bonne surprise. Un gars cause avec Bill, lui aussi a perdu un enfant, accolades.

Je fais un aller-retour rapide au centre-ville, pour en voir au moins un peu. J’ai probablement eu des envies un peu plus intelligentes que celles-ci: trafic et collines inutiles au programme. Bref.

Retour chez Indian Cycles. Direction un autre restau avec John, sa femme Kate, et son paternel, Spencer, et Daniel, membre de la fratrie de sept. Petites phrases louant le seigneur avant la bouffe. Discussion de voyage, de bicyclette, de boulot, de vie. Nice to meet you all, and thanks a lot for everything!

Garmin merdouille, pas de Strava aujourd’hui.

Douche. Dodo. Bonne nuit au frais et sec.

Note: clavier qwerty des USA, texte soumis aux contraintes de « pas d’accent » et « pas d’autre signe bizarre ».

Dimanche 11 Juin 2017: French Camp et Kosciusko (Witch Dance, MS – Kosciusko, MS)

/!\AVIS À LA POPULATION: WALMART COMPOSTE/!\


Une autre belle journée sur la Natchez Trace Parkway.

Je pars pas trop tard (7h30) et profite un peu de la relative fraîcheur matinale. À partir de 10h30 ça commence à taper.

Route très calme du dimanche matin. Alleluia.

Je monte au point le plus haut du Mississippi. C’est pas impressionnant.

French Camp, on m’a recommandé un café. Manque de bol tout le vilage est bâti autour d’une sorte d’académie chrétienne: le dimanche c’est ville morte, pas un chat nulle part. Bon, bah je bouffe des oeufs, tomates et noix.

30 miles plus loin, Kosciusko! Suoer madame de l’accueil touristique – camping vélo seulement: « non, y’a pas de boulangerie…mais si tu veux j’ai cette miche de pain-maison qu’on m’a donnée et que je mangerai pas! »

Elle me dit aussi où je peux camper: sous le porche, si je veux, parce que l’orage menace. Ah bah oui. Y’a même internet, le ventilateur de plafond, le courant. Grand luxe, quoi.

Je demande si y’a une épicerie: y’a Walmart. Une jardinerie: Walmart.

Putain de Walmart. Le petit centre-vile est désert. 

Quelques tours en ville et je oase chez le fucking Walmart. Tiens, c’est quoi ces conteneurs dans le coin?!

La vache. Les invendus, ou invendables des fruits et légumes, qui chauffent au soleil. Bananes, cerises, pêches, mangues, oignons, poivrons…

Je sors de l’enfer avec du beurre d’arachides (100% arachides!), du thé et un pulvérisateur pour la climatisation cycliste, puis je vais m’installer dans mon hôtel particulier. 

Risotto super, et hop, paré à dormir.

Bonne nuit de luxe.

Strava: https://www.strava.com/activities/1032572771/shareable_images/map_based?hl=en-US&v=1497234847