14 Juin 2014: Cape Breton Farmers’ Market

Aujourd’hui je suis allé au Cape Breton Farmers’ Market, petit marché de producteurs locaux, repère de gens cool en tous genres. Un peu parasité par des trucs pas trop « Farmers », mais bon. En fait, en arrivant là-bas, je me suis souvenu que j’étais déjà passé à ce marché, il y a quatre ans

Entre autres, rencontré le boulanger de la French Road Bakery, qui parlait français! Super sympa le mec, fait du super pain comme on l’aime. « Mes parents sont anglais, mais on mangeait quand même bien », me dit-il. Eheh. On discute de comment ici, les gens n’ont pas la culture de la bonne bouffe et du terroir, en général. Il arrive à vivre de son pain, mais c’est pas facile. Pour la plupart du Canada, le pain, c’est de la mie dans un sac en plastique. Bref, quel plaisir de rencontrer ce boulanger, vraiment sympathique. Et super bon pain!

Il m’indique que la petite madame qui vend des herbes, et qui vendait aussi le bon Wandering Shepherd Cheese que j’ai acheté dimanche dernier au marché de North Sydney, vient de France. Je vais jaser avec elle un peu. Elle est installée ici depuis 5 ans, l’hiver est un peu rude, mais elle a l’air de tripper.

J’ai aussi acheté de la bière de Big Spruce, petit brasseur local, et de l’hydromel et du miel de Midgard Meadery.

Bref, que de super rencontres sur ce petit marché, j’ai trippé.

Sur le chemin du retour, je passe par une de mes poubelles favorites du coin. Des œufs, du jus, des croustilles, et autres saloperies en tous genres qui contrastent fortement avec la bonne bouffe que je viens d’acheter. Une des employées me voit fouiller dans le conteneur, et elle me dit (attention, truc le plus pathétique qu’on m’aie jamais dit dans ce cas) « this is sprayed, you know, chemicals »: en gros, elle me dit qu’ils mettent des produits chimiques sur la bouffe.

Mort de rire intérieurement, je lui dis « ah, too bad! » (« quel dommage! »), et je ne demande pas mon reste.

Liste de remarques qui me sont passées par la tête quand elle m’a sorti cette connerie, des plus énormes que j’aie entendu:

  • La madame fume, elle s’y connaît en poisons, je devrais l’écouter.
  • La ville pue les fumées de la centrale au charbon voisine: rebelote niveau poisons.
  • De toutes façons toutes les saloperies que je ramasse sont déjà pleines de produit chimiques.
  • Les emballages sont scellés, duconne, va falloir m’expliquer ce qu’il changerait, le produit chimique de ton imagination.
  • T’es contente de gaspiller, c’est ça?

Bref, pathétique. Encore un beau contraste avec le marché, d’un côté, des gens intéressants, de l’autre, une pauvre conne.

En gros, c’est quand même bien, ici. Voilà quelques photos pour le confirmer.

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07 Juin 2014: Barra Strait

Ce samedi s’annonçait nuageux et un peu pluvieux, mais demain c’est le « North Sydney Farmers’ Market », avec plein de bon trucs de producteurs locaux à vendre, alors c’est aujourd’hui que j’ai roulé. Finalement, pas de pluie, juste un peu de grisaille.

Je voulais me tester un peu sur mon vélo de route, depuis ma blessure de Septembre 2013 j’avais pas roulé plus de 75 km avec. Alors c’est parti pour un petit 200.

Il roule, ce vélo, moins confortable que mon Tornado d’amour, mais agréable quand même. Le bruit de la roue libre Campagnolo est inimitable et très agréable.

Mais pas question de ne pas pédaler pour l’entendre, hop, appuie sur les pédales. J’osais espérer boucler mon parcours à plus de 30 de moyenne, mais vu le vent qui me ralentit dès le début, j’oublie vite l’idée. Les 110 premiers kilomètres, ainsi que les 40 derniers, se sont avérés être une bataille contre Éole. Ça plus les routes pourries voire en gravier, j’avance pas des masses. Mais je trippe quand même, le paysage est beau, j’ai relativement peu de trafic, c’est cool.

L’objectif de la balade du jour était le « Barra Strait« , un détroit que j’avais vu sur une carte postale et qui me semblait joli. En effet, malgré la grisaille, c’est un bel endroit. L’île du Cap Breton recelle décidément de paysages agréables.

Jusque là, j’ai pris une petite route à travers les bois et les quelques villages du coin, relativement sympathique. Ça monte et descend gentiment, aujourd’hui n’est pas le jour des grandes ascensions. À peine deux montées non-négligeables, donc la désormais connue Kellys Mountain.

Pour rejoindre la grosse route (de merde) 105 qui me ramène à mon motel après les 110 premiers kilomètres, j’emprunte le ferry de Little Narrows. Zut, j’ai pas pris d’argent..,ah, ça tombe bien, c’est gratuit pour les cyclistes. Littéralement, le mec m’a dit « on ne prend pas l’argent des cyclistes », l’anglais est parfois rigolo.

Je me farcis la grosse route, mais ça va, le trafic est assez relax, et j’ai de bons passages de vent dans le dos, alleluia. Il était temps, après 110 bornes de lutte…

Je finis par arriver au pied de la Kellys Mountain, ça y est, le vent est de nouveau contre moi, encore plus fort. Un vent du nord, bien frais, qui me gèle (chair de poule générale, il fait moins de 9 degrés, et je n’ai qu’un maillot tout fin). La montée me réchauffe un peu, malgré le manque d’énergie: 170 km sans repas, à peine quelques saloperies sucrées, mais j’ai VRAIMENT bien déjeûné ce matin. La descente à contrevent me donne carrément froid, je ne suis pas fâché d’arriver en bas et de perdre de la vitesse.

En bas, justement, c’est le Seal Island Bridge. Bizarre, plein de monde est arrêté aux pieds du pont. La raison: la police le bloque. C’était donc ça, les deux autos-patrouille qui m’ont doublé à fond la caisse!  Je jase vite fait avec Kenneth, un terre-neuvien en route vers le traversier avec son gros camping car (de marde). Il me dit qu’il y a un « jumper » sur le pont, c’est à dire un pauvre gars ou une pauvre fille qui a décidé de se jeter du pont. La police a bloqué le trafic dans les deux sens pour pouvoir la/le sauver.

Me voilà donc à attendre, espérant que la/le pauvre change d’idée et qu’on le voie pas sauter. On voit rien d’où on est, mais au bout de quelques dizaines de minutes, un abruti sans respect est évidemment avec des jumelles. Il verra rien non plus, puisque c’est à peu près le moment où la situation se débloque. La police débarrasse le pont du pick-up de la victime, le trafic reprend en sens opposé. Je me risque à passer le pont avant tout le monde qui attend dans mon sens, bien que Kenneth ait proposé que je passe devant et qu’il bloque les gens de derrière pour pas que je me fasse dépasser par tout le monde sur ce pont étroit. Sympa, le Kenneth.

Finalement je passe le pont, il y a encore plein d’autos de police/services de santé/pompiers stationnées dans la voie que j’emprunte, donc je ne suis pas emmerdé par d’éventuels dépassements pour l’instant. Une fois sur Boularderie Island, je prends un petit détour pour éviter une bonne partie de ce qui me reste de route 105, et le flot de motoristes libérés qui ne devrait pas tarder. Je suis un peu vidé pour les derniers kilomètres, finalement je suis de retour vers environ 17 h, après 8h sur la route, dont environ 7h de selle, pour un total de 201 km. Voir le parcours sur Strava.

31 Mai 2014: Cabot Trail

Je suis au Cap Breton pour le boulot. Ce serait un crime de ne pas retourner sur la Cabot Trail! Souvenez-vous, j’étais passé là, il y a bientôt quatre ans de ça…

Étant donné qu’en ce moment je suis plus dans l’esprit « randonneur » que « cyclotouriste », je me suis dit que ce serait une belle randonnée que de parcourir cette belle route en une journée, un peu comme le font les feignants motards.

Alors, en ce samedi, comme la météo s’annonçait clémente, en selle! Debout à 04h00, un bon déjeûner pour compléter la platrée de pâtes de la veille, et c’est parti, vers 05h je suis sur la route. Le soleil se lève un quart d’heure plus tard derrière des nuages gris, et dans mon dos.

J’ai une petite trentaine de kilomètres à parcourir avant d’arriver sur la route mythique. Après l’étroit Seal Island Bridge (limité à 90, on n’a pas idée!), et le col de la montagne Kelly (240 m), je décide de ne pas prendre le ferry d’Englishtown, d’une part parce que je l’ai déjà pris, mais surtout parce que je veux parcourir la distance de la Cabot Trail au complet, pas question de couper les coins ronds.

Nous y voilà! À nous, Cabot!

Bon, j’ai le vent dans le nez. Pas trop fort, mais assez pour me pomper un peu d’énergie. Il fait frais et gris, à croire que c’est perpétuel sur cette partie de la route (c’était déjà comme ça lors de mon premier passage). J’arrive au bout de quelques dizaines de kilomètres à la première vraie ascension du jour, la Smokey Moutain. Assez intense, 9% sur 2 km. Je prends mon temps, je ne veux pas me cramer, la route est longue.

Je ne sais plus trop quand sur cette partie de la route, PENG! Encore un rayon qui pète sur ma roue arrière achetée d’occasion. Maudite roue, c’est encore côté cassette, impossible de remplacer le rayon, j’ai pas les outils avec moi. Qu’à celà ne tienne, je desserre le frein arrière pour que ça ne frotte pas, et la roue ainsi voilée me secouera et usera bizarrement le pneu sur les 200 prochains kilomètres.

Je fais le plein d’eau à l’entrée du parc national des Hautes Terres du Cap Breton, la madame de l’accueil parle français, vive le Canada libre.

Je ne demande pas mon reste, et mets le cap vers Cape North (eheh). Pas de grosse ascension jusque là, juste un faux-plat doux mais pas mal long.

Cape North, à mi-chemin sur la Cabot Trail, là où j’avais campé la dernière fois, drôle de sensation que d’y repasser en mode plus léger et plus rapide. La fausse tombe « here he lies, cold and hard, the one who stole from my yard » est toujours là.

Après quelques kilomètres dans la vallée, c’est parti pour l’ascension de la French Moutain, 450 m de dénivelé. Je croise deux cyclistes, dont une qui descend à pieds parce qu’elle a peur. On aura tout vu, quel gâchis! Elles m’encouragent et je leur souhaite bonne route. Pas le temps de niaiser plus longtemps!

La montée est magnifique, comme dans mes souvenirs, les couleurs d’automne en moins: elles ont été remplacées par quelques névés toujours pas fondus. Ah oui, maintenant, il fait beau, j’ai oublié de le préciser, et j’ai une brise favorable.

Je descends à fond vers Pleasant Bay. La roue arrière de Tornado oscille comme pas permis. Strava dit que j’ai dépassé 100 à l’heure, mais il se plante, pas plus de 85 je pense, et c’est bien suffisant…

Je pensais m’arrêter pour manger un truc et enlever mes chaussures à Pleasant Bay, mais finalement rien n’est à mon goût, et je continue vers Chéticamp. À moi les épingles de la Mac Kenzie mountain. Je croise un autre cycliste. Montée magnifique aussi, mais il faut se retourner pour le voir.

Sur le plateau, le vent est capricieux, tantôt avec moi, tantôt contre…je comprends pas bien.

Descente à fond vers la côte et Chéticamp. En bas de la pente, j’ai drôlement faim…environ 200 bornes au compteur sans vrai repas, juste des saloperies sucrées par ci par là. J’ai mal aux pieds aussi, putain de chaussures Sidi de merde que je vais finir par rapporter chez MEC.

Me reste environ 15 km jusque Chéticamp, j’en chie un peu. Vent de face, mal aux pieds, faim. Mais je sais que le plus dur est passé: les trois montées principales sont franchies, reste encore à se battre contre le vent. Finalement, km 217, la délivrance à la boulangerie Aucoin. Deux sandwiches, un chausson aux pommes, de la crème antifrottements sur les arpions, le plein d’eau et ça repart. La boulangère n’était pas habituée à parler français, mais bon! La radio, elle, diffuse bel et bien de la country acadienne en français.

Un peu de vent dans le dos, ahhh, ça fait du bien. C’est pas fort et ça ne durera que quelques dizaines de km, mais c’est appréciable quand même.

Je tourne à gauche pour suivre la Margaree River. La vallée est magnifique. J’en sors par la montée de la petite montée de la Hunter’s Mountain, et rejoins la grosse route 105 qui terminera cette belle boucle, en ayant remis ma petite laine au préalable, la descente à l’ombre étant fraîche. Je suis le long de l’eau, méchant vent de face de plus en plus froid. J’ai à nouveau faim, on approche du km 300.

Je m’arrête à Baddeck vers 19h30. Deux pointes de « pizza-dégueu », entendez avec de la viande dont on sait pas trop d’où elle vient, de la sauce tomate industrielle et du fromage en plastique, en gros de la gastronomie nord-américaine. J’en avais envie, et aussi besoin.

Je remets mon coupe-vent, enfile le dossard fluo, les gants, et le bonnet. La température chute, jusqu’à atteindre 3 degrés. Putain de pays!

La nuit tombe, mais du trafic persiste sur cette grosse route dégueu. Je suis bien visible, donc pas de problème. 30 km après Baddeck, j’arrive au coin de rue où j’ai tourné pour aborder la Cabot Trail: la boucle est bouclée! 326 km au compteur. Me reste alors à rejoindre mon motel…avec le col de la Kelly’s Mountain, dans l’autre sens cette fois. En haut, trois cyclistes sont arrêtés de l’autre côté de la route et écoutent les crapauds chanter. Je ne sais pas si c’est celles/ceux que j’ai croisés plus tôt. Je les salue et file, je suis fatigué et veux rentrer, il fait 3 degrés, tabarnac. Le pont de Seal Island de nuit, quelques montées-descentes, et m’y voilà. Du thé, du carré aux dattes, un bain (une fois n’est pas coutume), des étirements, et je dors. 357.9 km, 4400 m de dénivelé, 17h21 au total, 16h04 de selle. Ce matin je suis un peu raqué…

La sortie sur Strava: http://www.strava.com/activities/147896633