Samedi 21 Janvier 2017: Brevet 200 km « sous zéro »

Aucune photo pour illustrer cet article, désolé.

Tout commence en fait la veille, où je me confirme que je voudrais bien essayer de rouler ce brevet en fixe. Par défi, pour changer un peu, parce que les vitesses internes m’emmerdent ces jours ci, et pour alléger le vélo.

Alors je monte la roue fixe sur mon beau Cross-Check d’hiver. Niveau chaîne, j’en trouve une qui traîne dans un tiroir, ça a l’air d’aller, le test « tour du pâté de maisons » est concluant.

Le jour J, je rejoins mon ami Claude au petit matin, on prend la bagnole pour se rendre au point de départ: il n’y a aucun lien cyclable entre Montréal et la rive sud en hiver, quelle misère.

Je galère à remonter ma roue avant/rebrancher la dynamo pendant que les autres prennent la photo de départ du brevet. Ouf, ça remarche juste au moment où on part.

350 m plus loin, CRAC la chaîne pète. Et meeeeerde. Je sais pas trop, je la sentais pas, cette chaîne. Je fais signe aux autres de partir, que je les rejoindrai.

J’ai un tout petit peu de marge pour raccourcir la chaîne, ce que je fais. C’est un peu limite, l’écrou de l’axe de la roue arrière est à cheval sur le bout des pattes…mais ça roule quand même. Il m’a fallu cinq minutes pour réparer, va falloir cravacher pour rejoindre les autres. Et surtout, faut pas que ça re-casse: je ne peux plus raccourcir la chaîne.

Je file à travers Brossard et autres localités qui font rêver le rural en moi. Naviguant tout seul, j’angoisse un peu de me tromper de chemin…mais finalement, je rejoins le petit peloton sur le chemin Édouard VII. Ah, je suis content de les voir, je vais pouvoir me reposer un peu dans les roues des compères.

…Non mais attendez, je suis le seul avec des garde-boue, ou quoi? Il bruine, la route est trempée de saumure, et presque tout le monde projette plein de flotte dégueulasse sur plusieurs mètres derrière. Le rêve.

Au moins je peux jaser un peu, et comme ça roule moins vite que lors de ma poursuite, je relaxe. On suit le traditionnel parcours, la plupart du monde connaît le chemin par cœur ou presque: exit la partie « navigation » du brevet.

Le groupe finit par se scinder, je me retrouve avec les rapides, zoom vers le premier point de contrôle. On commence déjà à être pas mal trempés, la bruine est tenace. On s’arrête pas longtemps, il fait environ zéro.

Direction Covey Hill. Une petite montée pour le vélo à vitesse, un petit défi pour moi en fixe. Les prémices en montagnes russes passent assez bien, pousser fort en début de bosse et on arrive en haut. J’arrive à rester avec les trois machines, Claude, Mike et Ryan…jusqu’à la première vraie montée, où une crampe me dit d’aller un peu m’étirer. Je repars vite, mais ils ont déjà quelques mètres d’avance. Et un peu plus loin, la pente étant plus rude, il faut forcer un peu sur la chaîne prise au pif dans le tiroir, que je ne peux plus raccourcir…

Re-CRAC. Et merde. Plus de chaîne, me voilà à pieds.

Bon, bah je marche. Direction le prochain village, à une dizaine de kilomètres. Arrivé en haut de la Covey Hill, c’est plat, donc je fais un peu de trottinette, pied droit sur la pédale gauche, pied gauche qui pousse.

Je prends froid: trempé, face à la petite brise du haut de la colline, sans pouvoir s’activer…mes mains gèlent, surtout celle qui tient l’épave de chaîne, véritable pont thermique. Je finis par la laisser dans un bac de recyclage devant chez quelqu’un (la chaîne, pas ma main).

Vient la descente, sans frein arrière…faut faire attention. Petite frayeur dans un virage. Gros frissonnements avec le refroidissement éolien, je claque des dents.

Je marche et trottine jusqu’à la boulangerie Chartrand, jadis point de contrôle du brevet. Je préfère m’arrêter là que dans un dépanneur, c’est bien plus cool. Ils acceptent de me chauffer une soupe et de la pizza, qui me font le plus grand bien. Bon, mon téléphone ne marche plus, les options « appeler un ami » ou « appeler un ennemi taxi », qui m’avaient effleuré l’esprit, ne sont plus d’actualité.

Je rejoins ensuite une petite station service sur la route la plus passante du village. Je demande à un gars arrêté là avec son pick-up s’il va vers Ormstown, où passe la route 138, sur laquelle j’espère pouvoir faire du stop pour rentrer. Il me demande quel problème j’ai, je lui dis qu’il me faudrait une chaîne.

Il connaît un réparateur de vélos à Ormstown et accepte de m’emmener! Merci l’ami. Ancien militaire, fumeur, dans un pick-up: on vit pas dans le même monde mais ça ne freine pas l’entraide.

Il m’emmène chez Bob Wilson, 75 ans d’expérience dans la réparation de vélos. C’est bien ma veine, Bob est là! Petit papi d’au moins 85 ans (à vue de nez), fumeur lui aussi, avec un atelier de réparation dans un petit abri dans son jardin. Je lui explique mon problème. il a la pièce, alleluia! Il m’assiste dans la réparation, insistant sur le fait qu’il faut bien aligner le rivet de la chaîne avec le maillon pour le rentrer. Je galère avec mon petit dérive-chaîne. Premier essai: je déforme un maillon. Deuxième essai, avec la super pince dérive-chaîne de Bob qui facilite la tâche…je sors trop le rivet, il n’accroche plus l’autre partie de la chaîne. Rhaaaaaa. Entretemps on jase un peu, c’est une belle rencontre, ce petit papi-vélo anglophone que je n’imaginais même pas.

Je finis par y arriver, la chaîne est montée! Ouf! Petit test…il y a un bruit de craquement dégueulasse, comme s’il y avait du sable sur un maillon…il semble qu’une dent ne rentre pas bien, je ne sais pas pourquoi. Je constate que la ligne de chaîne n’est pas parfaite, ce que j’aurais dû remarquer la veille avant de partir. Bref, je mets de l’huile, et roule, assez merdouillé comme ça.

Je repars en oubliant mon casque. Demi-tour.

Je re-repars sous les craquements de chaîne peu rassurants, direction Chateauguay. Quelques kilomètres plus loin, je me dis que j’aurais pu retourner sur le parcours officiel du brevet et le terminer, mais il est passé 13h30, pas envie de faire plus de détours pour rentrer. Et ma rotule gauche, qui s’était pourtant faite relativement discrète jusqu’à maintenant, me fait mal, alors j’abrège.

Je longe la rivière Chateauguay, assez peinard, les routes sont calmes. Toujours cette foutue bruine. Ah, mon téléphone remarche, je donne signe de vie.

La magnifique banlieue montréalaise n’est plus très loin. Le paysage est bouché, même si je suis passé tout près je n’ai pas pu admirer les E-82 de Saint-Rémi. Tant pis.

Me voilà rendu à Sainte-Catherine, où se trouve l’écluse de la voie maritime. À moi les 10 km de digue asphaltée qui m’emmèneront sur l’île de Montréal, si tout va bien.

Arrivé au pont Champlain, évidemment dans cette grande nation de vélo qu’est le Québec, l’estacade (autre lien cyclable vers la rive sud) est fermée. Putain, quelle connerie.

Je passe la barrière et peux traverser jusqu’à l’autre barrière, 2 km plus loin, où je fais le même exercice. Vient ensuite une traditionnelle traversée de la ville jusqu’à la maison.

Mes mains, baignant dans l’eau à 0 degrés depuis un moment, sont bien gelées. Je crois que mon pouce droit est au bord de l’engelure, mais finalement non, vu que je tape maintenant ces lignes, même pas 24h plus tard.

Bref, j’ai pas validé le brevet, mais je m’en fous pas mal. 180 km en fixe et un peu d’aventures m’auront fait passer une bonne journée!

Sur Strava: https://www.strava.com/activities/839808565 et https://www.strava.com/activities/839808638

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