Samedi 25 Avril 2015: Populaire

La randonnée populaire du CVRM, troisième fois pour moi. Une petite boucle de 147 km sur la rive Sud de Montréal, à travers la plate Montérégie (entendez, sans relief).

C’était l’occasion de revoir les collègues randonneurs, dont la fusée Fred Perman, avec qui j’avais roulé le même trajet il y a deux ans de cela. La balade la plus rapide de mon existence, on avait bouclé le tout en 4h26.

Je m’étais dit que j’allais réitérer l’expérience de ce rythme soutenu, pour voir. Mais j’ai vite lâché prise: au bout de 20 km, j’ai laissé tomber. Pourtant, on était quasiment qu’en ville…mais relancer et relayer à 40-42 km/h, c’est trop pour moi, j’imagine. Justement, je finissais mon premier vrai relais, quand on se fait rattraper par la vélomobile d’Alain Cuillerier, qui lui peut maintenir cette allure avec moins de peine: le carénage et la position couchée aident!

Fred se met dans le sillage du tricycle et accélère, genre 45-50 km/h. Oublie ça, j’ai pas la motivation/la force pour les suivre.

Je continue à un rythme un peu plus peinard. Le vent est parfois assez méchant, mais Amadeus, mon beau vélo de course, en a vu d’autres. À part ça, il fait vachement beau, bien meilleur que ce qui avait été annoncé à la météo. Je lutte, mais je m’amuse bien quand même.

Je m’arrête à Saint-Paul-de-l’Île-aux-Noix pour le fameux pointage de carte de brevet. Un petit peloton arrive juste avant que je ne reparte. Il fait pas chaud-chaud, genre 7-8 degrés, je ne les attends pas, pensant que de toutes façons ils vont me reprendre assez vite.

La péripétie du jour: un petit pont qu’on devait emprunter est coupé, en train d’être refait. Zut alors…n’ayant pas envie de faire le détour, je tente de voir si je ne peux pas franchir le chantier de remplacement dudit pont…mais tout ce que je réussis à faire, c’est enfoncer une jambe dans la boue jusqu’au genou. Ça n’avait pourtant pas l’air si mou…! Bon, puisque les éléments s’allient tous contre moi, j’ai quand même pris le détour.

Finalement, je roule jusqu’au second point de contrôle, kilomètre 100 environ, avant de revoir le groupe qui me suivait. Nous parcourrons la dernière quarantaine de kilomètres ensemble. Je jase avec quelques-uns, c’est cool.

À quelques kilomètres de la fin, j’ai plus rien à bouffer, mais j’ai bel et bien faim…j’ai mal calculé mon coup. Heureusement, Martin me passe un bout de muffin maison. Merci l’ami! 🙂

On est au dernier dépanneur-checkpoint à 14h40. Petite jasette au soleil, puis certains rejoignent le point de départ, et d’autres roulent vers Montréal. Personnellement, j’ai traîné péniblement mon hypoglycémie jusqu’à la maison.

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Mardi-Mercredi 14-15 Avril 2015: Baptême

Intrigué depuis un moment par le cyclisme sur piste, ça faisait un moment que j’avais envie de découvrir « pour de vrai » cette pratique de vélo. Paris-Roubaix arrivant tous les ans au vélodrome de Roubaix, je me suis douté qu’on pouvait rouler sur piste là-bas.

En fait, c’est plus que ça: Roubaix a depuis peu un vélodrome couvert tout neuf, le Stab, nommé en l’honneur du champion Jean Stablinski. Roubaix, une quinzaine de kilomètres de Lille, Lille, une petite centaine de la maison: le dosage idéal pour deux jours de vélo, de famille et de potes.

Mardi 13h15, me voilà en selle pour 92 km jusqu’à Lille, sur mon bon vieux Anachronix, Peugeot P10S de 1986, qui s’est fait greffer une paire de roues et un pédalier un peu plus moderne. Changement de vitesses au cadre, pas d’indexation: c’est « old-school » et j’aime ça.

Le brave Anachronix

Le brave Anachronix

Un des beaux accotements à l'approche de Lille

Un des beaux accotements à l’approche de Lille

Il fait un temps magnifique, une petite brise m’aide, je profite et file. La traversée de Cambrai est comme toujours peu agréable: il y a du monde, même si ce n’est pas l’heure de pointe.

Quelque part dans le 59 (lieu exact à retrouver sur Strava), je coupe par un chemin et crève, il fallait s’y attendre. Je repars quelques dizaines de minutes plus tard, le pneu avant légèrement sous-gonflé, mais ça ira comme ça, il ne reste qu’une quarantaine de bornes.

Lille, c’est gros, et quand même assez étendu. L’approche de la ville est pénible, certains aménagements cyclables sont carrément indignes de ce nom, il y a plein de trafic, bref, je regrette presque les longues routes québécoises où on n’est pas emmerdés.

Finalement j’arrive à Lille un peu après 17h. J’ai assez bien roulé à mon goût. Je retrouve mon petit frère! Douche et tout, et nous voilà déjà demain.

Je pars pour Roubaix à 9h: j’ai rendez-vous au vélodrome à 10h. Je prends mon temps sur le réseau cyclable de Lille, où les feux de circulation durent des heures…ou en tous cas, c’est l’impression que j’ai.

Le vélodrome extérieur est ouvert! Relativement imprudemment, je roule un tour de piste sur mon bon vieux Peugeot. Drôle de sensation…en fait, je l’apprendrai plus tard, j’allais à peine assez vite pour rester stable dans le virage.

Anachronix devant le Stab

Anachronix devant le Stab

Je retrouve mon ami F., qui lui ne fait pas de vélo, mais qui a bien voulu m’accompagner pour le baptême de piste. Nous rentrons dans le vélodrome et sommes impressionnés: le virage semble sacrément raide, 44 degrés, c’est quelque chose. La piste est en parquet, c’est vraiment joli. Plein de vélos sont alignés, prêts à être lancés le plus vite possible sur l’anneau. Des oiseaux nichent quelque part dans le plafond ou sur la charpente, et croyez le ou non, on dirait que leur cri est « pluvit’, pluvit' ».

Les bécanes du vélodrome, et la piste en arrière-plan

Les bécanes du vélodrome, et la piste en arrière-plan

Nous sommes accueillis par Sébastien, ancien coureur de l’équipe de France de piste, qui sera notre moniteur pour la demi-heure d’initiation. Nous sommes trois néophytes au total, avide des conseils de ce professionnel expérimenté. Il ajuste les hauteurs de selle de nos bécanes, et nous équipe des chaussures, casques et gants adaptés. Ce sont des cales Look, évidemment, pas de SPD sur la piste. Ayant les pieds « vers l’intérieur » pour pédaler naturellement, mon mouvement est un peu contraint par l’ajustement de base. Mais qu’à cela ne tienne, je peux bien souffrir quelques dizaines de minutes.

D’abord, Sébastien nous explique la règle de base: ne jamais arrêter de pédaler. Et oui, un vélo de piste, c’est sans freins, et à pignon fixe. On part pour quelques tours sur la zone de sécurité, zone plate du bas de la piste, pour se familiariser avec les machines. Ensuite, on passe dans la « côte d’azur », cette bande bleue un peu oblique juste au-dessus. Encore quelques tours et on s’amusera pour de vrai.

Sur les lignes droites, elles aussi un peu pentues, notre moniteur nous fait monter vers l’extérieur de la piste, pour qu’on ressente un peu comment ça fait.

Explications finales, et on est partis. On maintient 27 en virage, on attaque un peu en entrée de virage, on accompagne le pédalage en sortie de virage, et ça roulera.

Et en effet ça roule.

Je me lance dans la zone bleue, et passe dans la vraie piste sur la ligne droite. plus de 27 km/h, c’est sûr, mais je ne sais combien. C’est parti pour quelques tours, ça y est, je tourne sur le vrai parquet à 44 degrés. À faible vitesse, c’est assez impressionnant: on reste droit et on a l’impression d’avoir un gros dévers sur le côté gauche. Mais non, on ne va pas glisser vers le bas. Ça colle au parquet!

J’enchaîne quelques tours en restant dans cette zone confortable, sans forcer, pour me faire un peu à ce parquet. Progressivement, je monte un peu plus en virage, et me rends compte de l’effort supplémentaire à fournir pour franchir les quelques mètres de dénivelé. Ce n’est pas surhumain, mais il faut le fournir quand même.

Je suis de plus en plus en confiance, et il faut l’avouer, l’envie d’attaquer finit par me prendre. Ce vélo, un Look en alu, géométrie de piste bien sûr, est rigide à souhait et très réactif, chaque coup de pédale se fait sentir. Allez, je monte presque en haut du virage cette fois, et plonge vers le bas en sortie…yahouu!

J’ai les larmes aux yeux: on a beau être à l’intérieur, il y a pas mal de vent…vitesse. Je commence à être chaud. Hop, c’est parti pour un tour en bourrant. Je sais pas à combien je suis, mais ça roule: je suis en 50×16 mais mes jambes tournent bien plus vite que ma moyenne habituelle.

Je continue comme ça, alternant quelques période « bourre » et quelques périodes plus calmes. C’est assez jouissif de pouvoir pédaler à fond sans trop se soucier de quoi que ce soit d’autre. Pas d’obstacle à contourner, pas d’automobiliste, pas de stop, pas de virage, juste le parquet, la roue, le pignon, la chaîne qui cliquette, les pédales et les jambes.

La séance s’arrête un peu tôt à mon goût. On jase avec notre moniteur et notre compère maintenant baptisé. On reviendra, c’est sûr.

La journée de vélo n’est pas finie. Je m’en vais visiter du monde à Roubaix et Lille, puis repars vers la Picardie vers 16h. L’heure de pointe à la sortie de Lille est assez chargée, je remonte de longues files d’autos à l’arrêt. J’emprunte un petit bout de piste cyclable en gravier. Comme souvent, les barrières au niveau des intersections avec les rues et routes sont pénibles.

La petite piste, ancienne voie ferrée, sur le chemin du retour

La petite piste, ancienne voie ferrée, sur le chemin du retour

Je traverse le Nord, enchaînant les petits bleds, moyens villages et petites villes. Pas de crevaison cette fois, je suis assez content d’arriver en moins de 3h30, sous le beau soleil de fin d’après-midi.

Le crépuscule en arrivant

Le crépuscule en arrivant

Le crépuscule en arrivant

Le crépuscule en arrivant

Le soleil décline...

Le soleil décline…

Bien sûr, j’ai faim, soif, et je suis fatigué: ce retour de 90 km était relativement laborieux, et j’avoue que même si la distance parcourue sur la piste était faible, mes jambes s’en souviennent. Quelques étirements et demain ça ira mieux!

De la gratuité des stationnements cyclables (lettre ouverte à Vinci)

De la gratuité des stationnements cyclables

L’entreprise pour laquelle je travaille a déménagé cet hiver dans un nouvel immeuble, le 700 de la Gauchetière, à Montréal. Le stationnement souterrain de cette tour est géré par Vinci Park. Cet hiver, je l’ai utilisé pour garer ma bicyclette, comme d’habitude : pas de grand changement par rapport à l’immeuble précédent. Le printemps a révélé la différence : au 700, il faut payer pour garer son vélo. Le stationnement offre, pour cinquante dollars par an, une place sécuritaire et l’accès à ses services (tuyau de rinçage, air comprimé).

Je n’avais jamais envisagé de devoir payer pour un stationnement cyclable, tant l’infrastructure qu’il requiert est insignifiante. Je peux néanmoins comprendre pourquoi on pourrait en venir à ce point : dans bien des villes européennes, la densité de cycles est telle que les places sont chères malgré le grand espace qui leur est alloué.

À mon avis, le stationnement cyclable « marginal » comme celui du 700 de la Gauchetière devrait être offert gratuitement. Loin de moi l’idée de ne pas vouloir payer : je n’ai de toute façon pas à le faire, puisque mon employeur a réservé gracieusement une place pour moi. Non, je pense qu’il devrait être gratuit simplement pour inciter le plus possible les gens à prendre leur vélo pour se déplacer. Je m’explique.

Les bienfaits des transports actifs en général, et du vélo en particulier, n’ont plus à être démontrés. Il est prouvé depuis bien longtemps qu’ils ont une influence positive sur de très nombreux aspects de nos sociétés, tant au niveau individuel que collectif. Ils ont entre autres les effets suivants : diminution de la congestion, meilleure qualité de l’air et plus grand respect de l’environnement, économies d’entretien des infrastructures routières, diminution des dépenses de santé, lutte contre la sédentarité, lutte contre le stress, plus grande productivité…

Ainsi, d’après Vélo-Québec, « Le vélo est un moyen très efficace pour se déplacer sur de courtes distances. En général, il permet aux cyclistes des déplacements plus rapides qu’en auto sur des distances de huit kilomètres et moins en zone urbaine. De plus, les employés actifs au quotidien sont en meilleure santé, moins sujets aux maladies (problèmes cardiovasculaires, obésité, diabète, certains cancers, épuisement professionnel et dépression) ».

Le côté durable du vélo est une évidence qui mérite d’être ici rappelée : le vélo est le moyen de transport terrestre le plus efficace énergétiquement. Sur tout son cycle (sans mauvais jeu de mots) de vie, il est infiniment peu polluant, ne nécessitant que quelques kilogrammes de métal et quelques kilojoules pour être fabriqué. Il donne du travail à toute une industrie.

Dans son manifeste, le groupe Vinci affirme que ses « infrastructures et équipements sont au service du public et du bien commun ». Vinci revendique aussi de participer « à la réflexion prospective sur la ville et la mobilité durables », et soutenir « l’engagement des collaborateurs et des entreprises du Groupe dans des actions de mécénat ».

Il semblerait donc que le vélo et Vinci soient tous deux au « service du bien commun », et tous deux fervents de « mobilité durable ». D’un point de vue de l’image, Vinci aurait tout intérêt à favoriser l’utilisation du vélo à grande échelle : n’importe quelle initiative favorable aux transports actifs serait en parfaite cohérence avec le manifeste du groupe. D’ailleurs, le groupe fait déjà beaucoup : dans certains stationnements en Europe, il offre même à ses clients de leur prêter un vélo!

Localement, offrir gratuitement des stationnements cyclables serait aussi une source potentielle d’amélioration d’image, voire même de gains commerciaux pour Vinci : entre autres pour les raisons citées plus haut, le vélo est en plein « boom » dans bien des villes, incluant la métropole montréalaise. Bien des immeubles seront fiers de pouvoirs offrir gratuitement à leurs usagers des stationnements cyclables dignes de ce nom.

Oui, les stationnements ont des frais de fonctionnement : éclairage, gardiennage, équipements, etc. Mais quelle proportion de ces frais est effectivement causée par les stationnements cyclables, qui occupent une partie infinitésimale de l’espace, et ne requièrent aucun entretien, si ce n’est un coup de balai au printemps ?

Certes, les frais demandés pour stationner un vélo sont dérisoires devant ceux réclamés pour le stationnement d’une automobile. Mais là n’est pas la question : plusieurs entreprises, dont la mienne, dédommagent déjà leurs employés des frais liés aux transports actifs. Certains programmes vont même plus loin, jusqu’à verser une indemnité kilométrique aux gens venant travailler à vélo. Il s’agit là d’une question de principe, d’accessibilité aux transports actifs, d’image et d’engagement citoyen, et non pas de quelques dollars.

Non, Vinci ne doit rien à personne, mais rendre gratuit les stationnements cyclables serait l’occasion d’une belle « action de mécénat » «  au service du public et du bien commun », dans le cadre d’une « réflexion prospective sur la ville et la mobilité durables ».

Donc, Vinci, c’est à vous de jouer!