Vendredi 2 Juin 2017: bye, WV (Ruth, WV – Yatesville State Park, KY)

Me voilà rendu au Kentucky!
Départ tardif. Je me suis réveillé tard, j’avais probablement besoin de sommeil. En tous cas j’ai bien dormi dans ma doublure toute neuve!

Grosse galère pour arriver à la route 214, pas enregistrée par Garmin. La « Sawmill Road » n’existe plus, c’est un chemin raviné difficilement praticable. Après quelques centaines de mètres à pousser le vélo dans le bois, j’en sors. Et en fait je suis dans une sorte de quartier de merde avec une barrière à l’entrée. 

Bref, je finis par être en route pour de bon. Plutôt sympa comme route d’ailleurs: petites vallées, montées-descentes, virages à gogo, bref sympa.

Hamlin: pause à la bibliothèque. Je rencontre Nicholas, 8 ans environ, qui me pose plein de questions sur mon vélo. Lui aussi est à vélo. Un cycliste ici, c’est rare. Plusieurs des quelques panneaux « share the road » se sont fait plomber ou vandaliser…mais les conducteurs sont courtois et d’une prudence extrême, dois-je le rappeler. Les québécois et leur route verte peuvent aller se rhabiller. Ici y’a pas de piste cyclable mais au moins les gens roulent bien moins comme des abrutis.

Bon, Nicholas, donc. J’explique un peu le principe au petit bonhomme (petit mais qui a quand même l’air de bien manger à la cantine): vélo, camping, vélo, et voilà j’arrive de Montréal. Il a l’air assez intéressé. Peut-être un américain sauvé? 

High-five, salut Nicholas, nice to meet you.

Grosse poubelle: entres autres chocolat, 1.5 kg de noix de cajou rôties, chips. Sucré, salé, électrolytes: tout ce qu’il me faut pour rouler. Je bois pas assez, d’ailleurs. Déshydratation…Pipi marron attitude!

Fait traverser une tortue. 

Un chien me poursuit. Après quelques « BAH! », « Dégage! », et éventuellement quelques insultes vociféré-e-s, il lâche l’affaire.

Pause bouffe près du Beech Fork Lake, avec les campeurs en maisons roulantes. Je comprendrai jamais ça. Petite baignade, pique-nique, reconditionnement des noix (les boîtes prennent trop de place. Ça tombe bien, j’ai aussi trouvé des sacs ziploc…) et c’est reparti vers le Kentucky.

Semblant d’heure de pointe à Wayne, mais ça va.

Fort Gay: ville sinistrée.  Plein de trucs abandonnés. Triste. Mais au moins le train y passe. Louisa, de l’autre côté de la Big Sandy River, au Kentucky: moins pire. 

L’image d’un habitant du Kentucky que j’avais: chapeau, bretelles, barbe blanche. Eh bien la première personne qui vjent me parler, c’était mon image. Comme Ikea et la blonde en Suède. 

Beurre de peanut: y’a pas UN pot parmis les 173649 du rayon qui est 100% arachides. Putain de pays. Je me rabats sur le seul pot contenant  arachides et sel. Le pot est en verre, je regrette d’avoir bazardé le mien qui était aussi vide qu’en plastique. Dee Dee, madame de l’épicerie, me file un pote en plastique. Elle me demande d’où je viens. 

« De France. » « De FRANCE?!!! Mais qu’est-ce que t’es venu foutre ici?! », demande-t-elle, presque outrée. Discussion rapide. « Here it sucks », qu’elle dit avec l’accent kentuckien. L’herbe est toujours plus verte ailleurs,  faut croire.

Je monte au Yatesville State Park, espérant que le camping soit gratuit comme en Pennsylvanie. 

19$: tu rêves, mon gars. Bah, y’a une douche, et de l’électricité aux chiottes, où les gens vont en voiture, bien sûr. Pour la tranquillité par contre, on repassera: radios, clébards…

Bonne nuit quand même!

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Jeudi 1er Juin 2017: Elk et Charleston (Frametown, WV – Ruth, WV)

(Dans les oreilles: Charly Fiasco)
Nuit un peu agitée, orage et passage d’animaux sur la voie.

Sur la route à 7h30. Je veux soit dormir à Charleston si mon hôte Warmshowers me répond, soit camper de l’autre côté de la ville. Alors on se sort un peu les doigts du cul, on oublie les petites douleurs et on appuie sur les pédales. 

Je longe la Elk River. Joli cadre si on met de côté les vieilles roulottes pourries, les trucs qui ont cramé, les épaves de bagnoles en tous genres dans les cours. 

12h30: 100 km au compteur. Bouffe à l’ombre d’un arbre. Fait beau.

Je reprends la route, presque rendu à Charleston. La ville m’absorbe.

Premières impressions: comme dirait l’autre, « astie qu’c’est d’la marde », Charleston. Un enchainement de parkings de merde, que des trucs laids, des grosses artères horribles. 

Le capitole et le marché, et les quartiers résidentiels traversés, font remonter un peu la ville dans mon estime.

Tout est relatif: au marché de la capitale de l’état (quand même pas rien), y’a pas UN fromage fait dans ledit état. Putain de pays…

Je me tape la voie rapide 119 pour aller chez Cabela’s, magasin de plein air qui aurait une doublure de duvet, la mienne étant un ensemble de trous et déchirures tenant ensemble par quelques fils.

Pas d’alternative à cette grosse route dégueu. L’horreur. Heureusement ça roule pas trop-trop vite et y’a un accotement décent. 

Cabela’s assure, au moins j’ai ma doublure. Merci Claudia de m’avoir trouvé ce temple de la consommation campeuse.

Cerise sur le gâteau: pas vu de bac de recyclage de la journée. Seulement les trucs pour les cartons. Bref je crois qu’il y a pas de tri sélectif ici. Ma vieille chaîne a fini à la poubelle.

Roulottes pourries, 0% incitation aux transports actifs (j’ai même vu un mec aller à sa boîte aux lettres en bagnole), pas de fromage, pas de tri. Qu’est-ce que je fous ici, au fait?
Au moins je suis peinard en forêt, à côté d’un petit ruisseau où la trempette a été bien rafraîchissante. Bonne nuit dans le plus beau pays du monde.

Mercredi 31 Mai 2017: Europe, sauvetages (Clarksburg, WV – Frametown, WV)













Orages nocturnes. Pluie du matin. Premiers mots de la journée après avoir fait la traditionnelle grasse mat’: « ah bah merde il fait beau en fait ». Tout est trempé mais grand ciel bleu. 

Mal au genou gauche. Remonte la selle. Balance un peu de poids inuile. Roule lentement.

Petites routes sympa, une voie de large tournicotant dans les vallées champêtres, à l’européenne. Génial: quasi pas de trafic. Et les américains qui s’aventurent sur ces routes ont tellement peur qu’ils roulent à 30.

D’ailleurs, encore chapeau aux motoristes. Sur les grosses routes, des fois je les trouve carrément laches tellement y’a la place de dépasser mais ils y vont pas.

Fait traverser la route à 3 tortues dans la matinée, dont une qui a même pas eu peur.

Serpent mort au bord de la route. Trop beau bestiau, dédicace à Arnaud!

Pause bouffe à Burnsville. La ville qui brûle ou la ville des Burn?

Sympathique barrage à Sutton.

Poubelles: le camion vient de passer mais je trouve des bananes et une boîte de beans qui sont restés dans le bennes.

Changement de chaîne pour Tornado.

Voie ferrée désaffectée le long de la Elk River. Quelle tristesse! Mais ça fait un spot tranquille pour camper et des photos cool.

N’empêche que si un train venait à passer ce serait pour le moins surprenant et impressionnant: je suis à 2 m de la voie.

Bonne nuit ferroviaire.

Mardi 30 Mai 2017: méandres sponsorisés (Van Voorhuis, WV – pas loin de Clarksburg, WV)

A huge thank you to Rob, Andy, and  Pathfinder. Pathfinder, best outdoor shop in the US. Go buy stuff there!

Générosité extrême: Andy, bon ami de Rob et propriétaire de la boutique de plein air (vélo, camping, etc, pas de sport parasite) n’a pas voulu que je paye. J’en avais pourtant pour presque 100 $. C’est fou et malgré mon insistance rien n’y a fait. Andy, Rob, if you’re reading this, please let me know which charity I can give that money to. I feel a bit bad about this. 

Morgantown, sympathique petite ville universitaire…équipée d’un petit métro aérien! Classe. Ne fonctionne plus pour cet été: les étudiants sont partis.

Boulangerie fermée, dommage. Sacs de pain à l’entrée. Pas de sacs en plastique! Le pain le plus vrai depuis le début du voyage.

Causettes avec quelques passants, dont un livreur à vélo de JJ, dont j’ai pas le nom. Il avait l’air sympa!

Dessus du genou gauche un peu douloureux. Je remonte la selle de quelques millimètres et choisis la piste qui rallonge en suivant la rrivière, mais plate, confortable et agréable. Tortue, dans une carapace  mais aussi sur deux roues.

Visite d’un petit fort reconstitué: pendant la guerre d’indépendance y’avait plus de défense contre les Amérindiens, alors les colkns se bidouillaient de petits forts. Démocratie directe, autogestion, massacre.

Lenteur.

Pause-bouffe vers 15h après avoir rejoint une autre piste le long d’une autre rivière. 

Rencontre d’un couple de cyclistes qui inaugure sa remorque à gamin. Sorry guys, I think I forgot your names…:(

Détour pour aller dans un magasin de sport en espérant y trouver une doublure de duvet. Perte de temps.

Routes de merde pour rattraper le bon cap.

Super comportement de automobilistes. Tous patientent malgré mon allure ridicule dans les cotes. 

Pistes de merde (pour quads) notées comme praticables sur ma carte. Misère. 

Poubelles à Clarksburg: je rencontre une nana qui y va à pieds nus malgré le verre. N’importe quoi.

Bivouac en bordure d’une piste-jungle. Trop proche de la route, de maisons et de la ville pour moi, mais j’étais tanné. Bonne nuit!

Lundi 29 Mai 2017: bénédictions (Donegal, PA – Van Voorhis, WV)


Belle journée, terminant en apothéose! 
Orages dans la nuit, réveillé par les éclairs. Puis je me rendors…et me réveille en sursaut: j’ai les pieds mouillés: il drache et le toit de la tente est à moitié enlevé! C’est impossible, quelqu’un a dû le détacher. Sur mes gardes, je sors de la tente pour remettre le toit…

…et je me réveille. Putain de cauchemar! 
Départ dans la grisaille humide. Wifi Macdo. Trafic du retour de long weekend. Ça monte bien, genre 300 m sur les dix premiers km. Mais en haut…ça s’éclaircit. Il fait même beau, vers 10h, quand sur ma route passe la parade à South Connellsville. Tout y passe, des majorettes aux pompiers en passant par les gymnastes locales. Deux fanfares sympas.

Dunbar, rejoint par une piste dont on dirait que c’est juste un chemin de fer sans rail ni traverses. Le ballast, ça secoue.

Mi-journée à Uniontown. Objectifs multiples: manger,séchage de tente, nettoyage de réchaud (il est encrassé et chauffe plus bien), ajustement de freins (ils freinent plus trop), chargement de bazar électronique. Je me trouve une petite scène en plein air, parfaite pour tout ça. En prime je fais cuire des oeufs-poubelles. (Sur les douze derniers oeufs achetés, trimballés crus, trois ont fini en omellette involontaire). Plus d’eau pour se laver les mains? Ça tombe bien, j’ai aussi ramassé des lingettes pour bébés. 

Poubelle Aldi: hallucinant. Je prends pâtes, riz, gruau. Je laisse patates (des kilos), haricots (45 minutes de cuisson sur le réchaud, non merci). Chargé à bloc, encore.

Et ça monte encore un peu. Je quémande de l’eau à quelqu’un qui est dans son jardin. Il prend mes gourdes et dit à sa femme dans la maison: « eh, tu peux remplir ça? Y’a un Allemand qui veut de l’eau! ». Moi: « hey je suis pas Allemand! ». Lui: « ah, Yougoslave, alors? ». Bref, on a jasé un peu.

Je me trompe de route nais pas trop. J’aboutis le long de la rivière Monongahela. Sur la route 166, une tortue se carapate à mon arrivée.

Petit arrêt à Friendship Hill, où un illustre américain dont le nom m’échappe (Gannatin?) a fait construire une belle maison. Oublié de photographier.

Point Marion. J’embarque sur la piste. En passant en Virginie Occidentale elle se fait bien plus belle et interdite aux vroum-vroums.

Je croise une petite famille alors que je regarde la carte. Je recroise la même petite famille alors que je me demande si je vais camper là. Il est relativement tôt, mais je veux aller à la ville suivante, Morgantown, demain matin pour acheter quelques trucs. Si j’y passe maintenant ce sera fermé, et demain il faudra attendre 10h…

En parlant avec les trois compères j’apprends qu’il n’y a pas de vélociste avant un moment après Morganstown. Je décide de camper là et leur demande si c’est un spot tranquille, ce à quoi ils acquiescent. Hop, Hubba!

…sauf que non. Alors que je me cherche l’endroit optimal, j’entends crier sur la piste. En allant voir je croise Rob, le père. Il m’explique qu’ils ont une maison vide avec tout le confort moderne, que je peux occuper si je veux.

Ah bah, une douche et une lessive, je dis pas non!

Je fais la connaissance de Carol et Rob, et Ella (sorry if I mispelled or misremember!). Ils m’emmènent au palace. On rejoint Aby (sorry too!), leur seconde fille, dans un restau de Pittsburgh qui a une franchise ici. On cause de voyage, de vélo: Rob a bossé longtemps pour Specialized et Cannondale! Carol est urgentiste de formation et a roulé à plein d’endroits, de la Toscane au Colorado en passant par la Pine Creek Rail Trail. Les filles, 13 et 17 ans, sont aux études, et Aby sauve des gens de la noyade à la piscine. Bénédiction ultime dans la journée que cette rencontre. Un grand merci pour tout! 

Thanks again for everything Carol, Rob and the girls. You made my day, I feel very lucky to have met you guys! Thank you!

Ah zut, on n’a pas pris de photo, si ce n’est vite fait sur la piste…tant pis :/

Bonne nuit, propre, dans des draps, avec la lessive qui sèche!