Samedi 17 Juin 2017: le Texas c’est de la merde (Niblett’s Bluff, LA – Anahuac, TX)


Pas trop de temps pour écrire. Longue journée de merde. Les mots « putain de pays de merde » ont été prononcés au moins une fois.
Pas de motivation au départ. Obligé de prendre l’Interstate pour accéder au Texas. 

Je me ruine le dos en passant le vélo au-dessus de barricades en béton pour passer par un chantier plutôt que par l’autoroute.

Infotouriste: la madame me dit en gros que je vais mourir si je prends le Rainbow Bridge, pourtant autorisé.

C’est vrai que c’était une belle tartine de merde. Je me suis senti comme une petite tortue qui traverse une route. Sauf qu’il y a pas de géant qui m’a soulevé par la carapace en disant « allez, on y va » pour me transborder. Bel effort dans la côte en tous cas. 

Raffineries. Pétrochimie. Odeurs dégueu. Laideur des bourgs. Hummers. Vent de face sur 130 km sur 150.

Rayons de soleil: les vaches qui fuient en me voyant, pas habituées aux véhicules inoffensifs. Les pompes à pétrole. Les fruits et légumes poubelles. Les vélos et triporteurs dans je-ne-sais-quelle saloperie industrielle. Le vent rafraîchissant. Les mecs de la station service qui veulent voir le vélo. La longue ligne droite de fin de journée. 

Demain, merde II: traversée de Houston. Ce sera dimanche, au moins. Et surtout j’arriverai chez Thomas de Warmshowers, chez qui je resterai deux nuits.

Bonne nuit quand même! 

Strava: https://www.strava.com/activities/1043560778/shareable_images/map_based?hl=en-US&v=1497832612

Publicités

Vendredi 16 Juin 2017: Betty (Fullerton, LA – Niblett’s Bluff, LA)


(Dans les oreilles: Parabellum)

Belle journée en Louisiane.

Pas d’attaque d’insecte cette nuit. Dormi avec le toit replié pour survivre à la chaleur.

Routes pas super en général. Beaucoup de lignes droites à travers forêts surexploitées, bayous, marais. Conducteurs patients dans l’ensemble pour les rares fois où le dépassement à pleine vitesse dans la voie de gauche ne peut avoir lieu.

Bibliothèque de DeRidder: trois petites mamies m’assaillent. Jasette classique. Betty m’invite à manger quand elle apprend que je ne suis pas passé par Lafayette et le pays cajun. Elle m’attend pendant que je règle les habituelles affaires bloguesques et autres internets.

On va au restau local, Cecil’s. On jase d’un peu tout. La bouffe est super, franchement bonne surprise. Même les trucs frits, dont je ne rafole pas à la base, sont vraiment bons. J’ai pris un « Crawfish echauffee », en gros du riz et une poêlée d’écrevisses en sauce un peu épicée.

Betty veut pas être prise en photo, mais si la bouffe est sur la photo ça va. Contrejour majeur, mais au moins j’ai un petit cliché de ma bienfaitrice.

Betty a 85 ans et a décidé il y a une semaine de quitter le foyer pour retourner vivre chez elle encore quelques années. Elle accélère un peu fort à chaque stop, difficile de garder le contact à vélo.

Petit froid quand elle comprend que je vais passer par le Mexique. D’un coup son regard a changé, d’un ton joyeux au désespoir et à la tristesse de ne jamais me revoir.

Betty a donné internet à sa petite-fille, mais elle veut bien que je lui envoie l’adresse du blog par la poste. Note: écrire une super lettre à Betty en Colombie ou au retour.

Je serai dans ses prières. Elle me demande si je crois en la prière, on a pas trop parlé religion mais je crois qu’elle a capté mon point de vue. Je réponds poliment que je crois que chacun peut faire un peu pour changer le monde. J’aurais dû lui dire qu’avec des rencontres comme elle, j’ai pas de prière à faire.

Bref, sacrée petite mamie. Salut, Betty, blessings aussi.

Bon c’est pas tout ça, mais faudrait avancer un peu. Roule. Fait chaud. Pulvérisateur à fond. Plein d’eau à chaque bled. Esquimau aux OGM. Une madame me file de l’huile à mouche 25% DEET en voyant mes jambes plein de piqûres. Hier une saloperie non-identifiée m’a piqué plus de 10 fois sur la rotule gauche.

La madame du corner store de Fields est un peu sur le cul quand je lui dis d’où je viens et où je vais. Pour changer.

Ouah, un alligator mort au bord de la route. Pas petit, celui-là! 

Je finis par arriver au camping. Mal aux pieds. Fatigué quand même, chaleur, et j’ai oublié de le mentionner, vent dans le nez toute la journée. Le gars de l’accueil me dit que pour une nuit et une tente, c’est gratos. Ça me va.

Un gamin chasse des jolis canards. Des libellules virevoltent.

Pâtes aux beans, sacré contraste avec ce midi.

Bonne nuit quasitexane.

Strava: https://www.strava.com/activities/1041099369/shareable_images/map_based?hl=en-US&v=1497715312

Jeudi 15 Juin 2017: fourmis et grand bi (Deville, LA – Fullerton, LA)

Supermal dormi. Chaud, humide…et fourmis. Je m’en suis pas rendu compte mais la tente est probablement sur une fourmilière. Et malgré le fait que je leur laisse de la bouffe pour des générations, elles ont décidé de venir s’incruster dans la tente pour y ramasser les miettes qui y traînent. Et pour ça elles ont carrément fait des trous dans le sol. Si, si. Sur environ 60×20 cm il y a genre 16 trous. Ça court partout dans la tente. Tu m’étonnes que j’ai pas bien dormi…

Je remballe, ramasse quelques saloperies que des dégueulasses ont laissé sur place et fous le camp de cet endroit maudit. 

Route de merde vers Alexandria. Mais qu’est ce que je fous dans ce pays à la con? Pour l’instant je déteste la Louisiane.

Pharmacie: crème pour peau irritée.  Mon cuissard Rapha est encore plus trop grand qu’avant.

Pineville et Alexandria, c’est pas super beau. Je traverse…et tombe sur un vélociste sympa. Angoissant sur ma jante avant qui se fait vieille, je leur demande conseil. Ils me recommandent de l’acheter en ligne et la faire livrer sur mon chemin, car le distributeur américain de Mavic ne l’a pas en stock. Je vais probablement faire ça. 

Mais surtout….ce vélociste a un GRAND BI!!!

Des années que je veux essayer. Le vendeur, super sympa, est d’accord.

Pas facile. Première tentative: échec. On tonve de haut! Faut vraiment pousser au début, lancer la machine et monter dessus. Je réussis au deuxième essai. Ouhlalalala que c’est casse-gueule. Mais sensation assez intense. Je manque de ne stériliser en descendant. Bref…merci Red River Bicycles!!

Roule. Fait chaud. Pause-bouffe en haut d’une colline un peu venteuse et ombragée.

Arrêt-eau à un bureau de service de la State Forest locale. BOUMMMM une bombe explose. C’est quoi ce bordel?! Adam, tehnicien forestier sympa, cycliste aussi, me raconte que juste à côté y’a plein de vieilles munitions de la seconde guerre mondiale, qu’on fait péter petit à petit. Je repars avec de l’eau fraîche. Merci!

Je passe devant un truc hallucinant: des dizaines de nids, et leurs occupants, regroupés dans quelques arbres du bord de la route. Des oiseaux blancs qui ressemblent un peu à des cygnes. Impressionnant, ça piaille. Arnaud, tu peux nous expliquer ça? 

Roule. Coupes à blanc dégueu. Glace et eau fraîche à une station service. Je rencontre Bob, qui me conseille de faire attention au Mexique. Il me dit qu’on parle encore cajun pas loin d’ici…mais c’est pas ma route, dommage.

Rincette et plein d’eau à l’extérieur d’une petite église. Je marche pieds nus dans une fourmilière. Rhaaaaaaaa

Me voilà à mon petit camping. Répare la tente, douche, crève de chaud, riz, sue, thé. Dodo.

Bonne nuit!

Strava: https://www.strava.com/activities/1039499205/shareable_images/map_based?hl=en-US&v=1497629153

Mercredi 14 Juin 2017: on dirait le Sud (Port Gibson, MS – Deville, LA)

« C’est un endroit qui ressemble à la Louisiane… », et pour cause: ça l’est.

Petit-déjeuner sudiste au BnB. Je découvre que le mot « yankee » existe encore. Il y a des billets confédérés exposés sur la cheminée. Ambiance.

Les gens sont très gentils par contre. On jase. Accolades avant de partir. Une tradition pour Bill, une exception pour moi, mais ça fait toujours plaisir. J’ose espérer qu’on recevrait le même traitement si on n’était pas blancs.

On décolle. Ah merde, on a pas fait de photos! Demi-tour. Photos…et on est partis pour les 40 derniers miles (64 km) de la Natchez Trace. Ça passe assez vite. Arrivés au bout, pas de borne 0, on se rattrape avec le premier pont.

Natchez. Mon Garmin plante et oublie les 68 premiers kilomètres de la journée. 

Le Mississippi! Ouah, ça c’est du fleuve. Magnifique sous ce grand soleil.

Dernier restau avec Bill. Super dessert pêche-biscuit-glace.

On va jusqu’au pont sur le Mississippi. Photos de séparation: je franchis le pont, Bill tourne vers l’est. Je galère avec le retardateur, mais c’est rigolo.

Salut Bill. Merci, courage à toi mon pote. On se reverra, « ins Leben sieht man uns immer zweimal », comme disent les Allemands il me semble: dans la vie on se voit toujours deux fois.

Hop. Je déboule sur le pont. Une des deux voies est barrée: une longue file de bagnoles se forme derrière moi malgré mes efforts. Heureusement le conducteur juste derrière est patient. Je lui fais signe une fois le pont franchi. Me voilà en Louisiane! 

Fait chaud. Grand soleil. 

Wal-Mart! Allons vérifier si compost il y a. En veux-tu? En voilà. Je fais le plein. Et en prime je dévore une demi-pastèque encore fraîche, le bonheur. Comme au Danemark en 2011. Le pied!

Grosse route de merde. Pas d’alternative. Au moins y’a un bon accotement, bien que parfois rugueux et encombré.

Le pulvérisateur carbure à plein régime. Une de mes gourdes a été reléguée dans une sacoche pour lui laisser la place sur le porte-bouteille. Il fait un peu moins humide, l’effet rafraichisant dure quelques minutes à chaque fois.

Plein d’eau et glace au chocolat à Jonesville. Comme toujours, une madame capote: être venu du Canada en vélo, ça se peut pas. Aller en Colombie non plus.

Ouhlala, gros nuages à l’horizon. Je m’abrite sur le côté d’une station service juste avant le gros de la tempête. 

Encore quelques bornes et je rejoins l’endroit repéré sur la carte, sorte de parc naturel à côté d’un lac artificiel. Sauf que c’est un peu pourri, aucune infrastructure si ce n’est un endroit ferme pour mettre la tente. Je filtre l’eau du lac et rejoins les endroits dédiés aux campeurs. C’est un peu crado mais ça ira.

Y’a plein de bestioles en tous genres et qui font beaucoup de bruit. Fait chaud, je remplis la tente de sueur malgré le toit relevé pour aérer.

Bonne nuit collante et bruyante! 

Strava: https://www.strava.com/activities/1037936433/shareable_images/map_based?hl=en-US&v=1497540274