Vendredi 23 Juin 2017: le jour le plus dur (Chapman Ranch, TX – Raymondville, TX)

165 km avec vent défavorable 95% du temps, 37 degrés l’après-midi, 60 miles (96 km) sans point de service…dure journée. 

Strava: https://www.strava.com/activities/1052064963/shareable_images/map_based?hl=en-US&v=1498325027

Objectif du jour: finir la journée dans un rayon de 50 km du bureau de poste de Harlingen, où ma jante de rechange pour roue avant fatiguée doit arriver demain. 

Je commence par renverser mon thé dans la tente. Pas tout, heureusement. Je pensais m’être levé tôt mais en fait je suis sur la route seulement à 7h30.

Un raccourci est très tentant sur la carte. Manque de bol il traverse un ranch, King’s Ranch. Précision: le ranch a une superficie probablement plus grande que certains départements français, à vérifier. Y’a une barrière. J’appelle pour avoir l’autorisation, mais ça décroche pas. Et ils me l’auraient pas donnée de toutes façons. Je tente pas le diable texan et fais le détour. 3 km plus loin une pancarte dit: « the best way to meet the lord is payer. The fastest is trespassing. » Putain de tarés.


Je vois un chantier de pipeline. Super. Je croiserai aussi le ballet de camions transportant les tubes à marde: la route de cet aprem longe en fait le chantier.


Il est à peine 8h mais Éole est bel et bien levé. Et le soleil tape déjà. Il va faire chaud, ça se sent.

Kingsville. Arrêt à l’accueil pour touristes. Le monsieur m’offre un sandwich. Petite jasette. Kingsville a l’air tentante, mais j’ai une tartine de merde de 100 km de long qui m’attend. Je traîne pas. 11h à peine, je sors de l’accueil touristique et j’ai déjà l’impression de rouler sur une poêle à frire.

Bouffe et plein de flotte à Riviera, dernière station avant 96 km sans grand-chose. J’engloutis chips, carottes, petits pains, ananas, grosse glace, et une fois n’est pas coutume, un litre de Gatorade. Je fous plein de glace dans mon outre. Au total je pars avec environ 6 litres d’eau.

C’est parti pour 96 km d’accotement d’autoroute (double voie limitée à 120) en ligne droite dans une chaleur à crever et avec vent 3/4 de face.

J’alterne passages hauts et bas. Je me maintiens au-dessus de 15 km/h. Je bois, rebois, me pulvérise de l’eau et recommence.

Euphorie à l’aire de repos officielle où je prends une douche tout habillé sous un tuyau pas vraiment d’arrosage. Un peu de fraîcheur en repartant, youpi!

Pas mal de trafic. Des tas de gens qui transportent un tas de merdier vers le Mexique. Des bagnoles (une qui en tire une qui en tire une autre), des pièces, des outils, matériel, matériaux, électroménagers, ce que vous voulez. 

Du monde me klaxonne. A priori pour m’encourager. Merci mais vous feriez mieux de me ravitailler ou m’arroser comme au tour de France, ça serait plus efficace!

Ça n’en finit plus. Je fatigue. Pire route du monde et de ma carrière de cycliste. Journée la plus dure du voyage, de loin. Je regrette la pluie de Pennsylvanie. 

Raymondville, le retour à la civilisation, apparaît sur ma carte. On va y arriver. 



On y est. Je descends 750 mL de Perrier.
Je me pointe au poste de police pour demander si y’a quelque part où je peux camper, dans ce bled. Jamais fait ça mais ça a l’air pas mal comme truc. On m’offre de camper entre les postes de police et de pompiers. Pas super calme mais ça ira. Merci Raymondville.


Demain Harlingen, Richard de Warmshow m’accueille pour une ou deux nuits, le temps de préparer poches cachées et autres subterfuges pour mettre toutes les chances de mon côté passée la frontière. 
Bonne nuit municipale.

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Samedi 17 Juin 2017: le Texas c’est de la merde (Niblett’s Bluff, LA – Anahuac, TX)


Pas trop de temps pour écrire. Longue journée de merde. Les mots « putain de pays de merde » ont été prononcés au moins une fois.
Pas de motivation au départ. Obligé de prendre l’Interstate pour accéder au Texas. 

Je me ruine le dos en passant le vélo au-dessus de barricades en béton pour passer par un chantier plutôt que par l’autoroute.

Infotouriste: la madame me dit en gros que je vais mourir si je prends le Rainbow Bridge, pourtant autorisé.

C’est vrai que c’était une belle tartine de merde. Je me suis senti comme une petite tortue qui traverse une route. Sauf qu’il y a pas de géant qui m’a soulevé par la carapace en disant « allez, on y va » pour me transborder. Bel effort dans la côte en tous cas. 

Raffineries. Pétrochimie. Odeurs dégueu. Laideur des bourgs. Hummers. Vent de face sur 130 km sur 150.

Rayons de soleil: les vaches qui fuient en me voyant, pas habituées aux véhicules inoffensifs. Les pompes à pétrole. Les fruits et légumes poubelles. Les vélos et triporteurs dans je-ne-sais-quelle saloperie industrielle. Le vent rafraîchissant. Les mecs de la station service qui veulent voir le vélo. La longue ligne droite de fin de journée. 

Demain, merde II: traversée de Houston. Ce sera dimanche, au moins. Et surtout j’arriverai chez Thomas de Warmshowers, chez qui je resterai deux nuits.

Bonne nuit quand même! 

Strava: https://www.strava.com/activities/1043560778/shareable_images/map_based?hl=en-US&v=1497832612