Mardi-Mercredi 14-15 Avril 2015: Baptême

Intrigué depuis un moment par le cyclisme sur piste, ça faisait un moment que j’avais envie de découvrir « pour de vrai » cette pratique de vélo. Paris-Roubaix arrivant tous les ans au vélodrome de Roubaix, je me suis douté qu’on pouvait rouler sur piste là-bas.

En fait, c’est plus que ça: Roubaix a depuis peu un vélodrome couvert tout neuf, le Stab, nommé en l’honneur du champion Jean Stablinski. Roubaix, une quinzaine de kilomètres de Lille, Lille, une petite centaine de la maison: le dosage idéal pour deux jours de vélo, de famille et de potes.

Mardi 13h15, me voilà en selle pour 92 km jusqu’à Lille, sur mon bon vieux Anachronix, Peugeot P10S de 1986, qui s’est fait greffer une paire de roues et un pédalier un peu plus moderne. Changement de vitesses au cadre, pas d’indexation: c’est « old-school » et j’aime ça.

Le brave Anachronix

Le brave Anachronix

Un des beaux accotements à l'approche de Lille

Un des beaux accotements à l’approche de Lille

Il fait un temps magnifique, une petite brise m’aide, je profite et file. La traversée de Cambrai est comme toujours peu agréable: il y a du monde, même si ce n’est pas l’heure de pointe.

Quelque part dans le 59 (lieu exact à retrouver sur Strava), je coupe par un chemin et crève, il fallait s’y attendre. Je repars quelques dizaines de minutes plus tard, le pneu avant légèrement sous-gonflé, mais ça ira comme ça, il ne reste qu’une quarantaine de bornes.

Lille, c’est gros, et quand même assez étendu. L’approche de la ville est pénible, certains aménagements cyclables sont carrément indignes de ce nom, il y a plein de trafic, bref, je regrette presque les longues routes québécoises où on n’est pas emmerdés.

Finalement j’arrive à Lille un peu après 17h. J’ai assez bien roulé à mon goût. Je retrouve mon petit frère! Douche et tout, et nous voilà déjà demain.

Je pars pour Roubaix à 9h: j’ai rendez-vous au vélodrome à 10h. Je prends mon temps sur le réseau cyclable de Lille, où les feux de circulation durent des heures…ou en tous cas, c’est l’impression que j’ai.

Le vélodrome extérieur est ouvert! Relativement imprudemment, je roule un tour de piste sur mon bon vieux Peugeot. Drôle de sensation…en fait, je l’apprendrai plus tard, j’allais à peine assez vite pour rester stable dans le virage.

Anachronix devant le Stab

Anachronix devant le Stab

Je retrouve mon ami F., qui lui ne fait pas de vélo, mais qui a bien voulu m’accompagner pour le baptême de piste. Nous rentrons dans le vélodrome et sommes impressionnés: le virage semble sacrément raide, 44 degrés, c’est quelque chose. La piste est en parquet, c’est vraiment joli. Plein de vélos sont alignés, prêts à être lancés le plus vite possible sur l’anneau. Des oiseaux nichent quelque part dans le plafond ou sur la charpente, et croyez le ou non, on dirait que leur cri est « pluvit’, pluvit' ».

Les bécanes du vélodrome, et la piste en arrière-plan

Les bécanes du vélodrome, et la piste en arrière-plan

Nous sommes accueillis par Sébastien, ancien coureur de l’équipe de France de piste, qui sera notre moniteur pour la demi-heure d’initiation. Nous sommes trois néophytes au total, avide des conseils de ce professionnel expérimenté. Il ajuste les hauteurs de selle de nos bécanes, et nous équipe des chaussures, casques et gants adaptés. Ce sont des cales Look, évidemment, pas de SPD sur la piste. Ayant les pieds « vers l’intérieur » pour pédaler naturellement, mon mouvement est un peu contraint par l’ajustement de base. Mais qu’à cela ne tienne, je peux bien souffrir quelques dizaines de minutes.

D’abord, Sébastien nous explique la règle de base: ne jamais arrêter de pédaler. Et oui, un vélo de piste, c’est sans freins, et à pignon fixe. On part pour quelques tours sur la zone de sécurité, zone plate du bas de la piste, pour se familiariser avec les machines. Ensuite, on passe dans la « côte d’azur », cette bande bleue un peu oblique juste au-dessus. Encore quelques tours et on s’amusera pour de vrai.

Sur les lignes droites, elles aussi un peu pentues, notre moniteur nous fait monter vers l’extérieur de la piste, pour qu’on ressente un peu comment ça fait.

Explications finales, et on est partis. On maintient 27 en virage, on attaque un peu en entrée de virage, on accompagne le pédalage en sortie de virage, et ça roulera.

Et en effet ça roule.

Je me lance dans la zone bleue, et passe dans la vraie piste sur la ligne droite. plus de 27 km/h, c’est sûr, mais je ne sais combien. C’est parti pour quelques tours, ça y est, je tourne sur le vrai parquet à 44 degrés. À faible vitesse, c’est assez impressionnant: on reste droit et on a l’impression d’avoir un gros dévers sur le côté gauche. Mais non, on ne va pas glisser vers le bas. Ça colle au parquet!

J’enchaîne quelques tours en restant dans cette zone confortable, sans forcer, pour me faire un peu à ce parquet. Progressivement, je monte un peu plus en virage, et me rends compte de l’effort supplémentaire à fournir pour franchir les quelques mètres de dénivelé. Ce n’est pas surhumain, mais il faut le fournir quand même.

Je suis de plus en plus en confiance, et il faut l’avouer, l’envie d’attaquer finit par me prendre. Ce vélo, un Look en alu, géométrie de piste bien sûr, est rigide à souhait et très réactif, chaque coup de pédale se fait sentir. Allez, je monte presque en haut du virage cette fois, et plonge vers le bas en sortie…yahouu!

J’ai les larmes aux yeux: on a beau être à l’intérieur, il y a pas mal de vent…vitesse. Je commence à être chaud. Hop, c’est parti pour un tour en bourrant. Je sais pas à combien je suis, mais ça roule: je suis en 50×16 mais mes jambes tournent bien plus vite que ma moyenne habituelle.

Je continue comme ça, alternant quelques période « bourre » et quelques périodes plus calmes. C’est assez jouissif de pouvoir pédaler à fond sans trop se soucier de quoi que ce soit d’autre. Pas d’obstacle à contourner, pas d’automobiliste, pas de stop, pas de virage, juste le parquet, la roue, le pignon, la chaîne qui cliquette, les pédales et les jambes.

La séance s’arrête un peu tôt à mon goût. On jase avec notre moniteur et notre compère maintenant baptisé. On reviendra, c’est sûr.

La journée de vélo n’est pas finie. Je m’en vais visiter du monde à Roubaix et Lille, puis repars vers la Picardie vers 16h. L’heure de pointe à la sortie de Lille est assez chargée, je remonte de longues files d’autos à l’arrêt. J’emprunte un petit bout de piste cyclable en gravier. Comme souvent, les barrières au niveau des intersections avec les rues et routes sont pénibles.

La petite piste, ancienne voie ferrée, sur le chemin du retour

La petite piste, ancienne voie ferrée, sur le chemin du retour

Je traverse le Nord, enchaînant les petits bleds, moyens villages et petites villes. Pas de crevaison cette fois, je suis assez content d’arriver en moins de 3h30, sous le beau soleil de fin d’après-midi.

Le crépuscule en arrivant

Le crépuscule en arrivant

Le crépuscule en arrivant

Le crépuscule en arrivant

Le soleil décline...

Le soleil décline…

Bien sûr, j’ai faim, soif, et je suis fatigué: ce retour de 90 km était relativement laborieux, et j’avoue que même si la distance parcourue sur la piste était faible, mes jambes s’en souviennent. Quelques étirements et demain ça ira mieux!

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