De la gratuité des stationnements cyclables (lettre ouverte à Vinci)

De la gratuité des stationnements cyclables

L’entreprise pour laquelle je travaille a déménagé cet hiver dans un nouvel immeuble, le 700 de la Gauchetière, à Montréal. Le stationnement souterrain de cette tour est géré par Vinci Park. Cet hiver, je l’ai utilisé pour garer ma bicyclette, comme d’habitude : pas de grand changement par rapport à l’immeuble précédent. Le printemps a révélé la différence : au 700, il faut payer pour garer son vélo. Le stationnement offre, pour cinquante dollars par an, une place sécuritaire et l’accès à ses services (tuyau de rinçage, air comprimé).

Je n’avais jamais envisagé de devoir payer pour un stationnement cyclable, tant l’infrastructure qu’il requiert est insignifiante. Je peux néanmoins comprendre pourquoi on pourrait en venir à ce point : dans bien des villes européennes, la densité de cycles est telle que les places sont chères malgré le grand espace qui leur est alloué.

À mon avis, le stationnement cyclable « marginal » comme celui du 700 de la Gauchetière devrait être offert gratuitement. Loin de moi l’idée de ne pas vouloir payer : je n’ai de toute façon pas à le faire, puisque mon employeur a réservé gracieusement une place pour moi. Non, je pense qu’il devrait être gratuit simplement pour inciter le plus possible les gens à prendre leur vélo pour se déplacer. Je m’explique.

Les bienfaits des transports actifs en général, et du vélo en particulier, n’ont plus à être démontrés. Il est prouvé depuis bien longtemps qu’ils ont une influence positive sur de très nombreux aspects de nos sociétés, tant au niveau individuel que collectif. Ils ont entre autres les effets suivants : diminution de la congestion, meilleure qualité de l’air et plus grand respect de l’environnement, économies d’entretien des infrastructures routières, diminution des dépenses de santé, lutte contre la sédentarité, lutte contre le stress, plus grande productivité…

Ainsi, d’après Vélo-Québec, « Le vélo est un moyen très efficace pour se déplacer sur de courtes distances. En général, il permet aux cyclistes des déplacements plus rapides qu’en auto sur des distances de huit kilomètres et moins en zone urbaine. De plus, les employés actifs au quotidien sont en meilleure santé, moins sujets aux maladies (problèmes cardiovasculaires, obésité, diabète, certains cancers, épuisement professionnel et dépression) ».

Le côté durable du vélo est une évidence qui mérite d’être ici rappelée : le vélo est le moyen de transport terrestre le plus efficace énergétiquement. Sur tout son cycle (sans mauvais jeu de mots) de vie, il est infiniment peu polluant, ne nécessitant que quelques kilogrammes de métal et quelques kilojoules pour être fabriqué. Il donne du travail à toute une industrie.

Dans son manifeste, le groupe Vinci affirme que ses « infrastructures et équipements sont au service du public et du bien commun ». Vinci revendique aussi de participer « à la réflexion prospective sur la ville et la mobilité durables », et soutenir « l’engagement des collaborateurs et des entreprises du Groupe dans des actions de mécénat ».

Il semblerait donc que le vélo et Vinci soient tous deux au « service du bien commun », et tous deux fervents de « mobilité durable ». D’un point de vue de l’image, Vinci aurait tout intérêt à favoriser l’utilisation du vélo à grande échelle : n’importe quelle initiative favorable aux transports actifs serait en parfaite cohérence avec le manifeste du groupe. D’ailleurs, le groupe fait déjà beaucoup : dans certains stationnements en Europe, il offre même à ses clients de leur prêter un vélo!

Localement, offrir gratuitement des stationnements cyclables serait aussi une source potentielle d’amélioration d’image, voire même de gains commerciaux pour Vinci : entre autres pour les raisons citées plus haut, le vélo est en plein « boom » dans bien des villes, incluant la métropole montréalaise. Bien des immeubles seront fiers de pouvoirs offrir gratuitement à leurs usagers des stationnements cyclables dignes de ce nom.

Oui, les stationnements ont des frais de fonctionnement : éclairage, gardiennage, équipements, etc. Mais quelle proportion de ces frais est effectivement causée par les stationnements cyclables, qui occupent une partie infinitésimale de l’espace, et ne requièrent aucun entretien, si ce n’est un coup de balai au printemps ?

Certes, les frais demandés pour stationner un vélo sont dérisoires devant ceux réclamés pour le stationnement d’une automobile. Mais là n’est pas la question : plusieurs entreprises, dont la mienne, dédommagent déjà leurs employés des frais liés aux transports actifs. Certains programmes vont même plus loin, jusqu’à verser une indemnité kilométrique aux gens venant travailler à vélo. Il s’agit là d’une question de principe, d’accessibilité aux transports actifs, d’image et d’engagement citoyen, et non pas de quelques dollars.

Non, Vinci ne doit rien à personne, mais rendre gratuit les stationnements cyclables serait l’occasion d’une belle « action de mécénat » «  au service du public et du bien commun », dans le cadre d’une « réflexion prospective sur la ville et la mobilité durables ».

Donc, Vinci, c’est à vous de jouer!

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