31 Mai 2014: Cabot Trail

Je suis au Cap Breton pour le boulot. Ce serait un crime de ne pas retourner sur la Cabot Trail! Souvenez-vous, j’étais passé là, il y a bientôt quatre ans de ça…

Étant donné qu’en ce moment je suis plus dans l’esprit « randonneur » que « cyclotouriste », je me suis dit que ce serait une belle randonnée que de parcourir cette belle route en une journée, un peu comme le font les feignants motards.

Alors, en ce samedi, comme la météo s’annonçait clémente, en selle! Debout à 04h00, un bon déjeûner pour compléter la platrée de pâtes de la veille, et c’est parti, vers 05h je suis sur la route. Le soleil se lève un quart d’heure plus tard derrière des nuages gris, et dans mon dos.

J’ai une petite trentaine de kilomètres à parcourir avant d’arriver sur la route mythique. Après l’étroit Seal Island Bridge (limité à 90, on n’a pas idée!), et le col de la montagne Kelly (240 m), je décide de ne pas prendre le ferry d’Englishtown, d’une part parce que je l’ai déjà pris, mais surtout parce que je veux parcourir la distance de la Cabot Trail au complet, pas question de couper les coins ronds.

Nous y voilà! À nous, Cabot!

Bon, j’ai le vent dans le nez. Pas trop fort, mais assez pour me pomper un peu d’énergie. Il fait frais et gris, à croire que c’est perpétuel sur cette partie de la route (c’était déjà comme ça lors de mon premier passage). J’arrive au bout de quelques dizaines de kilomètres à la première vraie ascension du jour, la Smokey Moutain. Assez intense, 9% sur 2 km. Je prends mon temps, je ne veux pas me cramer, la route est longue.

Je ne sais plus trop quand sur cette partie de la route, PENG! Encore un rayon qui pète sur ma roue arrière achetée d’occasion. Maudite roue, c’est encore côté cassette, impossible de remplacer le rayon, j’ai pas les outils avec moi. Qu’à celà ne tienne, je desserre le frein arrière pour que ça ne frotte pas, et la roue ainsi voilée me secouera et usera bizarrement le pneu sur les 200 prochains kilomètres.

Je fais le plein d’eau à l’entrée du parc national des Hautes Terres du Cap Breton, la madame de l’accueil parle français, vive le Canada libre.

Je ne demande pas mon reste, et mets le cap vers Cape North (eheh). Pas de grosse ascension jusque là, juste un faux-plat doux mais pas mal long.

Cape North, à mi-chemin sur la Cabot Trail, là où j’avais campé la dernière fois, drôle de sensation que d’y repasser en mode plus léger et plus rapide. La fausse tombe « here he lies, cold and hard, the one who stole from my yard » est toujours là.

Après quelques kilomètres dans la vallée, c’est parti pour l’ascension de la French Moutain, 450 m de dénivelé. Je croise deux cyclistes, dont une qui descend à pieds parce qu’elle a peur. On aura tout vu, quel gâchis! Elles m’encouragent et je leur souhaite bonne route. Pas le temps de niaiser plus longtemps!

La montée est magnifique, comme dans mes souvenirs, les couleurs d’automne en moins: elles ont été remplacées par quelques névés toujours pas fondus. Ah oui, maintenant, il fait beau, j’ai oublié de le préciser, et j’ai une brise favorable.

Je descends à fond vers Pleasant Bay. La roue arrière de Tornado oscille comme pas permis. Strava dit que j’ai dépassé 100 à l’heure, mais il se plante, pas plus de 85 je pense, et c’est bien suffisant…

Je pensais m’arrêter pour manger un truc et enlever mes chaussures à Pleasant Bay, mais finalement rien n’est à mon goût, et je continue vers Chéticamp. À moi les épingles de la Mac Kenzie mountain. Je croise un autre cycliste. Montée magnifique aussi, mais il faut se retourner pour le voir.

Sur le plateau, le vent est capricieux, tantôt avec moi, tantôt contre…je comprends pas bien.

Descente à fond vers la côte et Chéticamp. En bas de la pente, j’ai drôlement faim…environ 200 bornes au compteur sans vrai repas, juste des saloperies sucrées par ci par là. J’ai mal aux pieds aussi, putain de chaussures Sidi de merde que je vais finir par rapporter chez MEC.

Me reste environ 15 km jusque Chéticamp, j’en chie un peu. Vent de face, mal aux pieds, faim. Mais je sais que le plus dur est passé: les trois montées principales sont franchies, reste encore à se battre contre le vent. Finalement, km 217, la délivrance à la boulangerie Aucoin. Deux sandwiches, un chausson aux pommes, de la crème antifrottements sur les arpions, le plein d’eau et ça repart. La boulangère n’était pas habituée à parler français, mais bon! La radio, elle, diffuse bel et bien de la country acadienne en français.

Un peu de vent dans le dos, ahhh, ça fait du bien. C’est pas fort et ça ne durera que quelques dizaines de km, mais c’est appréciable quand même.

Je tourne à gauche pour suivre la Margaree River. La vallée est magnifique. J’en sors par la montée de la petite montée de la Hunter’s Mountain, et rejoins la grosse route 105 qui terminera cette belle boucle, en ayant remis ma petite laine au préalable, la descente à l’ombre étant fraîche. Je suis le long de l’eau, méchant vent de face de plus en plus froid. J’ai à nouveau faim, on approche du km 300.

Je m’arrête à Baddeck vers 19h30. Deux pointes de « pizza-dégueu », entendez avec de la viande dont on sait pas trop d’où elle vient, de la sauce tomate industrielle et du fromage en plastique, en gros de la gastronomie nord-américaine. J’en avais envie, et aussi besoin.

Je remets mon coupe-vent, enfile le dossard fluo, les gants, et le bonnet. La température chute, jusqu’à atteindre 3 degrés. Putain de pays!

La nuit tombe, mais du trafic persiste sur cette grosse route dégueu. Je suis bien visible, donc pas de problème. 30 km après Baddeck, j’arrive au coin de rue où j’ai tourné pour aborder la Cabot Trail: la boucle est bouclée! 326 km au compteur. Me reste alors à rejoindre mon motel…avec le col de la Kelly’s Mountain, dans l’autre sens cette fois. En haut, trois cyclistes sont arrêtés de l’autre côté de la route et écoutent les crapauds chanter. Je ne sais pas si c’est celles/ceux que j’ai croisés plus tôt. Je les salue et file, je suis fatigué et veux rentrer, il fait 3 degrés, tabarnac. Le pont de Seal Island de nuit, quelques montées-descentes, et m’y voilà. Du thé, du carré aux dattes, un bain (une fois n’est pas coutume), des étirements, et je dors. 357.9 km, 4400 m de dénivelé, 17h21 au total, 16h04 de selle. Ce matin je suis un peu raqué…

La sortie sur Strava: http://www.strava.com/activities/147896633

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